25 jan 2026

La relecture queer du vestiaire classique masculin par Magliano

  • par Léa Zetlaoui.

  • Publié le 25 janvier 2026. Modifié le 10 février 2026.

    Magliano, un Italien à Paris

    À l’occasion de cette Fashion Week automne-hiver 2026-2027, Magliano rejoignait officiellement Paris. Une étape symbolique pour la marque italienne, fondée en 2017 et déjà consacrée au Prix LVMH en 2023.

    Un passage dans la capitale française qui représente bien plus qu’un simple changement de décor. “Nous sommes à Paris depuis tout ce temps. Ce n’est pas un secret, et nous avons réussi à y développer notre activité. Il est donc logique, à un certain stade, d’envisager l’avenir d’ici. De plus, nous souhaitions sortir de notre zone de confort. Il était important de s’affranchir progressivement des contraintes géographiques. Nous voulons que notre discours, nos échanges, soient universels, et je pense que c’est l’endroit idéal pour cela”, confiait-il à la fin de son défilé.

    Message universel et mode queer

    Au sein de la cantine du lycée Jules Ferry, l’ambiance se veut intime et feutrée. Dans un décor tapissé de velours rouge, un sifflement se fait entendre, composé par Aase Nielsen et interprété par Elena Somarè.Nous voulons être aimés de Paris, d’une manière ou d’une autre. Nous voulions donc offrir quelque chose de romantique, mais sans utiliser les mots, au-delà de la barrière de la langue. C’est pourquoi le sifflement”, poursuit-il.

    Car si le créateur originaire des Pouilles demeure fidèle à ses racines italiennes, sa mode et le message qu’elle porte s’inscrivent dans une volonté davantage émotionnelle et universelle. Le sifflement, pour nous, représente trois choses. Et je tiens vraiment à le dire. Premièrement, c’est un chant non genré. Tout le monde produit le même son, peu importe le corps. Deuxièmement, il est considéré comme grossier, ce qui me plaît beaucoup. Ça crée une ambiance un peu provocante, disons. Mais surtout, et c’est le plus important, c’est un morceau engagé. C’est ce qui me rappelle le plus ma famille.

    Des classiques pas si sages

    Interviewé par Numéro en 2023, Luca Magliano racontait : “J’ai grandi dans une communauté gay et toutes les personnes qui m’entouraient m’ont appris que “trash” était un langage de rébellion qui s’inscrivait en opposition aux codes bourgeois. C’est pour cela que j’adore les matières lourdes et que mes créations peuvent parfois avoir l’air kitch.” Et cette collection automne-hiver 2026-2027 ne fait pas exception.

    Dans une démarche héritée de l’Arte Povera, il détourne les classiques vers une romance queer, douce et légèrement bancale. Les silhouettes restent fidèles à l’ADN Magliano avec un tailoring ample, légèrement affaissé, presque maladroit, mais chargé d’émotion. Ici, le costume — archétype conservateur par excellence — est plié, détourné, rendu poreux. Les manteaux sont fendus d’organza au niveau de l’épaule et du visage, créant en mouvement une aura humide, qui évoque transpiration, proximité et intimité.

    Solennel et percutant, ce défilé automne-hiver 2026-2027 nous a séduit par ses silhouettes rigoureuses tintées de nonchalance. Sans aucun doute, Luca Magliano mérite sa place à la Fashion Week de Paris.

    Tous les looks du défilé Magliano automne-hiver 2026-2027