24 mar 2025

Rencontre avec Tamino, visage attachant de la scène folk adoubé par Lana Del Rey

Depuis la parution de son premier album Amir en 2018, Tamino ne cesse de marquer le paysage de la folk avec des titres envoutants emprunts d’une grande mélancolie. Ce vendredi 21 mars 2025, le chanteur belge désormais installé à New York partage Every Dawn’s A Mountain, un troisième album perçu comme la poursuite d’une grande quête introspective… Rencontre.

propos receuillis par Nathan Merchadier.

Tamino – Willow (2025).

Électron libre de la scène musicale belge, Tamino fascine par son élégance singulière et sa beauté presque antique, évoquant les portraits des grands héros romantiques. Déjà adoubé par Lana Del Rey, le chanteur de 28 ans confirme l’immense talent qu’on lui connaissait pour faire naître de grandes émotions à chaque morceau. Comme lorsqu’à l’occasion d’un rapide passage dans la ville lumière, le 11 mars dernier, la Salle Pleyel fût envoûtée face à une performance d’une rare intensité, entre silences suspendus et envolées vibrantes.

Tamino, la meilleure promesse de la scène belge

Ce vendredi 21 mars 2025, le brillant auteur-compositeur-interprète Tamino dévoile Every Dawn’s a Mountain, un troisième disque ambitieux enregistré entre New York, Bruxelles et un studio-église de la Nouvelle Orléans. Originaire d’Anvers, mais puisant une partie de son inspiration dans ses racines égyptiennes, l’artiste récemment annoncé comme le nouveau visage du parfum Terre d’Hermès y dévoile dix titres à la beauté mélancolique, portés par sa voix d’ange, largement influencés par la folk, le chant arabe (comme sur l’hypnotique Disolve) et les ombres de ses idoles Leonard Cohen et Bob Dylan.

Connu dans l’Hexagone pour sa magnifique rencontre musicale avec Angèle en 2022 sur le titre Sunflower, Tamino s’entoure une nouvelle fois de collaborateurs de choix sur ce disque. Il est accompagné par le producteur Alessandro Buccellati, proche d’Arlo Parks et d’Arcade Fire, mais aussi par la reine de la scène indie américaine Mitski, avec qui il s’offre un featuring remarqué sur le titre Sanctuary. Numéro a rencontré, dans le cadre feutré d’un hôtel parisien, un artiste à qui rien ne semble résister…

L’interview de Tamino, auteur de l’album Every Dawn’s A Mountain

Numéro : Trois ans après avoir sorti l’album Sahar, vous êtes de retour avec un troisième disque. Quel était votre état d’esprit en vous lançant dans cette nouvelle aventure ?

Tamino : Je venais d’emménager à New York et cette nouvelle étape de ma vie a guidé la composition de ces chansons. La plupart des titres de ce disque ont d’ailleurs vu le jour dans un laps de temps assez court car ils ont été écrits à la suite les uns des autres. Ensuite, nous avons commencé à enregistrer pendant la tournée, dans différents studios à travers le monde, entre la Nouvelle-Orléans, Bruxelles et New York. Je ressentais une certaine forme d’urgence à formuler tout ce que j’avais à dire et tout s’est enchaîné.

Ce nouvel album s’intitule Every Dawn’s A Mountain. Qu’entendez-vous par cette formule mystérieuse ?

Une montagne peut être le symbole d’une lutte car cela peut être un combat de la gravir. Mais il est aussi possible de le voir comme une opportunité. Ce n’est pas simplement négatif ou positif. J’aime la dualité de ce titre. Lorsque j’ai écrit cette chanson, j’ai beaucoup aimé cette formule et j’ai eu l’impression qu’elle résumait une grande partie de ce que je voulais dire sur cet album.

Tamino – Dissolve (2025).

“Mes parents se sont séparés quand j’étais très jeune et l’une des choses qu’il a m’ont laissé comme héritage, c’est l’oud.” Tamino

Sur le titre Dissolve, un instrument occupe d’ailleurs une place très importante. Il s’agit de l’oud que vous pratiquez maintenant depuis quelques années…

J’étudie beaucoup cet instrument et la musique arabe en général mais je ne me considère pas comme un expert. Comme je ne suis pas encore très à l’aise avec cela, c’est d’autant plus excitant pour moi d’écrire des chansons. Toutes les explorations que j’ai faites jusqu’à présent avec l’oud ne sont que la partie immergée de l’iceberg. Cela me rend vraiment enthousiaste de continuer à parfaire mon apprentissage de la musique avec de nouveaux instruments.

C’est aussi un héritage que vous tenez de votre double culture et de votre grand père égyptien

Cet instrument a toujours été autour de moi. Mes parents se sont séparés quand j’étais très jeune et l’une des choses qu’il a m’ont laissé comme héritage, c’est l’oud. C’est un objet qui m’intéressait. J’essayais d’en jouer de temps en temps, mais il sonnait très mal parce qu’il était cassé. Aujourd’hui, la musique arabe m’apparaît plus comme une question de sentiment que de compréhension. On peut la comprendre intellectuellement, mais il faut des années avant de réussir à la pratiquer pour la ressentir. 

“Leonard Cohen est mort mais c’est important de pouvoir dialoguer avec quelqu’un, à travers son travail, ses mots, sa musique et son art.” Tamino

Votre musique m’évoque parfois celle d’artistes comme Bob Dylan. Quelles sont vos grandes influences musicales ?

