5 jan 2026

Grâce à Stranger Things, la Gen Z redécouvre l’immense Prince

Ce n’est pas un petit prince mais un grand roi – disparu à 57 ans – que le monde redécouvre grâce à la série Stranger Things. Prince Rogers Nelson (de son vrai nom) avait révolutionné le genre pop autant que le genre sexuel.

  • par Violaine Schütz.

  • Publié le 22 avril 2016. Modifié le 5 janvier 2026.

    La dernière saison de Stranger Things, diffusée depuis novembre 2025, a permis de remettre en lumière de nombreux artistes et de faire grimper dans les charts des morceaux anciens de Kate Bush et David Bowie. Les frères Duffer ont aussi frappé fort en obtenant les droits d’utiliser deux chansons de Prince. Ces derniers ont été défendus dans l’épisode final.

    Un musicien redécouvert grâce à Stranger Things

    Le 1er janvier, après la sortie de l’épisode, Spotify a noté une hausse de 181 % d’écoutes pour When Doves Cry (1984) en France, et de 131 % pour Purple Rain (1984). Aussi, au niveau mondial, When Doves Cry a connu une hausse de 89 % de streams sur Spotify, tandis que Purple Rain a enregistré une progression de 128 %. Après le final (réussi) de la série, la Gen Z a donc découvert (ou redécouvert) le génie Prince Rogers Nelson alias Prince, né len 1958 à Minneapolis et décédé en 2016.

    Prince, un génie éclectique et aventureux 

    Il suffit de réécouter des disques majeurs comme Dirty Mind (1980), Controversy (1981) ou encore Purple Rain (1984) pour rester bouche bée devant leur modernité et leur ambition mélodique. Celui qui s’est surnommé lui-même “Love Symbol” ou encore “The Artist” était un des grands génies musicaux du siècle, qui n’hésitait pas à expérimenter et à repousser sans cesse ses limites.

    Prince and The Revolution – Purple Rain (Live in Syracuse, March 30, 1985).

    Mélangeant audacieusement R’n’B, funk, rock, pop et new wave, ce multi-instrumentiste – il sait en jouer une vingtaine selon la légende – a signé presque autant de tubes cultes que son rival, Michael Jackson. Prolifique, avant-gardiste et slasheur avant l’heure, l’auteur-compositeur-interprète-producteur-danseur-acteur aurait vendu plus de 100 millions de disques dans le monde, devenu son royaume peuplé de fidèles prêts à couronner son talent. Il avait aussi entrevu le pouvoir d’Internet et du streaming, confirmant ainsi son statut de pionnier. 

    Un provocateur 

    Comme Madonna (pour qui il a écrit), Prince savait choquer et porter violemment atteinte à l’Amérique puritaine de Ronald Reagan. Beaucoup de ses paroles de chansons peuvent être classées X, à l’instar de Darling Nikki sur Purple Rain. Le chanteur n’hésite pas à parler de ses nuits de débauche, de masturbation, d’adultère, de fellation, mais aussi d’inceste frère-sœur.

    Mais il savait aussi se montrer polémique, politiquement parlant (notamment en abordant des sujets épineux comme la guerre froide et la peine de mort). Sur Controversy (1981), son quatrième album (et peut-être son plus touchant), il chante sur le morceau titre : “J’aimerais que nous soyons tous nus, qu’il n’y ait ni Noirs ni Blancs, qu’il n’y ait aucune règle.” Ni Dieu, ni maître, ni tyrannie. Un bon prince en somme.

    Prince and the Revolution – When Doves Cry (1984).

    La question du genre 

    À l’image de David Bowie, disparu lui aussi parmi les étoiles en 2016, des compagnes qui lui vont comme un gant, le caméléon dandy aimait semer le trouble concernant les genres. Sur la pochette de Controversy, il apparaît ainsi en dessous féminins. Il en va de même durant certains de ses concerts.

    Se maquillant outrageusement et arborant des tenues de scène androgynes, excentriques et bling, celui que les médias avaient renommé “Le Nain pourpre” mesurait moins d’un mètre soixante, mais compensait sa petite taille par un sex-appeal énorme. La bête de scène aux déhanchés sulfureux avait en fait autant de groupies hommes que femmes.  

    Un pygmalion 

    Le Kid de Minneapolis, ne s’est pas contenté de révolutionner la pop avec ses propres disques, à travers plus de trente disques studio parus depuis 1978. Pas bégueule, il a aussi prêté ses talents de producteur pour signer de petits chefs-d’œuvre de pistes de danse pour les autres. Il a ainsi écrit pour des femmes fortes comme les Bangles, Chaka Khan, Patti LaBelle ou Madonna.

    Son morceau de bravoure ? Le mélancolique, puissant et émotionnel Nothing Compares 2 U (1990) interprété avec intensité par la phénoménale et regrettée Sinéad O’Connor. Un hymne intense parfait pour servir d’élégie à ce Prince charmant aussi anticonformiste qu’unique.