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Les confessions de Manon Bresch, star magnétique de la série Privilèges
Dans l’excellente série Privilèges, Manon Bresch prête ses traits à Adèle, une jeune détenue engagée dans un programme de réinsertion dans le milieu de l’hôtellerie de luxe. Elle y dévoile une palette de jeu complexe et très physique. Alors que la série sera disponible sur HBO Max ce vendredi 27 mars 2026, Numéro a rencontré l’actrice qui nous parle de son rôle de prisonnière en quête de reconstruction, mais aussi de sa collaboration avec Melvil Poupaud.
propos receuillis par Nathan Merchadier.
Une actrice à suivre de près vue dans le film Voleuses
Révélée au grand public, il y a un peu plus d’une décennie dans la série Plus belle la vie (2004-2022), Manon Bresch s’impose aujourd’hui comme l’un des visages montants du cinéma hexagonal. À 28 ans, l’actrice française au regard magnétique poursuit sa trajectoire, en gravissant peu à peu les échelons d’un milieu encore très codifié.
Longtemps cantonnée à la télévision, elle franchit un cap décisif en 2023 avec Voleuses, un film réalisé par Mélanie Laurent, dans lequel elle partage l’affiche avec Adèle Exarchopoulos et Isabelle Adjani. Le long-métrage diffusé sur Netflix rencontre un succès mondial à sa sortie. Dans la foulée, le rappeur Tiakola lui consacre un morceau intitulé Manon B (cumulant plus de 18 millions d’écoutes sur YouTube), qui contribue à renforcer son aura auprès de la Gen Z.

En ce début d’année 2026, l’actrice crève l’écran dans Privilèges, l’excellente série HBO Max se déroulant dans le milieu de l’hôtellerie de luxe, attendue pour le 27 mars. Elle y incarne le personnage d’Adèle, une détenue engagée dans un programme de réinsertion en tant que bagagiste, aux côtés d’un Melvil Poupaud au sommet de son art. Un rôle âpre, qui lui permet d’explorer une zone de jeu plus sombre. À cette occasion, Numéro est allé à la rencontre d’une comédienne à suivre de très près…
L’interview de Manon Bresch, star de la série Privilèges sur HBO Max
Numéro : Comment êtes-vous arrivée à jouer dans la série Privilèges ?
Manon Bresch : J’ai d’abord lu le scénario des deux premiers épisodes et ça a été une évidence. J’ai été frappée par la richesse du personnage d’Adèle, par le fait qu’une femme puisse traverser autant de situations, avec une telle complexité. Très vite, j’ai eu envie de l’incarner, de vivre ce parcours avec elle. Ensuite, il y a eu la rencontre avec les créateurs du programme, Marie Monge et Vladimir de Fontenay. Là encore, quelque chose de très évident s’est installé. C’était un rôle exigeant, qui impliquait une forme de responsabilité, mais je me sentais prête à l’assumer.

Ce qui nous frappe dans la série, c’est sa dimension sociale…
Ce que j’aime, c’est que la série ne juge pas. Le personnage de Déborah (la meilleure amie d’Adèle, une jeune femme d’origine modeste qui lance son food truck, ndlr), par exemple, est à sa place, dans une vie qui lui convient. Adèle, elle, pensait aussi avoir trouvé la sienne, jusqu’à ce que son environnement la pousse ailleurs (dans l’hôtellerie). Et finalement, si elle aspire à autre chose, c’est parce qu’on lui a montré que c’était possible. Il y a derrière tout ça une réalité très française. On parle ici de la manière dont les opportunités circulent ou pas. La série ne tient pas un discours frontal sur le sujet, mais elle en capte quelque chose de très juste.
“Le déterminisme social existe, mais il n’est jamais totalement figé.” Manon Bresch
Selon vous, la série Privilèges est-elle politique ?
Je ne pense pas que les créateurs aient voulu faire une satire sociale ou porter un discours explicitement politique. Mais dès que l’on raconte une microsociété, que ce soit celle de l’univers carcéral ou celle de l’hôtellerie, ces questions s’imposent presque naturellement. Ces espaces fonctionnent comme des milieux fermés, avec leurs propres règles, leurs hiérarchies et leurs rapports de pouvoir. Forcément, cela ouvre des réflexions sur le déterminisme et, plus largement, sur les trajectoires sociales. On le voit notamment à travers les personnages d’Adèle et Édouard (le directeur d’hôtel joué par Melvil Poupaud, ndlr), dont les parcours se répondent. On peut imaginer qu’ils ne viennent pas de milieux si éloignés, mais que leurs chemins ont divergé à la faveur de décisions, d’opportunités ou de rencontres. Le déterminisme existe, bien sûr, mais il n’est jamais totalement figé. Il y a aussi des moments où des portes s’ouvrent…

