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Haute joaillerie 2026 : 14 collections spectaculaires à découvrir
Entre diamants historiques, pierres hors normes et innovations techniques, les maisons de la place Vendôme dévoilent leurs nouvelles collections de haute joaillerie. De Boucheron à Van Cleef & Arpels, panorama des créations qui marquent l’année 2026 et dessinent les nouvelles frontières du luxe.
par Benedicte Burguet.

Quelles tendances dominent la haute joaillerie en 2026 ?
En 2026, la haute joaillerie demeure l’un des derniers territoires où la créativité n’a presque aucune limite. Cette année, les grandes maisons rivalisent d’audace pour transformer des pierres exceptionnelles en véritables œuvres d’art. Si certaines célèbrent leur patrimoine, à l’image de Cartier, Chanel ou Tiffany & Co., d’autres explorent de nouveaux récits, comme chez Boucheron ou Messika. En résulte, une saison 2026 particulièrement riche, où la virtuosité artisanale se met au service de visions créatives toujours plus singulières.
De la valorisation du savoir-faire artisanal à l’importance croissante des récits patrimoniaux, les collections de haute joaillerie 2026 partagent une même ambition : transformer l’exceptionnel en émotion. Qu’il s’agisse de pierres historiques, de diamants rares ou de prouesses techniques inédites, les maisons démontrent que, plus que jamais, le luxe ultime repose sur la singularité.
14 collections de haute joaillerie spectaculaires

Boucheron célèbre la main humaine avec cinq colliers
Pour sa Carte Blanche 2026, la directrice des créations de Boucheron renverse la logique de la haute joaillerie. Ainsi, point de collection riche en propositions, mais une seule et même forme déclinée en cinq parures. Comment l’a-t-elle choisie ? En demandant à l’IA. En compilant toutes les données, l’intelligence artificielle a identifié la forme “cluster” » comme l’archétype du collier.
Au sein de cette collection « Human Being”, ce design se décline donc selon le choix des pierres et des savoir-faire. Après la raréfaction de l’eau (Or Bleu, 2024) et la fragilité de la nature (Impermanence, 2025), Claire Choisne consacre son manifeste à ce qui, selon elle, reste irremplaçable dans un monde toujours plus artificiel : la main humaine.
Plus de 14 000 heures de travail et cinq techniques d’exception ont été nécessaires pour concevoir les cinq colliers de haute joaillerie. Ainsi, des diamants encapsulés dans des gouttes de cristal de roche illuminent le collier Rain et des morganites serties sans martelage composent Light. La micro-peinture florale sous binoculaire et la glyptique victorienne sont utilisés pour Flower et Tattoo. Enfin, un motif pied-de-poule est gravé au laser femtoseconde dans l’onyx pour Checkers.
À la machine, l’identique ; à la main, le singulier. Ici, la démonstration est limpide, ce qui nous relie est une forme, ce qui nous distingue est un geste.

Cartier place les gemmes au cœur de la création
Chez Cartier, la hiérarchie est assumée. On choisit la pierre d’abord, la création vient ensuite. Ainsi, la nouvelle collection de haute joaillerie baptisée le “chœur des pierres” s’ouvre sur ce principe fondateur. L’exercice consiste à reconnaître les gemmes d’exception, les “pierres Cartier”, celles qui allient pureté, taille et proportions à ce supplément de personnalité que la maison revendique. La gemme devient alors la muse. Sa forme, sa couleur, son histoire dictent le dessin, et le designer avance en dialogue continu avec gemmologues, lapidaires, sertisseurs et polisseurs.
Démonstration avec la pièce phare : un collier structuré autour de cinq émeraudes de Colombie totalisant 40,67 carats. Son motif rayonnant revisite le contraste vert-bleu apparu chez Cartier au début du XXe siècle. Turquoises et lapis-lazulis taillés sur œuvre se voient ponctués de diamants en pampilles géométriques. Le tout compose alors une architecture solaire, rythmique et graphique. Une composition où, fidèle à son rôle de chef d’orchestre, Cartier fait résonner les pierres à l’unisson.

