25 mai 2026

Qui est Camille Yembe, la nouvelle étoile montante de la pop francophone ?

Après plusieurs singles entêtants, la chanteuse Camille Yembe dévoile un premier album très réussi, Jeune & Laide, ce vendredi 22 mai 2026. Après un concert sold out à la Maroquinerie, à Paris, et bientôt un retour à la Cigale en novembre 2026, on a rencontré la Belgo-congolaise de 29 ans qui fait partie des meilleurs espoirs de la pop.

  • propos recueillis par Ambra Flora.

  • Camille Yembe – Je ne l’ai jamais dit à personne (2026).

    Camille Yembe, la nouvelle star belgo-congolaise de la pop francophone

    “Je ne l’ai jamais dit à personne.” C’est le titre d’une chanson, mais c’est surtout la clé de lecture de tout le premier album de Camille Yembe, Jeune & Laide, sorti ce vendredi 22 mai 2026. C’est l’opus – naviguant entre pop, rock et rap – d’une artiste qui ouvre son cœur et son histoire, celle d’”une jeunesse cabossée.”

    Auteure-compositrice belgo-congolaise de 29 ans, Camille Yembe a longtemps travaillé dans l’ombre, écrivant notamment pour Ghandi, Tiakola, Eva ou Damso, avant de décider que ses propres mots méritaient leur propre espace. Un premier EP, Plastique, sorti en 2025, l’ont imposée comme une étoile à suivre, adoubée notamment par Stromae. Elle s’inscrit désormais dans le sillon d’une génération d’artistes belges qui redessinent les contours de la pop francophone tels qu’Angèle, Stromae, Damso ou encore Shay. Rencontre.

    L’interview de la chanteuse Camille Yembe

    Numéro : Pourquoi avoir choisi de nommer votre premier album Jeune & Laide ?

    Camille Yembe : Quand j’emploie le mot « laide« , je ne parle pas de physique, même si je fais quelques clins d’œil à ça dans l’album, parce qu’il y a des moments où oui, j’ai pu me sentir laide, par rapport à ce que la société considère comme laid ou comme beau. Le mot « laide » me sert plutôt à parler de ma vie. Il faut le mettre en lien avec la pochette de mon album, sur laquelle je me tiens debout, assez digne. Cette fierté consiste à faire exister un récit qu’on retrouve en France, en Belgique, et partout… Il y a beaucoup de personnes issues de milieux populaires, qui ont une famille un peu instable, qui ont vécu une certaine précarité, et qui sont un peu de travers. Pour ces personnes, la jeunesse signifie plus la dureté que la fougue, la légèreté, l’innocence, contrairement à ce qu’on peut voir dans les films. J’avais besoin d’immortaliser ce qu’était ma jeunesse et ma vision de celle-ci.

    Pourriez-vous nous parler un peu plus de la pochette de l’album ?

    On y voit le drapeau du Congo revisité. Ce drapeau signifie qui je suis. Il signifie aussi que toutes les personnes qui se retrouvent dans mon album, dans le récit, peuvent se retrouver dans ce drapeau-là. Il se détache un peu du Congo, car je l’ai repensé avec des symboliques fortes : la ligne rouge – qui se pare de léopard -, est un symbole fort au Congo, qui veut dire la force, la résilience, et l’étoile, qui est un peu déformée, symbolise la vie un peu cabossée. Ça correspondait à l’interlude du disque où mon père parle d’une étoile cabossée. Donc ce drapeau représente mon histoire, et sûrement l’histoire d’autres personnes aussi.

    Camille Yembe – Rien à fêter (2026).

