12
12
Rencontre avec Taylor Russell, la star magnétique du film Hope
Étoile montante du cinéma mondial, la trentenaire d’origine canadienne est à l’affiche du film Hope, de Na Hong-jin, qui a été présenté en compétition officielle au Festival de Cannes et qui sortira au cinéma le 4 novembre 2026. Elle y joue le rôle d’une extraterrestre aux côtés de Michael Fassbender et Alicia Vikander. Indépendante et déterminée, la talentueuse comédienne, ambassadrice de la maison Dior, choisit ses projets en ne faisant confiance qu’à son instinct, une méthode qui lui ouvre les portes d’une carrière des plus prometteuses.
par Olivier Joyard,
portraits Alana O’Herlihy ,
et réalisation Natalie Tauger .
“On ne sait jamais où va une vie.” Cette belle phrase a été inspirée à Taylor Russell par la peintre de 92 ans Rose Wylie. Cette Britannique a en effet attendu l’âge de 70 ans pour être révélée au grand public, après une existence longtemps passée à faire des sacrifices pour sa famille, mais finalement submergée par la passion créative.
L’artiste unique a fait l’objet d’une exposition, cette année, à la Royal Academy of Arts de Londres, que Taylor Russell a visitée fascinée, quelques jours avant de nous parler. Elle a envie de la partager avec nous. Voilà le genre d’échange réconfortant que l’on peut avoir avec la comédienne d’origine canadienne, qui fêtera cet été ses 32 ans, et qui s’impose comme une valeur montante du cinéma mondial.
Taylor Russell, l’actrice du film Hope, présenté au Festival de Cannes 2026
Cette année, elle est à l’affiche du film Hope, de Na Hong-jin, sélectionné en compétition officielle au Festival de Cannes 2026. Développé depuis les années 2010, ce long-métrage raconte l’arrivée d’extraterrestres dans un village situé près de la zone démilitarisée coréenne, où les policiers locaux mènent l’enquête.
Taylor Russell y joue l’une des extraterrestres en compagnie d’autres acteurs et actrices de premier plan comme Cameron Britton, Michael Fassbender et Alicia Vikander. “Il y a des comédiens et des comédiennes incroyables, et je suis une fan de longue date du réalisateur. C’était donc exaltant pour moi de jouer dans ce film. C’est une vraie chance d’habiter son monde…”

“Je n’imaginais pas avoir du succès.” Taylor Russell
Ainsi, Taylor Russell habite des mondes, aimantée par son métier fait de rencontres et d’expériences extraordinaires, sans véritable plan de carrière. “Plus je vieillis, moins je pense aux choses sur le long terme, confirme-t-elle. Je crois que c’est mieux. Ce qui m’intéresse aujourd’hui m’a toujours intéressée, d’ailleurs je n’imaginais pas avoir du succès.” Cette montée en flèche ne s’est pas faite en un jour. Ni même en un an. Plutôt cinq. Taylor Russell a d’abord vécu en refusant la banalité. Elle nous explique, assez sidérante, qu’elle est entrée dans la vie professionnelle à l’âge de 13 ans.
“Si j’ai commencé à travailler aussi tôt, c’était par désir d’indépendance. Je voulais contrôler mon destin, avoir la liberté d’agir, de bouger.” Ce n’était pas, au départ, pour tenter l’aventure dans le show-business, alors très loin de son esprit. “La copine de mon frère, qui avait 16 ans, m’avait fabriqué un faux CV, car il n’était pas légal de travailler à 13 ans ! J’avais la niaque. C’était une autre époque. J’avais de grandes ambitions pour ma vie, simplement, j’ignorais comment les atteindre.”
Durant sa jeunesse, celle qui vit alors à Vancouver découvre des métiers aussi divers que la boucherie, la restauration indienne (“Une expérience géniale, avec des femmes magnifiques”) ou la distribution de journaux. “Personne ne m’a conseillé de me lancer dans une carrière artistique, ni une autre carrière, d’ailleurs. [Rires.] J’avais une totale liberté de choix.” Enfant, Taylor Russell fabriquait de petits spectacles, s’inventait des personnages et se consacrait surtout à la danse classique, sa première vocation. “Je rêvais d’intégrer Juilliard, la grande école de danse, et puis, bizarrement, vers 18 ans, il m’est apparu beaucoup plus réaliste de vouloir faire carrière à Hollywood !”

“Je n’ai jamais pris de décisions fondées sur la peur.” Taylor Russell
Une lubie ? Certainement pas. Plutôt un désir profond, irrépressible, que l’adolescente se laisse alors le temps d’éprouver. “J’ai commencé par prendre des cours de comédie à Vancouver. J’ai trouvé un agent et j’ai acheté ma première voiture, une Toyota Yaris, avec l’argent de mes petits boulots. Puis, avec ma meilleure amie, j’ai conduit jusqu’à Los Angeles : dix-neuf heures de route, c’était jouable !” Là-bas, elle dort sur un canapé chez son manager durant plusieurs semaines. “Je suis rentrée au Canada quand je n’avais plus d’argent. J’ai recommencé quelques fois. Un jour, j’ai fini par obtenir un rôle.”
Taylor Russell prend alors la décision la plus importante de sa vie : elle refuse une offre qui lui est faite par une production hollywoodienne, car les conditions de travail s’annoncent mauvaises. D’autres auraient foncé quoi qu’il arrive, mais elle trouve la force de dire non. “Cette décision de ne pas prendre le rôle, j’en suis fière. C’était peut-être un instinct de survie. Mes deux parents sont assez forts pour faire beaucoup avec peu. Ma mère, par exemple, préparait un repas de roi avec deux ingrédients trouvés dans le frigo. C’est devenu une façon de vivre. Je n’ai jamais pris de décisions fondées sur la peur, car je sais ce que je peux réussir. En vous parlant aujourd’hui, je mets des mots sur cette réalité, mais il s’agit avant tout d’un instinct. Je préfère vivre dans un certain inconfort plutôt que d’aller contre moi-même et ce que je ressens intérieurement.”
La leçon est entendue. Elle résonne bien au-delà du cas particulier d’une actrice et pourrait ressembler à une boussole pour notre époque, où nos choix de vie semblent singulièrement tendus, marqués moins par le désir de s’accomplir que par la crainte du déclassement. Taylor Russell a tranché dans le vif.

