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À Los Angeles, Dior réinvente le mythe hollywoodien en clair-obscure
Ce mercredi 13 mai 2026 à Los Angeles, le LACMA se transforme en véritable plateau de cinéma. Dans une atmosphère de film noir, Jonathan Anderson dévoile le Dior Cruise 2027 entre silhouettes en clair-obscur, glamour hollywoodien en tension, héritage couture qui flirte avec une Amérique du quotidien sublimée.
© Photo by Gilbert Flores/WWD via Getty Images.
par Léa Zetlaoui.
Dior s’envole à Los Angeles
Ce mercredi 13 mai 2026, le Festival de Cannes n’a pas eu l’exclusivité du dialogue entre mode et cinéma. À près de 10 000 kilomètres de la Croisette, le défilé Dior à Los Angeles revisite le mythe hollywoodien en clair-obscur. À 20 heures, heure locale, tandis que le soleil se couche sur les collines de la Cité des Anges, la collection Cruise 2027, signée Jonathan Anderson, explore cette tension entre glamour couture et quotidien américain.


Jonathan Anderson fait défiler l’homme et la femme
Si Dior signe ici son troisième défilé à Los Angeles, c’est la première fois qu’Hollywood devient le décor d’une collection. Pour rappel, neuf ans plus tôt, Maria Grazia Chiuri dévoilait sa collection Resort 2018 dans la réserve naturelle d’Upper Las Virgenes Canyon à Calabasas. En 2022, Kim Jones préférait l’ambiance électrisante de Venice Beach en 2022 pour la collection homme Resort 2023.
Autre point clé de ce défilé Cruise 2027, la réunion des collections homme et femme. En effet, avec la nomination de Jonathan Anderson en 2025, la maison confiait, pour la première fois de son histoire, l’ensemble de ses collections à un seul créateur. Après des défilés printemps-été 2026 et automne-hiver 2026-2027 présentés séparément, il est intéressant d’observer comment les silhouettes masculines et féminines griffées Dior dialoguent et se répondent.


Le LACMA, un décor cinématographique
Évidemment, avec Hollywood en toile de fond, le 7e art n’est jamais très loin. Pourtant, Jonathan Anderson évite le cliché d’un défilé dans l’un des nombreux studios de cinéma de la ville, préférant l’architecture sculpturale du LACMA imaginée par Peter Zumthor. Un choix évident de la part du créateur irlandais qui n’a de cesse de croiser mode, art et design.
Baigné d’une lumière sombre, le Los Angeles County Museum of Art se muait en décor de film noir. Les invités, quant à eux, deviennent les spectateurs d’une véritable superproduction orchestrée en direct sous leurs yeux. Au premier rang, où se côtoient de nombreuses célébrités — parmi lesquelles Lauren Hutton, Anya Taylor‑Joy ou encore Al Pacino —, le défilé Dior Cruise 2027 se fait mise en abyme.
Car, en brouillant ici les frontières entre fiction et réalité, le show redistribue les rôles entre réalisateurs, acteurs et spectateurs, au point d’inverser la relation entre mode et cinéma. Sans tomber dans une lecture trop intellectualisée, cette perspective s’inscrit dans une époque où les liens entre ces deux industries n’ont jamais été aussi étroits. Un sujet qu’abordait cette enquête publiée par Le Monde en février dernier.


La collection Cruise 2027 et le cinéma
En réalité, les liens qui unissent la maison Dior au cinéma ne datent pas d’hier. À l’instar d’Yves Saint Laurent ou de Coco Chanel, Christian Dior a, à de nombreuses reprises, conçu des costumes pour le grand écran.
D’ailleurs, en préambule du show, un moodboard raconte les créations Dior portées par les stars hollywoodiennes, notamment Lauren Bacall, Ingrid Bergman, Marlène Dietrich, Ava Gardner, Audrey Hepburn, Grace Kelly, Sophia Loren, Marilyn Monroe et Elizabeth Taylor. Sans aucun doute, ces actrices auraient adoré la panoplie de robes du soir – asymétriques en satin, en franges parfois ornées de sequins, ou en délicate mousseline plissée.
Parmi les soixante-quinze silhouettes, une robe drapée en velours rouge détonne. “Christian Dior incluait toujours une robe rouge au cœur de ses collections – simplement pour réveiller le public –, une astuce que j’ai eu envie d’expérimenter.”


