Avez-vous parfois l’impression d’être né trente ans trop tard ?

Je ne me dis jamais cela. De plus, j’ai un sens inné de la contradiction : peut-être qu’à l’époque, j’aurais tout fait pour être différent ! J’aime être l’une des seules personnes de ma génération à faire certaines choses. J’ai souvent été mal considéré à cause de cela. Mais regardez Martin Scorsese. Aujourd’hui, on le couvre d’honneurs, alors que Raging Bull avait été tourné en ridicule, ne l’oublions pas. Une carrière de cinéaste est un marathon, pas un sprint. Il faut laisser le temps aux gens de vous rattraper.

 

Votre carrière a été marquée par un conflit médiatisé et violent pour le contrôle artistique de The Yards, avec le patron de Miramax, Harvey Weinstein. Qu’en reste-t-il sept ans après ?

C’est de l’histoire ancienne... Une sorte de cliché. On a projeté mon film dans un centre commercial, pour le tester auprès de gens qui répondent oui ou non à des questions. Le studio, ensuite, a voulu transformer le film pour gagner de l’argent... Et voilà un autre cliché, celui de l’art contre le commerce ! La version director’s cut de The Yards existe maintenant en DVD. Le plus dur pour moi fut l’après. Le film n’a pas rapporté d’argent, il n’a pas particulièrement intéressé les critiques aux Etats-Unis. Il m’a fallu du temps, mais j’ai décidé de me remettre au travail. Prenez quatre personnes qui veulent aller dîner, elles auront un mal fou à choisir le restaurant ! Pour un film, il faut en réunir cent cinquante, qui vont dépenser des dizaines de millions de dollars et passer un an et demi de leur vie sur un projet. Certains parviennent à enchaîner les films parce que d’un certain point de vue, ils volent le système. Ils arrivent sur des projets déjà constitués, et n’ont pas vraiment leur mot à dire. Nous ne sommes plus en 1972, quand les films coûtaient moins cher, les acteurs étaient moins payés, et le marketing ne prenait pas tant de place. Altman, Coppola et Scorsese pouvaient enchaîner. Aujourd’hui, Scorsese doit décrocher la plus grande star du moment pour qu’on lui accorde son budget, et encore... Etre cinéaste est devenu une lutte.

 

 

“Le cinéma, c'est une part de vérité et une part de spectacle : les blockbusters ont le spectacle mais manquent de vérité, et le cinéma indépendant a de la vérité mais pas de sens de l'épopée.”

 

 

Pour réaliser L’Homme sans âge, Francis Ford Coppola s’est isolé du système...

Il a utilisé son propre argent !

 

Un signe des temps.

Voilà un homme qui n’a plus rien à prouver à personne depuis longtemps. Si vous réalisez Le Parrain 2, Conversation secrète et Apocalypse Now à la suite, vous êtes un dieu, quoi que vous fassiez ensuite. Je pense que Coppola s’intéresse désormais à l’expérimentation. En tant que cinéaste américain, il n’y a personne dont on puisse avoir davantage envie de s’inspirer. Il a connu le succès, et a utilisé ce succès pour prendre plus de risques. Il a compris les êtres humains comme personne, n’a jamais perdu de vue le contenu émotionnel de son travail, tout en conservant une profondeur thématique à ses films. Fantastique !

 

“The Lost city of Z” de James Grey avec Charlie Hunnam et Robert Pattinson, en salle le 15 mars 2017.

 

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