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Chez Maison Fournaise, un déjeuner à la manière d’Auguste Renoir
Alors que le célèbre Déjeuner des canotiers de Renoir revient exceptionnellement à Paris pour l’exposition consacrée à l’artiste au musée d’Orsay jusqu’au 17 juillet 2026, la Maison Fournaise, où le tableau fut réalisé en 1880, propose une immersion dans l’iconique guinguette de la fin du XIXe siècle…
Par Camille Bois-Martin.

Le déjeuner des canotiers, un tableau incontournable de Renoir
Figure majeure du mouvement impressionniste, Auguste Renoir fascine pour ses toiles sensibles et vivantes depuis plus d’un siècle. Le public parisien connaît bien sûr son Bal du moulin de la galette (1876), ses danses à la ville et à Bougival (1883), tous conservés à Orsay, mais il continue de rêver de son célèbre Déjeuner des canotiers (1880-1881), exposé outre-Atlantique, à la Phillips Collection de Washington. Pour la première fois en vingt ans, le tableau refait escale au sein du musée français à l’occasion d’une grande exposition dédiée à la pratique du peintre entre 1865 et 1885.
Parmi la cinquantaine de peintures réunies pour la première fois depuis 1985, cette œuvre qui dépeint un déjeuner animé dans une atmosphère conviviale et estivale attire ainsi toutes les curiosités. En particulier lorsqu’elle se retrouve accrochée face aux couleurs chatoyantes et aux scènes animées et enivrantes qui peuplent les compositions de Renoir, et auxquelles Le déjeuner des canotiers semble ainsi répondre…
La chaleur qui se dégage de ce tableau se nourrit notamment des personnages représentés par l’artiste. On croise en effet au premier plan sa compagne et future femme, Aline Charigot, assise face au peintre (et mécène de Renoir) Gustave Caillebotte, mais aussi le baron Raoul Barbier, l’actrice Ellen Andrée, le poète Jules Laforgue… Autant de personnalités qui composent alors l’entourage du célèbre plasticien. Sur la gauche de la toile, on observe également un certain Hippolyte-Alphonse Fournaise, fils du propriétaire de l’auberge du même nom où se déroule la scène.

La Maison Fournaise et les impressionnistes
À la fin du XIXe siècle, la Maison Fournaise incarne un lieu de rendez-vous incontournable pour les bohèmes, les artistes et les bourgeois de l’époque. Ouvert après l’inauguration de la première ligne de train Paris-Chatou en 1857, l’hôtel-restaurant surplombe la scène au gré de balcons en fer forgé et de terrasses plongées dans la nature foisonnante qui l’environne. Claude Monet, Edgar Degas, Camille Pissarro ou Berthe Morisot s’y attablent, tandis que Renoir, grand habitué, choisit, lui, d’y poser son chevalet. Il y peignit plus d’une dizaine de toiles, dont son célèbre Déjeuner des canotiers ou son Déjeuner au bord de la rivière (1875), qu’il compose en partie sur place avant de le retravailler en atelier.
L’endroit semble en effet pensé sur-mesure pour l’œil rêveur des impressionnistes : le soleil projette ses rayons sur l’eau de la Seine, tandis que la tonnelle colorée répond aux bouteilles de vin et aux nappes tâchées du restaurant, nourrissant une scène vivante et ordinaire, dans le sillage des sujets de prédilection de Renoir. Lieu de rencontre entre hommes d’affaires, mondains, couturières et artistes, la Maison Fournaise de Chatou ferme néanmoins ses portes en 1906, alors que le milieu culturel se scinde, influencé par l’industrialisation, l’essor des villes et la popularité progressive de bars ou, plus tard, des speakeasy. La décoration moderne remplace ainsi les paysages verdoyants et les lumières tamisées supplantent les rayons du soleil…

Immersion dans une guinguette de la fin du XIXe siècle
Mais, alors que le tableau de Renoir revient au musée d’Orsay, la Maison Fournaise en profite également pour remonter le temps. Restaurée à la fin du XXe siècle grâce à une mobilisation des habitants de Chatou, l’institution est aujourd’hui classée aux Monuments Historiques et s’impose comme une escale incontournable pour les passionnés du mouvement impressionniste. Si, face au tableau, on croirait presque participer au Déjeuner des canotiers – tant par ses dimensions imposantes (130 cm × 173 cm) que par la touche vibrante du pinceau –, on peut aujourd’hui revivre ce déjeuner.
Il suffit d’emprunter le RER A pour une petite demi-heure afin de rejoindre la Maison Fournaise où le restaurant propose une immersion dans la guinguette de la fin du XIXe siècle le temps de l’exposition à Orsay, jusqu’au 19 juillet prochain. Aux fourneaux, le chef étoilé Christian Le Squer réinvente en effet la carte en revisitant l’héritage culinaire de l’époque. Tout comme Renoir ou Caillebotte, on peut déguster en entrée une petite friture d’éperlans, une quenelle de sandre gratinées ou une poularde et légumes du pot au feu en plat, ou encore une poire au vin glace vanille en dessert… Avant de poursuivre sa visite dans le musée Fournaise (niché dans les étages de la maison) où sont précieusement conservés des tableaux et des documents retraçant la riche histoire du lieu.
“Renoir et l’amour. La modernité heureuse (1865-1885)”, exposition jusqu’au 19 juillet 2026 au musée d’Orsay, Esplanade Valéry Giscard d’Estaing, Paris 7e.
Restaurant Maison Fournaise, Ile des Impressionnistes, 78400 Chatou.