Hermès revisite son héritage équestre en haute joaillerie
Il y a quelque chose de conceptuel dans le geste de Pierre Hardy. Pour la neuvième collection de haute joaillerie d’Hermès, le directeur de création fait du cheval, l’animal totémique de la maison, un absent omniprésent. “Une collection métonymique”, commente-t-il tandis que l’animal n’existe que par ses traces.
Un mors s’étire jusqu’à devenir la monture d’une émeraude intense, un lasso de diamants taille baguette enlace le poignet, un clou de forge intégralement pavé porte des pierres d’exception. Quand la place Vendôme multiplie les bestiaires figuratifs, Hermès fait le pari inverse. Il évoque sans pour autant montrer.
Les noirs du jade suggèrent le lustre du sabot, l’or rose et le diamant brun la chaleur d’une robe. Quatre-vingt-dix pièces où la préciosité suggère plutôt qu’elle ne décrit et où Hermès rappelle qu’il n’a plus besoin de montrer l’animal pour qu’on le voie. Faire de son propre mythe un sous-entendu, c’est peut-être cela, l’ultime privilège d’une maison de luxe en 2026.

Chanel transforme ses symboles en bijoux d’exception
Avec “Signes & Symboles”, Chanel Joaillerie décline en 85 pièces les quatre emblèmes fondateurs de l’univers de Gabrielle Chanel. Puisés dans la biographie intime de la créatrice, le Camélia, l’Étoile, le Soleil et le Lion (son orphelinat d’Aubazine, sa maison La Pausa ou encore son signe astral, sont transformés en vocabulaire joaillier.
Mais cette collection de haute joaillerie s’articule également autour de trois registres. D’abord, les “Imprimés”, motifs répétés en cascades symétriques sur plastrons et bandeaux (dont le collier Imprimé Lion et son saphir de 20,66 carats, pièce maîtresse). Puis le Lion, en jeux de contrastes onyx-rubis-diamants. Enfin, les bijoux talismans, des amulettes de pierres dures aux couleurs franches.
Le tout est porté par des gemmes d’exception (dont diamant D FL de 10,32 carats et topaze impériale de 26,21 carats) et un parti pris chromatique affirmé. Une approche fidèle à la vision de Gabrielle Chanel pourtant attachée au noir et blanc : le bijou comme idée.

Tiffany & Co réinvente le Bird on a Rock
Chaque année, Tiffany & Co. consacre une pièce unique à son motif fétiche, le Bird on a Rock, imaginé en 1965 par Jean Schlumberger. Dévoilée à Paris, l’édition 2026 s’articule autour d’un saphir ovale non chauffé de 34,48 carats. Autour de cette gemme venue de Madagascar, Nathalie Verdeille, directrice artistique de la joaillerie, fait planer des colibris “attirés par le pistil de saphir au cœur de la fleur”, dit-elle.
La composition, entre crocus et orchidées, puise dans le motif floral des lampes en verre Favrile Tiffany du tournant du XXe siècle. Ici, l’harmonie de matières surprend. Notamment ces doublets d’opale noire taillés sur mesure et sertis clos, la nacre incrustée dans les plumes, ainsi que les perles, diamants et rubis, sur or jaune 18 carats et platine. Chaque strate d’opale, découpée avec précision, construit une silhouette sculpturale en relief. Selon le principe même du Legendary Bird, une pièce unique, jamais rééditée.

Chaumet invite la haute joaillerie sur la route des épices
En 2026, Chaumet convoque son héritage naturaliste – deux siècles d’herbiers, d’épis et de feuillages – et l’embarque sur la route des épices. Vanille, cannelle, poivre, safran, café, menthe, anis étoilé… Chaque parure traduit une fragrance, privilégiant moins la fidélité botanique que l’émotion sensorielle éveillée par chaque épice.
Au sein de cette collection « A Journey Through Nature », on retrouve tout le vocabulaire maison. Comme le V hérité des collections Joséphine chez Peppercorn, deux diadèmes, des abeilles en broches qui pollinisent l’ensemble (dont une sertie d’une tanzanite de 18 carats). Tout comme le savoir-faire technique avec des colliers transformables, pierres en lévitation sur fils métalliques, émaux grand feu irisés de paillons d’argent pour Saffron Flower.
Pièce d’ouverture, Vanilla Flower articule un collier autour d’un diamant de plus de 10 carats, détachable, portable en pendentif ou monté en solitaire. Présentée en avant-première à l’Abbaye des Vaux-de-Cernay en avril, la collection a déjà séduit. En effet, plusieurs pièces, dont la parure Tea Field, se sont vendues avant même le lancement officiel.

