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Exposition Gucci Storia : connaissez-vous vraiment l’histoire de la maison Gucci ?
À Florence, l’exposition Gucci Storia met en lumière plus d’un siècle d’histoire de la maison italienne, depuis ses origines artisanales jusqu’à son rayonnement international. Portée par son nouveau directeur artistique Demna, cette rétrospective immersive au Palazzo Gucci retrace les grandes étapes d’une marque en perpétuelle réinvention.
par Léa Zetlaoui.

Existe-t-il une maison plus flamboyante que Gucci ? Rien n’est moins sûr. Forte de plus d’un siècle d’existence, la marque italienne incarne une vision unique du luxe. Entre extravagance assumée — qui pourrait oublier l’esthétique sulfureuse de Tom Ford —, scandales familiaux, immortalisés dans le film House of Gucci (2021) de Ridley Scott, et héritage en perpétuelle réinvention, l’épopée Gucci ne ressemble à aucune autre.
Sous l’impulsion de Demna, nommé directeur artistique en mars 2025, la maison revisite son passé avec l’exposition Gucci Storia, à découvrir depuis le 26 avril 2026 au Palazzo Gucci, à Florence.

L’exposition Gucci Storia retrace 105 ans d’histoire de la maison
Mettre en scène une exposition de mode de façon convaincante reste un défi que peu de maisons parviennent à relever. Trop souvent, l’approche se déséquilibre. Centrée uniquement sur les vêtements, elle oublie le contexte historique. Mais si elle se focalise sur le savoir-faire, elle laisse de côté le glamour. Et même lorsque ces deux dimensions se rencontrent, une pièce essentielle fait parfois défaut : le storytelling , entre marketing et communication, qui donne toute sa portée à l’expérience.
Cependant, avec l’exposition Gucci Storia à Florence, Demna, qui maîtrise aussi bien les codes de la création, du savoir-faire et du marketing, a réussi un tour de force. Celui de raconter l’histoire de la maison à travers une scénographie variée et immersive qui, loin de perdre les visiteurs, les poussent au contraire à s’interroger.
Ici, le créateur géorgien réunit pièces d’archives, silhouettes iconiques et références culturelles, dans un dialogue vivant avec le présent. Une visite au cœur de l’héritage Gucci qui permet de mieux comprendre son histoire et l’évolution d’une marque devenue emblématique du luxe italien.

Un musée de musées Gucci à Florence
Installé au Palazzo Gucci – au cœur du Palazzo della Mercanzia, édifice florentin datant de 1337 — le parcours se déploie comme une succession d’univers. Chaque espace explore une facette de la maison à travers un médium spécifique.
Comme ce cabinet de curiosités où s’amoncellent des objets singuliers issus des archives. Ou encore la manufacture qui montre une table de travail, jonchée d’outils d’archives Gucci, des accessoires iconiques de la maison, mais aussi un laboratoire d’expérimentation, qui révèle de nouveaux procédés et techniques.
Plus classique, une salle révèle l’évolution du prêt-à-porter chez Gucci à travers des mannequins habillés de pièces signées Tom Ford, Frida Giannini, Alessandro Michele, Sabato de Sarno, et bien sûr, Demna. Enfin, plus ludique et inattendu, L’Oracolo, une interface installée dans un espace futuriste blanc immaculé, invite les visiteurs à interagir avec l’héritage Gucci.

