4 mars 2026

Au défilé Saint Laurent, le retour du smoking iconique

Avec la tour Eiffel en toile de fond, Anthony Vaccarello dévoile le défilé Saint Laurent automne-hiver 2026-2027, un hommage aux fondamentaux de la maison. Entre féminité exacerbée et élégance masculine, les silhouettes en dentelle seconde peau et les smokings emblématiques se succèdent et se répondent. Ou la quintessence du style Saint Laurent distillée en quarante-neuf silhouettes.

© Stephane Cardinale – Corbis/Corbis via Getty Images.

 

 

  • par Léa Zetlaoui.

  • Publié le 4 mars 2026. Modifié le 5 mars 2026.

    Saint Laurent, un héritage bien vivant

    Pour les maisons de mode, rien n’est plus précieux que l’héritage. C’est ce qu’ont rappelé Marie-Pierre Lannelongue, directrice de M Le Magazine du Monde, et Emilie Hammen, directrice du Palais Galliera, lors d’une conversation organisée à la Fondation Alaïa ce lundi 2 mars 2026. Le lendemain, Anthony Vaccarello en a offert une démonstration éclatante avec le défilé Saint Laurent automne-hiver 2026-2027.

    Assister à un défilé Saint Laurent suscite toujours une émotion particulière. Notamment grâce à la vision aussi précise que radicale du créateur belge. Saison après saison, il repousse les limites de l’héritage foisonnant d’Yves Saint Laurent. Homme de peu de mots, tant au sens propre qu’au figuré, il reconnaît volontiers que la répétition est au cœur de son langage stylistique. Il ne faut donc pas s’étonner que dans ses collections, il choisit de décliner quelques silhouettes avec rigueur, plutôt que de s’éparpiller.

    Une vision cinématographique de la mode

    Si l’héritage de Saint Laurent demeure aujourd’hui si vivant, c’est que la mode n’est pas son seul point d’ancrage A plusieues reprises, des looks signés Yves Saint Laurent furent ainsi imprimés sur pellicule. Grâce au cinéma et des icônes telles que Catherine Deneuve ou Romy Schneider, son esthétique s’est inscrit durablement dans l’imaginaire collectif.

    Aujourd’hui, Anthony Vaccarello prolonge cette dimension cinématographique. Pour rappel, avant de fonder Saint Laurent Productions en 2023 et de produire des films tels que Emilia Perez, il concevait déjà ses défilés comme des morceaux de films. Là où certains misent sur la théâtralité, son approche se fait subtile, tout en tension dramatique et en émotion. On y reconnaît la patte d’un véritable réalisateur.

    60 ans de smoking Saint Laurent

    Ce 3 mars 2026, à la tombée de la nuit, le décor nous plonge dans l’intimité d’une résidence moderniste. Face à la tour Eiffel, la réplique d’un buste qui ornait autrefois l’appartement d’Yves Saint Laurent et Pierre Bergé. Ainsi cette mise en scène scelle le propos de la collection automne-hiver 2026-2027. Plus qu’un hommage, elle agit comme un point de passage entre passé et présent. Car la silhouette phare qu’Anthony Vaccarello réinterprète cette saison n’est rien d’autre qu’une icône de la maison : le smoking pour femme.

    Lancé en 1966, le smoking d’Yves Saint Laurent sera à l’origine d’une petite révolution de genre. Difficile d’imaginer aujourd’hui, qu’il y a soixante, porter le pantalon pour une femme n’était pas courant. Et c’est avec cette simple pièce qu’Yves Saint Laurent participa à la révolution des genres.

    Le défilé s’ouvre alors sur une série de costumes, nets et croisés, d’une rigueur presqu’irréelle. Les épaules fortement définies s’affinent vers une taille souple, mais structurée. Cette silhouette élancée traverse d’ailleurs toute la collection. Loin du cliché d’un uniforme de pouvoir, le tailoring devient ici un territoire d’émotion, où les lignes strictes se chargent d’une douceur inattendue et d’une sensualité retenue.

    Le soir venu, le créateur belge trouble davantage les repères. La dentelle transparente enduite de silicone mêle rigueur et souplesse, transformant la fragilité en force tactile. Les manteaux de shearling amples, ceinturés à la taille, enveloppent quant à eux le corps avec une chaleur presque domestique, comme une armure intime.

    C’est là que réside le talent d’Anthony Vaccarello. Plutôt que de revendiquer un empowerment, qui serait trop démonstratif, il esquisse le portrait d’une femme puissante, sûre d’elle. Et cette assurance se lit dans l’allure plutôt que dans le discours.

    Tous les looks du défilé Saint Laurent automne-hiver 2026-2027