22 jan 2026

Tel un phœnix, EgonLab renait de ses cendres

Avec leur défilé automne-hiver 2026-2026 intitulé Lazarus, EgonLab exprime à sa façon un constat lucide d’une industrie qui préfère la commercialité à la créativité.

  • par Léa Zetlaoui.

  • Publié le 22 janvier 2026. Modifié le 11 février 2026.

    Le préambule du défilé EgonLab

    Peu connue en France, l’actrice britannique Jameela Jamil incarne dans son pays d’origine une figure emblématique des mouvements féministes et body positive, et de la communauté queer. Sa voix en préambule du défilé EgonLab automne-hiver 2026-2027 résonne comme une mise en garde contre une industrie de la mode prête à sacrifier la créativité sur l’autel du profit.

    Le manifesto par Jameela Jamil

    ”Most flee the darkness; we built our sanctuary within it. Brick by shattered brick, on the ruins of every forsaken dream. Broken souls are the most beautiful, yet few dare to approach, afraid their own hearts might bleed at the touch. But here every spark becomes a blinding flame, every word holds the power of a thousand songs.

    La plupart fuient les ténèbres ; nous, nous y avons bâti notre sanctuaire. Brique après brique, sur les ruines de chaque rêve abandonné. Les âmes brisées sont les plus belles, pourtant rares sont ceux qui osent s’en approcher, craignant que leur propre cœur ne saigne à leur contact. Mais ici, chaque étincelle devient une flamme aveuglante, chaque mot recèle la puissance de mille chants.

    Creativity is a blade thin, sharp, unforgiving. Only the braves dare reach for its edge. Our hands are stained not with sin, but with the raw matter of creation. Make no mistake: the true monsters do not lurk in the dark. They walk in daylight, smiling as they drain the world of wonder and call it efficiency. They speak in profit and kill with silence.

    La créativité est une lame fine, acérée, impitoyable. Seuls les braves osent en saisir le tranchant. Nos mains ne sont pas tachées de péché, mais de la matière brute de la création. N’y croyez pas : les vrais monstres ne se cachent pas dans l’ombre. Ils marchent en plein jour, souriant tandis qu’ils vident le monde de toute merveille et appellent cela efficacité. Ils parlent pour le profit et tuent en silence.

    Creativity is a blade thin, sharp, unforgiving. Only the braves dare reach for its edge. Our hands are stained not with sin, but with the raw matter of creation. Make no mistake: the true monsters do not lurk in the dark. They walk in daylight, smiling as they drain the world of wonder and call it efficiency. They speak in profit and kill with silence.

    La créativité est une lame fine, acérée, impitoyable. Seuls les braves osent en saisir le tranchant. Nos mains ne sont pas tachées de péché, mais de la matière brute de la création. N’y croyez pas : les vrais monstres ne se cachent pas dans l’ombre. Ils marchent en plein jour, souriant tandis qu’ils vident le monde de toute merveille et appellent cela efficacité. Ils parlent pour le profit et tuent en silence.

    Still, we endure. In the trembling breath between two heartbeats. Attraction should not be seen as a wicked spell, and happiness should not be seen as a price. The fight should not be against each other and unity is not utopia. 

    Love will not tear us apart.

    Pourtant, nous persistons. Dans le souffle tremblant entre deux battements de cœur. L’attraction ne doit pas être perçue comme un sortilège maléfique, et le bonheur comme un prix à payer. Le combat ne doit pas être mené les uns contre les autres, et l’unité n’est pas une utopie.

    L’amour ne nous séparera pas.

    Lazarus, la renaissance d’EgonLab

    Quand ils lancent EgonLab en 2019, Kévin Nompeix et Florentin Glémarec sont loin d’imaginer que la pandémie de Covid-19 allait freiner leurs ardeurs. Mais loin de s’avouer vaincu, le duo à la scène comme à la ville profite de cette accalmie pour se faire un nom sur la scène mode parisienne.

    Ainsi, les rendez-vous informels organisés dans leur appartement (faisant également office de showroom) leur ont permis de nouer une relation privilégiée avec la presse mode française. En toute franchise, c’est rarement le cas.

    Mais sans doute ce contexte particulier leur a été bénéfique. Et pour preuve, en 2021, ils se voient récompensés du prix Pierre Bergé de l’ANDAM. Cependant, quatre ans plus tard, l’expression “ autres temps, autres mœurs ” prend une résonance toute particulière.

    Comme il l’explique dans les notes de la collection : “La collection LAZARUS se veut un constat de notre industrie et de ce monde contemporain qui impose la normalisation et sacrifie la créativité au profit de la productivité. Dans ce contexte, la place du créatif devient de plus en plus incertaine, les voix qui dissonent et interrogent la doxa se font de plus en plus rares. LAZARUS évoque une prise de conscience, un désir de renouer avec son véritable soi — tant sur le plan créatif que personnel. C’est une renaissance.

    Une collection entre créativité et commercialité

    Avouons-le, ce cri du cœur des fondateurs d’EgonLab résonne avec notre perception actuelle de l’industrie de la mode et du luxe. Mais revenons à l’essentiel, à savoir le défilé automne-hiver 2026-2027.

    Au sein de la collection, se distingue le noir profond, les textures froissées, les laines sèches et les jerseys fluides qui composent une grammaire sombre et dense, traversée par cette idée de transformation. On remarque également des trompes l’œil, des jeux d’asymétrie et des bords francs qui évoquent des mues inachevées. Parfois, la silhouette se radicalise : épaules exagérées, tailoring dédoublé, denim puzzle aux détails surdimensionnés. À noter également, des plumes, patchworks et effets de chimère qui brouillent les repères entre couture et prêt-à-porter.

    Ainsi, cette collection Lazarus, tel un phœnix qui renait de ses cendres, se pense comme un laboratoire identitaire. Tandis qu’elle questionne l’équilibre fragile entre désir créatif et viabilité commerciale, elle invite à naviguer entre conformité imposée et singularité assumée.

    Tous les looks du défilé EgonLab automne-hiver 2026-2027