J’aime énormément d’artistes mais j’ai toutefois pris conscience dernièrement qu’il existe une vraie différence entre apprécier l’art et l’aimer. Dans le domaine musical, je dirais qu’il y a quelques grands auteurs-compositeur, à l’image de Bob Dylan, Leonard Cohen, Joni Mitchell, Björk ou encore Radiohead.

Vous sentez-vous connectés à des musiciens comme Leonard Cohen

J’ai mentionné beaucoup de musiciens mais j’ai aussi beaucoup lu des écrivains comme Hermann Hesse. Quand je lis cet auteur, je me sens connecté à lui et j’ai l’impression que, d’une certaine manière, il me comprend mieux que quiconque. Je pense que ces liens métaphysiques sont importants car c’est comme si quelqu’un vous parlait d’outre-tombe. Leonard Cohen est mort mais c’est important de pouvoir dialoguer avec quelqu’un, à travers son travail, ses mots, sa musique et son art. Je pense d’ailleurs que nous ne sommes pas toujours capables de créer ce genre de liens avec les gens qui nous entourent. Si vous creusez suffisamment, vous trouverez toujours des personnes qui réussiront à vous parler à travers leur travail et vous vous sentirez moins seul. Cela vous permettra d’aller de l’avant lorsque vous vous sentirez mal. Hermann Hesse ou l’écrivain libano-américain Khalil Gibran ont cette puissance créatrice que j’aspire à atteindre un jour.

Tamino & Angèle – Sunflower (2022).

Avec Angèle et nous partageons un lien fort car nous sommes originaires de Belgique.” Tamino

Sur le titre Sanctuary, vous collaborez avec Mitski, une artiste bel et bien vivante. Comment avez-vous préparé cette rencontre ? 

Elle m’a envoyé un e-mail pour me dire qu’elle aimait ma musique et qu’un jour, on pourrait imaginer une chanson ensemble. J’étais très flatté parce que je suis une fan de son travail depuis des années. Au départ, nous avons eu du mal à trouver la bonne composition, puis avec Alessandro Buccellati, nous avons écrit Sanctuary en une journée. Je l’ai envoyée à Mitski, elle a adoré et nous avons commencé à l’enregistrer. J’ai également été en tournée avec elle et cela m’a permis d’apprendre à la connaître.

En 2022, vous aviez signé une sublime rencontre avec Angèle sur le titre Sunflower. Que retenez-vous de cette collaboration ?

Nous avons commencé en même temps avec Angèle et nous partageons un lien fort car nous sommes originaires de Belgique. J’ai passé beaucoup de temps avec elle en studio et nous avons essayé différentes choses. C’est une personne formidable et j’aime beaucoup le clip que nous avons réalisé ensemble.

Tamino – Babylone (2024).

J’ai l’impression d’être un peu comme un extraterrestre, n’appartenant à aucun endroit en particulier.” Tamino

Vous faites d’ailleurs partie des rares représentants de la scène belge qui peuvent se targuer de faire des tournées au-delà des frontières de l’Europe…

Je ne suis pas uniquement belge, puisque j’ai aussi des origines égyptiennes et libanaises. Parfois, j’ai l’impression d’être un peu comme un extraterrestre, n’appartenant à aucun endroit en particulier. C’est d’ailleurs pour cela que New York m’a paru être le lieu idéal où poser mes valises : une ville peuplée de gens venus des quatre coins du monde, qui, eux aussi, ne se sentent pas toujours chez eux dans leur pays d’origine. À côté de cela, je suis conscient que beaucoup des choses que je fais sont une première pour un artiste belge. Bien sûr, il y a Angèle et Stromae qui brillent à l’international. Mais ce que je propose est différent. Je me situe dans un registre plus indépendant et je chante en anglais.

Vous venez d’être annoncé comme le nouveau visage du prestigueux parfum Terre d’Hermès. La mode fait-elle partie intégrante de votre vie ? 

Mon rapport à la mode n’est pas de faire attention à ce qui est à la mode. Je vais plutôt essayer ce comprendre si je suis en accord avec ce que je porte. Et cela peut changer au fil du temps. En ce moment, j’adore la maison française Lemaire.

Tamino – Indigo Night (2019).

Les réseaux sociaux sont très distrayants mais ce n’est pas bon pour ma vie créative.” Tamino

En dehors de la scène, vous semblez être une personne assez reservée. Quels rapports entretenez-vous avec les réseaux sociaux ?

Parfois, je passe du temps sur Instagram mais je supprime l’application de mon téléphone à chaque fois que je n’ai pas besoin de poster pendant un certain temps, car j’éprouve une sorte de relation amour-haine avec les réseaux sociaux. En tant qu’artiste, nous en avons besoin afin de communiquer avec notre public et pour faire savoir au monde que nous jouons en concert ou que nous avons sorti un album. D’un point de vue personnel, je trouve cela très distrayant. Mais ce n’est pas bon pour ma vie créative. Parfois, je me rends compte que cela fait de moi une personne un peu séparée de ce merveilleux monde en ligne. Mais en même temps, cela me ramène à une certaine réalité. La vrai vie, c’est finalement ce qui nourrit mon esprit créatif, bien plus que n’importe quelle forme de vie numérique. 

Every Dawn’s A Mountain (2025) de Tamino, disponible.