Hommage à Marlene Dietrich et Alfred Hitchcock
En 1949, tandis qu’Alfred Hitchcock et les équipes de la Warner Bros. négocient avec Marlène Dietrich pour Le Grand Alibi, l’actrice se montre intransigeante sur ses costumes. La légende veut qu’elle ait tranché d’un mot : “No Dior, no Dietrich!” Depuis, elle incarne une figure clé pour la maison, comme en témoigne encore la collection Fall 2024, présentée à New York par Maria Grazia Chiuri.
Comme l’explique Jonathan Anderson dans les notes du défilé : « La maison entretient une relation de longue date avec le cinéma. Christian Dior a dessiné les costumes du film Le Lit à Colonnes en 1942, avant même de fonder sa maison. Il a été nominé aux Oscars en 1955 pour ses créations pour le film Station Terminus (Terminal Station). Et, dès 1950, deux films auxquels il a collaboré sortent sur grand écran : Les Enfants terribles, de Jean-Pierre Melville, et Le Grand Alibi, l’une des principales sources d’inspiration de cette collection.”


Sans surprise, l’ambiance film noir, entre voitures vintage disséminées dans l’espace et éclairages en clair-obscur, évoque l’esthétique sombre du maître du suspense. La collection, en revanche, s’inscrit davantage dans une relecture contemporaine des codes Dior.
Si les silhouettes jouant sur l’ambiguïté masculin-féminin et celles délicatement plissés évoquent l’avant-gardisme de La Vénus blonde, les ornements et accessoires leur insufflent cependant une touche de fantaisie et de poésie. Et qui dit Dior dit, naturellement, fleurs.


Les fleurs, une touche fantaisie
Originaire de Granville, en Normandie, Christian Dior grandit dans la villa familiale Les Rhumbs, où sa mère entretient un jardin foisonnant. De cette enfance baignée de fleurs naît un langage créatif à la fois intime et sensoriel. Dès sa première collection, baptisée Corolle et présentée en 1947, il fait éclore une vision de la “femme-fleur”. Instantanément, ces silhouettes en pétales, bientôt désignées sous le nom de New Look, marqueront durablement l’histoire de la mode.
Quatre-vingts ans plus tard, les fleurs demeurent un motif fondateur sans cesse réinterprété. Au fil de leurs métamorphoses, l’histoire Dior se tisse comme une étoffe vivante. Alors que chaque directeur artistique en brode sa propre interprétation, cet héritage floral s’enrichit comme un bouquet en perpétuelle recomposition.


D’abord quasi absentes de la collection inaugurale de Jonathan Anderson, les fleurs s’imposent au cœur de son premier défilé de haute couture en janvier 2026. À travers sa vision, le thème floral devient à la fois un processus vivant et un terrain d’expérimentations créatives. Un traitement loin de toute consonance romantique.
Il en est de même pour cette collection Cruise 2027, où le créateur irlandais enrichit l’herbier Dior d’une nouvelle fleur. Il explique : “Le coquelicot de Californie a été une autre référence majeure.” Ce que nous montre cette robe de pétales orangés.
Ailleurs, les fleurs deviennent des broches de tissu, retiennent un drapé à la hanche, se transforment en franges délicates, accompagnent le pan d’une écharpe ou décorent un soulier. Un traitement par le détail plutôt que par la coupe.


Ed Ruscha, et poésie du masculin
Quant au vestiaire Dior homme s’inscrit dans cette même logique de déplacement des codes, entre références cinématographiques et regard sur le quotidien. Ici, les silhouettes puisent davantage dans un imaginaire américain fantasmé tandis que l’ordinaire se charge d’une dimension presque iconique.
Ainsi, remarque-t-on des références à certains archétypes – comme le grunge, le rock, le western –, mais avec une certaine nonchalance et un second degré. Sans pour autant tomber dans le cliché. À l’image des jeans déchirés sont brodés de fines chaînes argentées imitant des brins de coton et les pantalons en cuir se portent avec des chemises aux coupes formelles.


À l’image de l’œuvre d’Ed Ruscha, qui capte la poésie du quotidien autant que la mythologie urbaine de Los Angeles, le vestiaire d’homme devient un terrain d’observation et de transformation. “Quand je pense à Los Angeles, je pense aux œuvres de Ruscha, qui portent en elles cette fascination pour le quotidien et la façon dont il s’articule avec la splendeur de la ville,” ponctue Jonathan Anderson. D’aileurs, l’artiste américain collabore avec Dior sur des chemises.
Enfin, on concluera sur les coiffes sur mesure signées Philip Treacy et aperçues sur les premières silhouettes masculines apportent une discrète excentricité.