Le diamant brut sublimé chez De Beers
De Beers tient à Talisman sa collection manifeste : lancée en 2005, elle fut la première ligne de haute joaillerie à faire dialoguer diamants bruts et diamants polis – pont assumé entre l’Afrique australe, terre d’origine, et le savoir-faire londonien.
Quatre nouvelles créations prolongent le code en le poussant vers des proportions plus audacieuses : une manchette en or 18 carats sertie d’environ 11 carats de diamants bruts et polis autour d’un diamant blanc central d’un carat, une bague cocktail bombée d’où six bruts émergent comme de la roche, un médaillon aux macles jaunes bruts en cercles concentriques, et des boucles d’oreilles enveloppant l’avant et l’arrière du lobe. Signature technique de l’ensemble : le poinçon, martelage au burin pyramidal qui sculpte l’or autour de chaque pierre et l’emprisonne sans griffes.
Groupe minier tant que joaillier, De Beers sélectionne ses bruts en amont de la chaîne, là où l’éclat se perçoit avant même la taille. Le brut comme luxe ultime : chez De Beers, le diamant n’a pas besoin d’être poli pour être précieux.

Le retour du diamant Soleil d’Or illumine les 90 ans de Fred
Pour ses 90 ans, Fred frappe fort en montant pour la première fois de son histoire le Soleil d’or. Ce diamant jaune taille émeraude de 105,54 carats cache une trajectoire romanesque.
C’est au centre d’un plastron, pièce phare de la collection anniversaire que la maison a choisi de sertir cette gemme découverte en 1977 et achetée par Henri Samuel. Dans son épopée, la pierre fut présentée chez Maxim’s – où Margaux Hemingway fit mine de l’avaler –, puis vendue non montée. Elle a ensuite circulé de collectionneurs en collectionneurs pendant quarante-quatre ans, avant que la maison n’en retrouve la trace et ne la rachète en 2021.
Si Valérie Samuel, petite-fille du fondateur, souligne le défi technique de monter l’un des diamants les plus rares au monde, elle évoque surtout un geste symbolique. Car le retour de la gemme boucle une histoire familiale et incarne les valeurs cardinales de Fred Samuel. Passionné des pierres d’exception, il avait le goût des rencontres, et un optimisme obstiné face aux détours de la vie. Et si le collier est destiné à être vendu, Soleil d’or, lui, ne l’est pas.

Graff fait vibrer son emblématique papillon
Au sein de sa dernière collection, Graff décline son motif fétiche en douze variations. Le papillon, silhouette maison depuis 1975, devient douze broches de haute joaillerie, chacune montée sur une épingle à jabot, fermoir hérité du XVIIe siècle. Le geste clé de ces bijoux d’exception est un serti en tremblant, qui fait frémir le papillon au moindre mouvement. En outre, toutes les broches se transforment en pendentif, écho à la métamorphose de l’insecte.
Dans la série, Tamara (inspiré d’un tableau de Tamara de Lempicka) rayonne d’émeraudes et de diamants baguette en soleil Art déco. De son côté, Freya reprend une libellule des archives en diamants jaunes d’une intensité rare. Enfin, Eva déploie un dégradé d’émeraudes, tourmalines et saphirs façon jardins de Monet tandis que Lina impose ses saphirs roses carrés en serti invisible.
“Une beauté fugace qui se pose un instant et disparaît“, résume Anne-Eva Geffroy, directrice de la création de Graff. Lancée avec une galerie d’art digitale signée Rose Pilkington, la collection a fait étape à Paris pendant la Semaine de la couture en juillet 2026, avant de s’envoler vers les collectionneurs.