Comment voyez-vous le parcours d’Adèle, de la prison à la place de concierge ?
Adèle ne cherche pas vraiment à apprendre les codes du luxe, car elle semble déjà les maîtriser. Comme si son passé, plus rugueux, lui avait donné les clés pour comprendre ces mécanismes de pouvoir et de domination. Finalement, ce qu’on lui demande dans cet univers (du luxe) peut parfois être bien plus violent ou moralement ambigu que ce qu’elle a connu auparavant dans la prison. Il y a un mélange des genres, avec cette fascination pour le luxe, mais aussi cette réalité où les rapports de force ne sont jamais là où on les attend vraiment… J’ai tout de suite adoré cette dualité, ce jeu de contrastes que propose la série. Tout repose sur des codes, des représentations, et sur la manière dont on navigue entre ces mondes. Adèle peut basculer très rapidement dans une forme de représentation, presque de performance sociale. On a tous, à différents degrés, plusieurs personnalités : une manière de s’exprimer avec nos proches, et une autre lorsqu’on veut être compris, respecté, ou simplement exister dans un cadre plus formel.
“Viola Davis est mon actrice préférée, autant pour son travail que pour ses engagements.” Manon Bresch
Comment était-ce de donner la réplique à un acteur de la trempe de Melvil Poupaud ?
C’est un comédien que j’admirais déjà de loin, mais cette expérience m’a permis de le découvrir autrement. Très vite, il a pris une place importante pour moi, parce qu’il incarne exactement les qualités que je recherche chez un acteur. Bien sûr, il y a le talent, mais aujourd’hui, on est aussi attentif à la manière dont les artistes existent dans le monde, à ce qu’ils font de leur place. Par exemple, Viola Davis est mon actrice préférée, autant pour son travail que pour ses engagements et la façon dont elle utilise sa notoriété. Être acteur, c’est aussi tenir une position dans la société.

Quelles sont selon-vous les plus grandes qualités de Melvil Poupaud ?
Je dirais qu’il prend un vrai plaisir à jouer. Il s’amuse, il reste curieux et en même temps, il est très conscient de sa chance, et il la respecte. Cette forme d’humilité est précieuse. C’est sans doute ce qui permet de durer dans ce métier. Et humainement, il a été d’une grande générosité. Il m’a accompagnée avec beaucoup de bienveillance, presque comme un mentor. Il a posé sur moi un regard très doux, très encourageant, et il n’a pas hésité à me donner des conseils.
“La mode a toujours été pour moi une façon d’accéder à des espaces qui ne m’étaient pas forcément destinés.” Manon Bresch
Avez-vous toujours su que vous vouliez devenir actrice, ou est-ce une vocation qui s’est imposée progressivement ?
Oui, ça a toujours été là. Mais je crois que j’ai longtemps évité de me raconter cette histoire, comme si je n’osais pas vraiment y croire. J’ai commencé par faire de la figuration, puis très vite, un rôle important est arrivé. Avec le recul, je me rends compte que c’était assez évident. J’ai eu la chance que ce métier me “choisisse” assez tôt, et me montre que je pouvais y trouver ma place. Ce que j’aime profondément dans ce milieu, c’est cette possibilité constante de se réinventer. Jouer, rencontrer, partager, explorer… C’est un espace de liberté immense. Et pour quelqu’un comme moi, c’est précieux.

Vous assistiez récemment au défilé Miu Miu lors de la dernière Fashion Week parisienne. Que représente pour vous cette incursion dans l’univers de la mode ?
La mode fait vraiment partie de mon mode d’expression, encore plus dans des moments de promo comme celui-ci, où tout se croise. Ce monde a toujours été pour moi une manière de m’exprimer, mais aussi, plus personnellement, une façon d’accéder à des espaces qui ne m’étaient pas forcément destinés. C’est quelque chose que je partage avec ma mère, cette idée que le vêtement peut ouvrir des portes. Et d’une certaine manière, cela fait aussi partie du chemin qui m’a menée jusqu’ici.
Privilèges, créée par Marie Monge et Vladimir de Fontenay, disponible le 27 mars 2026 sur HBO Max.