La tapisserie, une tradition florentine
Mais sans aucun doute, la salle des tapisseries de l’exposition Gucci Storia demeure la plus fascinante. Sur ces quatre murs se déploient quatre œuvres monumentales, hautes de 2 mètres et larges d’au moins 5,6 mètres. Bien plus qu’un simple choix esthétique, ce médium s’inscrit dans une tradition séculaire de narration visuelle. Ce qui ancre naturellement la marque dans une mémoire longue.
Faisant écho à l’héritage artisanal de la maison et à l’histoire textile de Florence, ces compositions deviennent une véritable métaphore de l’identité Gucci. À savoir, celle d’une maison patiemment façonnée, au croisement de l’artisanat, de la mémoire et d’une réinvention permanente.
Des débuts de Guccio Gucci à Londres à la création du logo emblématique en 1955, en passant par le sac Jackie lancé en 1961, l’époque Tom Ford dans les années 1990, puis l’ère d’Alessandro Michele, jusqu’à la première collection de Demna, ce sont cent cinq ans d’histoire qui se trouvent ici littéralement tissés.
Si certaines pages sont désormais bien connues (notamment les querelles familiales), d’autres demeurent encore confidentielles. Ainsi, avant de découvrir l’exposition à Florence, Numéro revient sur cinq anecdotes que vous ne connaissez sans doute pas sur la maison.
5 anecdotes méconnues sur la maison Gucci

1921 : pourquoi Gucci est en fait née à Londres
Né en 1881 à Florence, Guccio Gucci, fondateur de la maison homonyme, grandit dans une famille spécialisée dans le travail du cuir. Rien d’étonnant lorsque l’on sait que la capitale toscane est réputée, depuis le Moyen Âge, pour ses tanneurs, selliers et maroquiniers. À la fin des années 1890, alors que la révolution industrielle bat son plein en Europe, le jeune Italien se rend à Londres. Une étape relativement classique dans les parcours d’apprentissage de l’époque.
Pendant plusieurs années, il travaille comme bagagiste au Savoy Hotel, où il observe les clients fortunés accompagnés de leurs bagages de luxe. On l’imagine aisément admirer les élégantes malles Louis Vuitton, habillées de la fameuse toile Damier créée en 1888, mais aussi d’autres pièces raffinées qui incarnent déjà un certain art du voyage.
De retour dans sa ville natale, Guccio Gucci ouvre, en 1921, sa première boutique de maroquinerie, bagagerie, sellerie et accessoires équestres. Son idée de génie ? Mêler le savoir-faire artisanal toscan à une esthétique inspirée de l’élégance britannique et de l’univers équestre. Ainsi, la maison Gucci incarne dès ses débuts une vision moderne du luxe, à la croisée de l’artisanat et du voyage.
En 2021, en clin d’œil à cette histoire et pour célébrer son centenaire, Gucci a d’ailleurs réinvesti le Savoy Hotel en décorant l’une de ses suites.

1947 : comment le bambou devient la signature des sacs Gucci
Peu de gens le savent, mais certaines des pièces les plus iconiques de la mode sont nées dans des périodes de crise. Ainsi, dans le sillage des sacs en nylon de Prada, du jersey de Chanel, et des semelles en liège, l’anse en bambou des sacs Gucci est apparue durant les pénuries qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale.
En 1947, les matériaux traditionnels comme le cuir étant difficiles à obtenir, la marque a innové en utilisant du bambou japonais pour façonner la poignée de ses sacs. Chauffé et courbé à la main, le bambou confère alors à chaque sac une finition unique. Finalement, le bambou devient un élément signature de Gucci, à l’instar de son logo GG et de la bande web rouge et verte, créés dans les années 50.
Il sera relancé en 2010 par Tom Ford, en cuir python, très sulfureux. Puis, en 2021, pour les cent ans de la maison, le sac Gucci Bamboo est décliné dans une version contemporaine par Alessandro Michele.

