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Pierre Ange Carlotti
Photographe de mode reconnu pour ses images directes et lumineuses, Pierre-Ange Carlotti s’apprête à franchir un nouveau seuil : celui du cinéma. Son premier film, Forty Love, prolonge un univers fait de vérité, de corps et de lumière.
Publié le 10 novembre 2025. Modifié le 20 mars 2026.
Les débuts de Pierre-Ange Carlotti
Né en Corse, Pierre-Ange Carlotti s’est imposé par un regard singulier. Ses premières images naissent loin des studios impeccables, dans les coulisses, les fêtes, les nuits parisiennes. Il photographie sans mise en scène. Ce qu’il cherche, c’est le moment avant la pose, l’instant où la présence se défait de la performance.
Avant d’être reconnu dans la mode, il photographie ses proches, ses amis, la nuit, les visages fatigués au petit matin. Ces premières séries, souvent prises sur le vif, posent les bases de son esthétique : un mélange de tendresse et de brutalité, de distance et d’intimité. Il ne cherche pas à embellir, mais à fixer une forme de vérité qui se perd dans les images trop construites.
Un tournant décisif

En 2015, sa rencontre avec le collectif Vetements marque un tournant décisif. À cette époque, la mode se débarrasse peu à peu de ses codes figés, et Carlotti en devient l’un des témoins privilégiés. Ses photographies accompagnent l’émergence d’une nouvelle génération : plus directe, plus libre, moins soucieuse de séduire. Là où les campagnes cherchent encore la perfection, il préfère le désordre, la lumière frontale, les reflets imprévus. Ses clichés, au flash ou à l’argentique, traduisent la chaleur du moment. Rien n’y est figé ; tout semble saisi dans le passage. De Rihanna à Lily-Rose Depp, il photographie les corps comme des présences, pas comme des icônes. Il capte une attitude, un souffle, un relâchement. Son approche reste la même, qu’il photographie une star mondiale ou un ami rencontré la veille. Chaque image garde cette même proximité, cette confiance silencieuse qui fait sa force.
Son travail s’étend vite au-delà des frontières. Il collabore avec Numéro et plusieurs magazines internationaux, où ses séries imposent une écriture reconnaissable : un mélange de spontanéité et de précision. Il signe aussi des campagnes pour Balenciaga, Celine, Jimmy Choo ou Amina Muaddi, tout en réalisant des portraits pour Alessandro Michele, Juliette Binoche ou Andres Velencoso. Chaque fois, il ramène les figures publiques à une échelle humaine. Chez lui, le prestige s’efface au profit de la présence.
Ce regard sans apprêt, construit au fil des rencontres, fait de Pierre-Ange Carlotti l’un des rares photographes capables de mêler énergie brute et sensibilité. Derrière ses images, on sent moins une recherche d’effet qu’une curiosité constante pour ce qui se passe, là, sous la lumière, dans l’instant.
Un regard qui s’étire

Chez Pierre-Ange Carlotti, tout commence par une attention au réel. Il ne cherche pas à diriger ce qu’il photographie. Il travaille souvent à la lumière du flash. Les sujets ne posent pas, ils existent, vivent. Il capte les temps morts, les transitions, les corps au repos après le mouvement. Il y a dans ces instants quelque chose de vrai, de quotidien, que la mode oublie souvent.
Le passage au cinéma

Depuis 2024, Pierre-Ange Carlotti prépare un nouveau projet : Forty Love, son premier long-métrage. Produit par I.FILMS, le tournage se déroule entre Roquebrune-Cap-Martin et Monaco. Le film explore l’univers du tennis professionnel, un cadre où se croisent ambition, désir et solitude.
Ce choix du sport n’a rien d’un hasard. Le tennis, discipline réglée mais intime, offre à Carlotti le miroir parfait de ses obsessions : le corps à l’effort, la tension du geste, le regard tourné vers soi. Dans ses photographies, il captait déjà cette dualité : la maîtrise et la fragilité, la grâce et la chute. Le film prolonge ce même mouvement, mais lui donne du temps. Le casting réunit Benjamin Voisin, Guillaume Canet et Catherine Deneuve. Trois générations, trois manières d’habiter la lumière. Chaque plan garde la densité d’un cliché, mais laisse respirer la durée.
Le réalisateur transpose dans le cinéma ce qu’il faisait déjà en photographie : une écoute du corps. Sa caméra n’est pas démonstrative ; elle s’attache à ce qui passe, à ce qui échappe. Le tennis devient ici un langage : un cadre fermé où s’invite l’imprévu. Cette transition ne marque pas une rupture mais une continuité. L’appareil photo était déjà une caméra immobile ; il suffisait d’y ajouter le temps. Carlotti découvre dans le plan la possibilité de faire durer ce qu’il cherchait à saisir. Le cinéma lui permet d’approcher autrement ce qu’il poursuit depuis toujours : la présence.
Une continuité du regard
Ce passage derrière la caméra s’inscrit dans une évolution plus large de son œuvre. Le photographe travaillait souvent seul, dans une relation immédiate à son sujet ; le cinéaste doit désormais écouter, diriger, composer avec une équipe. Forty Love n’a pas encore de date de sortie, mais il marque déjà un tournant. Le photographe y devient réalisateur sans renier son premier métier. Le passage du flash à la caméra, de l’instant au plan, n’est qu’une manière différente de poursuivre la même quête : comprendre ce que la lumière fait au corps, et ce que le corps rend à la lumière.