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Martha Jungwirth
Figure majeure de la peinture contemporaine autrichienne, Martha Jungwirth développe depuis les années 1960 une œuvre puissante, marquée par la liberté du geste, l’intensité des rouges écarlates et une tension constante entre figuration et abstraction. De ses débuts à Vienne à ses expositions internationales, son parcours s’inscrit dans une histoire de la peinture européenne où la matière, la couleur et le mouvement occupent une place centrale.
Publié le 12 février 2026. Modifié le 20 mars 2026.

Les débuts de Martha Jungwirth
Née le 15 janvier 1940 à Vienne, en Autriche, Martha Jungwirth grandit dans un contexte marqué par l’après-guerre et les profondes transformations culturelles de l’Europe centrale. Elle étudie à l’Université des arts appliqués de Vienne, où elle développe très tôt une approche personnelle de la peinture. Dès les années 1960, elle s’éloigne des courants strictement dominants pour affirmer une pratique libre, centrée sur le geste et la perception.
En 1968, elle cofonde le groupe « Wirklichkeiten » (Realities), aux côtés d’artistes autrichiens qui souhaitent réaffirmer la place de la peinture figurative face à l’abstraction dominante de l’époque. Cette étape marque un moment clé dans sa carrière : elle commence à exposer plus largement et à s’imposer dans la scène artistique autrichienne. Toutefois, même dans ce contexte collectif, son travail conserve une autonomie forte et une tension constante entre figuration et dissolution des formes.
Durant les années 1970, elle poursuit son exploration picturale à travers des œuvres sur papier et sur toile où le trait nerveux et les aplats de couleurs vibrantes occupent une place centrale. Contrairement à une peinture académique ou illustrative, son travail repose sur une approche instinctive, presque corporelle, de la surface.
Une reconnaissance progressive
Les années 1990 constituent une période de consolidation. L’artiste approfondit son langage pictural, privilégiant de grands formats et des œuvres sur papier de plus en plus immersives. Elle développe des séries inspirées par des références littéraires, mythologiques ou historiques, sans jamais tomber dans la narration explicite. Les figures apparaissent, se fragmentent, puis se dissolvent dans des champs chromatiques intenses.
Cette décennie confirme également son attachement à la peinture comme médium principal, à une époque où l’art contemporain explore massivement la vidéo, l’installation ou la photographie. Son engagement constant envers la surface peinte participe à forger son identité artistique.
Les années 2000 : expositions majeures et reconnaissance internationale
Au tournant des années 2000, la trajectoire de Martha Jungwirth s’inscrit dans une dynamique de plus en plus internationale. Ses œuvres sont désormais présentées dans des musées et galeries de premier plan, ce qui lui permet de toucher un public bien au-delà du contexte autrichien. Cette phase marque une étape déterminante : son travail attire l’attention d’une nouvelle génération de critiques et de commissaires d’exposition, séduits par l’intensité expressive et l’énergie gestuelle qui caractérisent sa peinture.
Plusieurs expositions institutionnelles majeures viennent asseoir cette reconnaissance. Après une exposition marquante à la Kunsthalle Krems en 2014, une rétrospective importante lui est consacrée en 2018 à l’Albertina, à Vienne. Cette présentation revêt une portée particulière, ses œuvres entrant en résonance avec les collections patrimoniales du musée et mettant en évidence l’ancrage culturel ainsi que l’actualité de sa démarche. En 2022, une exposition à la Kunsthalle Düsseldorf confirme à son tour l’intérêt soutenu que lui accordent les institutions européennes.
En parallèle, sa participation régulière à des foires internationales d’art contemporain accroît sa présence sur la scène mondiale. Cette reconnaissance, venue progressivement mais solidement affirmée, met en lumière la constance et l’exigence d’un parcours artistique resté fidèle à ses convictions.
L’exposition à la Galerie Thaddaeus Ropac : une étape décisive

La collaboration avec la Galerie Thaddaeus Ropac le 22 janvier 2026 représente une étape déterminante dans la diffusion internationale de son travail. Cette galerie, implantée à Salzbourg, Paris, Londres et Séoul, offre à Martha Jungwirth une plateforme d’envergure mondiale.
L’exposition organisée jusqu’au 28 février 2026 dans l’espace parisien de la galerie met en avant de vastes ensembles d’œuvres sur papier et sur toile. L’accrochage, conçu comme une installation immersive, révèle la dimension monumentale de certaines compositions. Les fragments peints s’assemblent en une constellation visuelle qui accentue la dynamique interne de son œuvre.
Cette exposition confirme également l’importance de la couleur rouge dans son travail. Les toiles écarlates, devenues emblématiques, se déploient avec intensité. Les dates récentes de ces œuvres témoignent d’une continuité remarquable : malgré plus de cinq décennies de pratique, l’énergie du geste demeure intacte.
Les toiles écarlates : évolution stylistique et maturité

Les rouges profonds, carmins et roses intenses occupent une place prépondérante dans les œuvres réalisées au cours des années 2010 et 2020. Cette dominance chromatique ne constitue pas une rupture, mais plutôt une accentuation d’une recherche déjà présente dans les décennies précédentes.
Au fil des années, la composition devient plus épurée. Les zones blanches gagnent en importance, laissant respirer la surface. Le geste, toujours spontané en apparence, révèle une maîtrise accrue. Les œuvres récentes montrent une économie de moyens plus affirmée, où chaque trace semble pesée sans perdre son caractère immédiat.
Les références iconographiques, qu’elles soient animales, mythologiques ou historiques, demeurent suggérées plutôt que décrites. Cette retenue renforce la dimension universelle de son travail et explique en partie sa réception internationale.
Une figure majeure de l’art contemporain européen

Aujourd’hui, ses œuvres intègrent des collections publiques et privées prestigieuses, confirmant son inscription durable dans l’histoire de l’art contemporain. Son travail dialogue avec celui d’autres peintres expressionnistes européens tout en conservant une identité profondément singulière.
À travers plus de cinquante années de création, Martha Jungwirth a su maintenir une exigence constante. Des débuts dans le Vienne des années 1960 jusqu’aux expositions internationales des années 2020, son œuvre témoigne d’une fidélité à la peinture comme espace d’expérimentation et de liberté.
Sa trajectoire démontre qu’une reconnaissance peut s’inscrire dans le temps long. Par la force de son geste, l’intensité de ses couleurs et la profondeur de ses références, elle s’impose aujourd’hui comme une figure incontournable de la peinture contemporaine européenne.