“À chaque fois qu’un film existe dans le monde actuel, c’est un miracle.” Taylor Russell
Quelques années plus tard, sa carrière décollait avec la série Perdus dans l’espace [Lost in Space] (2018). “J’avais autour de 23 ans. À cette époque, j’ai commencé à dire plus souvent oui.” Dans cette saga de science-fiction, elle endosse le rôle marquant de Judy Robinson, une jeune médecin surdouée de 18 ans, qui a suivi une formation accélérée.
Un modèle d’empowerment au féminin, mais aussi un terrain d’apprentissage pour la comédienne. “Jouer dans cette série a été comme une école. J’ai eu la chance de pouvoir commettre des erreurs, tout en continuant à avancer. Je pense souvent à cette idée qu’il faut 10 000 heures de travail dans un domaine pour le maîtriser.” La création Netflix s’est arrêtée en 2021, mais on lui en parle encore.
Avant et après, Taylor Russell a pourtant exploré bien d’autres horizons, que ce soit le cinéma d’horreur avec Escape Game ou le drame indépendant avec Waves. “À chaque fois qu’un film existe dans le monde actuel, c’est un miracle”, lance celle qui a également croisé la route du réalisateur italien Luca Guadagnino pour Bones and All, en compagnie de Timothée Chalamet. Elle jouait une ado cannibale en pleine montée de sève. “Maintenant, je cherche à explorer tout le spectre de la féminité, car la vie est cyclique”, explique‑t-elle.

“Comme Jonathan Anderson, toutes les formes de beauté m’intéressent.” Taylor Russell
Taylor Russell a décidé de s’installer à Londres après avoir joué dans la pièce The Effect de Lucy Prebble. Un choix qui ne doit pas grand‑chose au hasard : la trentenaire possède un passeport britannique, du fait des origines de son père, dont les parents jamaïcains étaient arrivés en Angleterre avant d’émigrer au Canada. Elle se sent chez elle dans cette ville, et, surtout, de ce côté-ci de l’Atlantique, à quelques heures de train de Bruxelles et de Paris.
Dans la capitale française, Taylor Russell passe de plus en plus de temps, surtout depuis qu’elle a été choisie pour devenir ambassadrice de la maison Dior. “Je connaissais Jonathan Anderson, rencontré grâce à Luca Guadagnino. Quand vous entrez dans sa famille, vous faites partie d’un groupe de bons amis que vous ne quittez plus. Tout le monde est adorable. Toucher à la mode de cette manière me convient parfaitement.” Ado, Taylor Russell regardait les défilés Dior avec passion.
“J’étais aussi obsédée par les dessins de Christian Dior et la couture de son époque.” Elle peut désormais passer de l’autre côté du miroir. “J’ai visité la boutique du 30, avenue Montaigne, et j’ai été impressionnée par ce lieu chargé d’histoire, ce véritable monde en miniature où vivent les créations. Assister à un show Dior est une expérience émotionnelle. Tout cela est cohérent avec mon travail d’actrice et les aspects créatifs de ma vie. Comme Jonathan Anderson, toutes les formes de beauté m’intéressent.”

Les projets de Taylor Russell
Taylor Russell n’est décidément pas une actrice classique. Il y a quelques mois, l’enfant d’une amie lui a demandé si elle était “vraiment” comédienne, et elle a répondu du tac au tac : “Parfois !” Un état d’esprit en soi. Curieuse, elle a coréalisé en 2022 le documentaire The Heart Still Hums avec Savanah Leaf, sur de jeunes mères en proie à des addictions. Un sujet qui lui tient à cœur depuis que ses parents ont accueilli chez eux des personnes en difficulté. La réalisation cinématographique la titille encore, mais pas n’importe comment.
“Depuis le Covid, j’ai arrêté de regarder des films narratifs. Je me suis concentrée sur le travail incroyable de réalisateurs et de réalisatrices qui recrutent des non-acteurs et parviennent à en tirer des performances incroyables. J’aime quand on voit un visage inconnu, dans une situation réelle. Je voudrais me consacrer de nouveau à la réalisation, mais je ne presse pas les choses.” En attendant, la jeune femme passe du temps à lire, surtout Magda Szabó, Olga Ravn et Arundhati Roy, ses autrices préférées du moment.
On la verrait bien animer un club de lecture à ses heures perdues, même si le cinéma l’accapare, avec plusieurs tournages prévus cette année et toujours ce goût d’avancer, armée de quelques certitudes et de son ouverture d’esprit. “Les rôles et les personnages vous rencontrent dans ce que vous traversez, précise‑t-elle. Ils représentent votre vie à un certain moment. En un sens, ils vous choisissent plus que vous ne les choisissez. Quand j’aurai 50 ans, je touche du bois, je serai encore ailleurs.”
Hope (2026) de Na Hong-jin, au cinéma le 4 novembre 2026.