    Je parle d’une jeunesse cabossée sur cet album.” Camille Yembe

    Vous avez, avant de publier ce disque, sorti les singles Je ne l’ai jamais dit à personne et Rien à fêter

    Il s’agissait vraiment d’un avant-goût de l’album. J’ai commencé par le titre Je ne l’ai jamais dit à personne, qui est très intime puis il y a eu Rien à fêter, qui est aussi intime, mais qui parle aussi de quartier populaire et de déterminisme. Parfois, j’ai eu l’impression de n’avoir rien à fêter et que la vie était un peu monotone. Mais on est là quand même, on fête tout de même. Dans cette chanson, on a l’impression qu’on célèbre quelque chose, mais on ne sait pas ce qu’on célèbre. Je trouve que c’est à l’image de ce que j’ai vécu. On est là, on fait de la musique, mais à côté de ça le monde est chaotique.

    Sur votre album, on retrouve un morceau avec Lous and the Yakuza. Pourquoi ces artistes-là en particulier ?

    Je connaissais déjà Lous and The Yakuza, parce qu’elle vient de Bruxelles et moi aussi. On s’était déjà croisées. C’est un album qui parle de moi et j’ai la sensation qu’en invitant des gens sur mon album, je les invite chez moi, dans mon intimité. Et tu n’invites pas tout le monde chez toi… Je connais un peu l’histoire de Lous et je sais qu’elle a aussi une vie un peu cabossée, dure, donc je trouvais que ça avait du sens qu’elle chante sur cet album. On s’est vues chez elle, on a discuté jusqu’à tard la nuit, on a bu, rigolé, parlé… Je lui ai fait écouter l’album et c’est elle qui s’est arrêtée sur la chanson 16 ans dans les veines. Ça devait être un interlude. Elle a aimé, je pense qu’elle a été touchée par ce que ça racontait, et c’est elle qui a voulu mettre sa voix dessus.

    Camille Yembe – Coups de soleil (2025).

    Des collaborations avec Lous and The Yakuza et Ino Casablanca

    Et pour Ino Casablanca ?

    Je l’ai écouté en boucle ces dernières années et je le trouve trop fort. Il représente aussi ce que j’ai envie d’exprimer musicalement. Il est très versatile, il mélange plein de choses, mais ça reste son univers, car il a son phrasé à lui. Et ce qu’il propose musicalement, c’est très festif tout en exprimant quelque chose d’un peu brisé. Il a une vie un peu particulière.

    Vous mêlez chant, pop, rock, rap sur ce disque. Comment définiriez-vous votre musique ?

    Si j’avais le choix, je ne me mettrais pas dans une case. Mais je préfère me mettre moi-même dans une case plutôt que vous le fassiez à ma place. Donc, je dirais que je fais de la nouvelle pop. C’est une catégorie que j’ai volée à la cérémonie des Flammes. Il y a quatre ans, quand ils ont lancé l’événement, j’ai découvert la catégorie « nouvelle pop ». On y trouvait des artistes dont les chansons croisaient les genres. Pour moi, cela signifie être inspiré par plein de genres musicaux différents, mais arriver à faire ma sauce.

    À l’âge de 16 ans, on m’a mise dehors. Quand j’étais chez moi, je n’avais jamais vu un concert de ma vie.” Camille Yembe

    Vous avez quitté le foyer familial à 16 ans. Quel rôle a joué la musique dans ce moment de rupture ?

    À l’âge de 16 ans, on m’a mise dehors. Quand j’étais chez moi, je n’avais jamais vu un concert de ma vie, je n’avais pas vraiment accès à la culture. Le fait d’être mise dehors, c’était un malheur, mais qui symbolisait aussi une forme de liberté. En quittant le foyer familial, j’ai pu accéder à des concerts, à plus de culture. Je me souviens très bien de mon premier concert. J’avais 16 ans et j’ai vu. Youssoupha en live. Un rappeur incroyable qui était venu dans ma ville. C’est à ce moment-là que je commence à vivre, à expérimenter la musique différemment. Puis j’ai rencontré le producteur Gandhi vers mes 19 ans. À ce moment-là, la musique était un grand rêve pour moi. Je commençais à composer au piano, et à écrire.