Gucci transforme ses emblèmes en pièces de haute joaillerie
Avec sa collection de haute joaillerie 2026, Gucci célèbre la nature à travers ses codes maison, déclinés en quatre familles.
D’abord Gucci Flora, qui réinterprète le motif floral créé en 1966 par Vittorio Accornero pour Grace Kelly (coquelicots en rubis et titane ajouré, et surtout la parure Lily, pièce maîtresse dédiée au lys florentin en saphirs bleus dégradés). Puis Gucci Nodo, chaîne souple d’inspiration nautique introduite dans les années 1960, déclinée de l’aigue-marine classique au ruthénium noir contrasté jusqu’à la tourmaline Paraïba. Le célèbre logo Everlasting G, transposé en motif géométrique pavé de diamants et tourmalines vertes. Enfin, Iconic Signatures, décliné autour des emblèmes Horsebit et Marina Chain.
Si titane et techniques ajourées signent la virtuosité de Flora, le vrai geste est ailleurs. Car chez Gucci, le patrimoine n’est pas une archive, mais un répertoire, tandis que la maison élève au rang de haute joaillerie des motifs nés sur un foulard, une ancre ou un mors.

L’exceptionnel diamant Okavango Blue de Messika
En 2026, Messika poursuit son voyage en Afrique australe, en faisant cap sur le Botswana. Après Terres d’Instinct en 2025, qui introduisait la couleur dans la haute joaillerie de la maison, Terres de Contrastes en fait un principe. Sont ainsi évoqués les ocres du Kalahari, les bleus profonds du delta de l’Okavango, les reflets roses des pans salés du Makgadikgadi. Ici, le contraste ne joue pas l’opposition, mais la dualité. L’eau dialogue avec le désert, la puissance avec la délicatesse.
Pièce maîtresse et manifeste, le Okavango Blue. Découvert en 2018 dans la mine d’Orapa, ce diamant bleu de 41,11 carats bruts (20,46 carats taillés, classé Fancy Deep Blue) est le plus grand et le plus rare jamais mis au jour au Botswana.
Trésor national devenu création de haute joaillerie, pour la première fois depuis sa découverte. Autour de lui, plus de 500 diamants épousent le cou dans un mouvement fluide, inspiré des courbes du delta. Comme l’Okavango est le cœur vivant du Botswana (propriété de l’État), ce collier est le cœur de la collection Messika.

Repossi poursuit son exploration du Serti sur Vide
Chez Repossi, la légende fondatrice tient dans un geste : celui du gemmologue qui saisit la pierre entre ses doigts pour en jauger l’éclat. De ce rituel est né Serti sur Vide, réinterprétation du solitaire où le diamant taille poire semble flotter sur la peau, porté par le chaton “Tour Eiffel” , signature technique de la maison. Treize nouvelles pièces prolongent cette grammaire de la suspension.
Quatre créations diamant célèbrent les néo-portés chers à la maison – dont la bague Double, déployée sur deux doigts, monture presque effacée. La ligne Fancy introduit les diamants de couleur (jaune, rose, vert) comme éléments de composition, enrichie de deux tailles inédites, coussin et marquise.
Enfin, pour les 40 ans de la boutique du 6 place Vendôme, tourmalines indicolites ou vertes et aigues-marines composent des dégradés qui citent l’oxydation cuivrée de la colonne Vendôme. La plus minimale des maisons de la place reste fidèle à sa vision : le vide comme écrin, la pierre comme seul sujet.

Van Cleef & Arpels revisite les bijoux de l’Égypte antique
Avec “Fascinations d’Égypte”, fruit de trois ans de développement, Van Cleef & Arpels déploie 190 pièces qui revisitent l’Égypte antique en évitant le piège orientaliste. Car la collection tient l’équilibre entre créations figuratives (le Bénou en serti mystérieux et marqueterie de pierres, scarabées transformables, un pectoral cérémoniel) et pièces contemplatives où matière et lumière suggèrent plutôt qu’elles ne racontent. On observe également une référence assumée au Groupe Memphis dans les contrastes de couleurs et l’approche sculpturale.
Deux signatures techniques structurent l’ensemble. D’abord, un mélange de métaux inédit (or jaune, or rose et platine réunis en mailles chevrons), puis le dialogue graphique entre pierres ornementales (lapis, turquoise, malachite) et gemmes précieuses. Points d’orgue de la collection, les bracelets-paysages, des fresques miniatures sculptées dans l’or figurant pyramides, Vallée des Rois ou temples aux colonnes polychromes gravées de hiéroglyphes. En pièce maîtresse, une montre mystérieuse dont le diamant poire d’environ 40 carats, amovible, se transfère sur une bague vendue avec elle. La transformabilité, fil rouge de la collection, devient le sujet même de la création.