1995 : une chemise Gucci par Tom Ford devient culte avec Madonna
Qui aurait cru qu’une simple chemise puisse à elle seule encapsuler plusieurs moments cultes ? C’est pourtant le cas de cette chemise en soie bleue. Issue du défilé Gucci automne-hiver 1995, le premier signé Tom Ford, elle incarne les débuts d’une nouvelle ère pour la maison italienne.
En effet, le 1er mars 1995, le créateur de mode texan révèle une nouvelle facette de la maison, qui est à son image : sexy et charismatique. Parmi les pièces phares de ce style qui sera plus tard qualifié de porno chic, la fameuse chemise aux accents 70’s, arborée par Amber Valetta (en vert citron) puis Shalom Harlow et Kate Moss.
Et comme si ça ne suffisait pas, elle sera portée quelques mois plus tard par Madonna, lors de la cérémonie des MTV Music Award en 1995, contribuant à faire entrer définitivement cette pièce dans la culture pop. On retrouve d’ailleurs le look de la chanteuse au sein de l’exposition Gucci Storia, aux côtés de l’iconique costume en velours rouge de Gwyneth Paltrow, et d’une robe verte de 2004 portée par Emily Ratajkowski en 2024.

2011 : une Fiat 500 signée Gucci, ou le début des collaborations
En 2026, après bientôt une décennie rythmée par les collaborations tous azimuts, qui se souvient encore de la Fiat 500 revisitée par Gucci ?
Lancée en 2011 à l’occasion du 90e anniversaire de la maison, sous la direction créative de Frida Giannini, cette capsule incarne pourtant la rencontre évidente de deux icônes du savoir-faire italien. Sans surprise, la citadine se pare des codes signatures de Gucci. Bandes web vert-rouge-vert courant le long de la carrosserie, finitions chromées, monogramme GG discrètement apposé, sans oublier des détails en cuir à l’intérieur.
Avec le recul, on constate que, plus qu’un simple exercice de style, cette Fiat 500 s’inscrit dans une époque où les maisons de luxe commencent à sortir de la mode pour investir de nouveaux territoires. D’ailleurs, quinze ans plus tard, Gucci renoue avec l’univers automobile, mais change radicalement d’échelle. Exit la citadine rétro, et place à une entrée en fanfare dans l’univers de la Formule 1, à travers un partenariat avec Alpine.

2026 : le string à logo Gucci, une icône de mode ?
Certes, cette cinquième et dernière anecdote est loin d’être méconnue. Cependant, cette pièce Gucci, petite par sa taille, mais énorme par son impact, mérite qu’on s’y attarde quelques instants. Non seulement parce qu’elle cristallise toute une époque, mais aussi, parce qu’elle opérait un retour fracassant il y a quelques semaines.
Septembre 1996. Trois saisons après son premier défilé Gucci, Tom Ford s’impose comme la figure montante de la mode. Ses collections, glamour et sulfureuses, réactivent l’image d’une marque fragilisée par ses conflits internes, relatés dans le film House of Gucci. Toujours plus audacieux, le créateur américain fait défiler ce jour-là un mannequin vêtu d’un top minimal et d’un string Gucci à logo GG en métal XXL. Sur les images d’archives, il résume lui-même l’intention : “I hope it’s sexy!”
Si les réseaux sociaux n’existent pas encore, le G-string Gucci entre immédiatement dans les annales de la mode. Et devient même l’un des symboles d’une décennie marquée par une nouvelle vision du luxe, plus provocante et assumée. Ce que montre d’ailleurs l’exposition “1997 Fashion Big Bang”, inaugurée au Palais Galliera en mars 2023.
Si Kim Kardashian en 2018 et Lena Mahfouf en 2023 prônaient déjà sa réhabilitation, c’est avec Demna que la pièce trouve finalement une nouvelle résonance. En février 2026, lors de son premier défilé pour Gucci, le créateur géorgien fait défiler Kate Moss, dans une robe dont le dos plongeant révèle le fameux G-string. En or blanc serti de diamants, il devient alors une pièce de joaillerie.
Mais plus qu’un simple retour de tendance, il faut voir dans cette réinterprétation la capacité de Gucci à faire de chaque provocation un héritage. Ainsi, l’exposition Gucci Storia est peut-être la meilleure preuve que, chez Gucci plus qu’ailleurs, la mode est un éternel recommencement.