    Pourriez-vous nous parler de vos débuts ?

    Je n’ai pas terminé mes études et j’ai commencé à travailler, à enchaîner un peu les petits boulots de vendeuse, serveuse… Juste pour pouvoir m’en sortir, manger, avoir un toit. Ça prenait tellement de place dans ma vie que je n’avais pas le temps de faire de la musique. Puis j’ai finalement trouvé un CDI, dans lequel je suis restée un an afin d’économiser et de pouvoir en suite me lancer dans la musique. Mais c’était une sorte de prison dorée et je n’arrivais pas à m’arrêter. C’est seulement quand j’ai fait une résidence avec la chanteuse Eva et que j’ai rencontré Damso, que je me suis finalement sentie talentueuse, ancrée et utile. J’ai réalisé que j’avais perdu énormément de temps, que je faisais semblant de me convaincre que j’allais un jour me lancer, que je procrastinais… Tout ça m’a incitée à quitter mon emploi. 

    Doechii et Theodora m’inspirent.” Camille Yembe

    Quelles sont vos influences musicales ?

    Ce qui m’a beaucoup inspirée pour ma musique, c’est le rap. Cela se ressent dans la manière d’écrire. Je suis dans le détail et donc, moins généraliste que la pop. Diam’s m’a beaucoup inspirée. Il y a aussi le rock, notamment Radiohead mas aussi des artistes comme Charles Aznavour dans la manière de manier les mots et d’interpréter. Ça va un peu dans tous les sens. Quand tu passes de Diam’s à Thom Yorke et Charles Aznavour, c’est déjà un sacré grand écart. J’aime aussi beaucoup, dans les artistes actuels, Theodora. Rien que le fait qu’elle existe et qu’elle arrive à mélanger autant de genres et qu’elle soit ancrée et comprise en étant aussi plurielle, je trouve ça fort. Ça me fait dire que je peux aussi emprunter ce chemin-là aussi. Aussi, Doechii m’influence par son énergie et dans sa manière d’aborder la scène.

    Et quelles sont vos influences stylistiques ?

    Mon style est à l’image de ma musique : il est assez versatile. Mais je m’efforce d’être ancrée dans quelque chose de précis pour que les gens me reconnaissent. J’aime beaucoup le style de Rihanna. À chacune de ses apparitions, elle est assez nonchalante, mais en même temps, elle est sapée. Elle a inventé son propre style et elle est très libre. J’ai l’impression qu’elle ne se laisse pas emporter par le succès. Parfois, elle porte simplement un jean et un tee-shirt mais son aura est si forte, que peu importe ce qu’elle porte, ça influence sa tenue.

    Je n’arrive pas à dissocier la musique de la danse.” Camille Yembe

    Sur scène, la danse semble centrale dans votre façon d’être…

    J’adore danser et j’ai toujours aimé ça. Quand j’étais plus jeune, je suppliais mes parents pour qu’on m’inscrive à des cours de danse, et ça ne s’est jamais fait. Mais j’ai continué chez moi tout en regardant beaucoup de battles de danse sur YouTube. Je n’arrive pas à dissocier la musique de la danse. Même quand c’est de la musique profonde, je trouve que le corps raconte toujours quelque chose. D’ailleurs, les artistes qui m’inspirent dansent tous : Michael Jackson, Christine and the Queens, Beyoncé… Et puis, je suis congolaise, donc je danse quand même beaucoup.

    Vous venez de Molenbeek et la Belgique a vu naître des artistes comme Stromae, Hamza, Shay…

    Je ne sais pas s’il y a vraiment une identité propre à la Belgique. Je ne m’en rends pas compte, car je suis dans ma bulle. Ce sont plutôt les gens qui me le disent qu’il y a une scène belge, qu’on fait de la musique différemment et qu’on est plus ouvert. 

    Jeune & Laide (2026) de Camille Yembe, disponible.