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Pourquoi les réalisatrices françaises tournent avec des actrices US ?
Les réalisatrices françaises, d’Alice Winocour à Justine Triet, tournent de plus en plus avec des actrices américaines telles qu’Angelina Jolie, Jodie Foster, Demi Moore et Mia Goth. Mais derrière cette tendance réjouissante, se cache un statut encore trop minoritaire.
par Violaine Schütz.
Publié le 16 février 2026. Modifié le 19 février 2026.

Quand les réalisatrices françaises font appel à des actrices américaines
La réalisatrice et scénariste française Alice Winocour, réalisatrice du film Maryland (2015), a le don de s’entourer de comédiennes d’exception, à l’instar d’Eva Green dans le film Proxima (2019) et de Virginie Efira dans Revoir Paris. Mais le fait qu’elle fasse tourner une star américaine, Angelina Jolie, dans son nouveau long-métrage, Coutures, qui sort au cinéma ce mercredi 18 févier 2026, confirme l’une des grandes tendances du moment. Il semblerait en effet que les cinéastes hexagonales aiment beaucoup filmer les comédiennes anglophones.
Claire Denis a ainsi dirigé Margaret Qualley dans Stars at Noon (2023). Coralie Fargeat a enrôlé Demi Moore dans The Substance (2024). Audrey Diwan a fait appel à Naomi Watts pour jouer dans le film érotique Emmanuelle (2024). Rebecca Zlotowski a fait tourner, en français, la star internationale Jodie Foster dans Vie privée (2025) et l’actrice franco-britannique Emma Mackey apparaît dans le long-métrage Alpha (2025) de Julia Ducournau. Aussi Mélanie Laurent réalisera le thriller The Mother avec Michelle Yeoh. Et Justine Triet a choisi la fascinante Mia Goth pour porter son prochain film intitulé Fonda.

Angelina Jolie, Margaret Qualley, Demi Moore… Des stars prisées par les cinéastes hexagonales
À première vue, on peut se réjouir de ces castings prestigieux. Cela prouve que des femmes réalisatrices très éloignées d’Hollywood arrivent à avoir le budget pour que des pointures du cinéma étranger incarnent (avec brio) leurs héroïnes. Des stars dont elles sont fans ou pour lesquelles elles ont eu de véritables coups de cœur.
Claire Denis nous expliquait à propos du choix de Margaret Qualley pour jouer dans Stars at Noon (2023) : “J’étais à Cannes et j’ai vu Once Upon a Time… in Hollywood de Quentin Tarantino, dans lequel elle est géniale. Je me serais arrêtée tout de suite pour cette auto-stoppeuse. J’avais presque fini le scénario du film à ce moment-là, je suis sortie de la projection et j’ai dit à mon producteur : c’est elle mon héroïne et personne d’autre. Et puis, on a contacté son agent.”

Elle poursuivait : “Je l’ai rencontrée à New York et elle a dit oui tout de suite. Elle a même attendu deux ans et demi avant de le tourner, à cause de la pandémie. Tout le monde dit qu’elle ressemble à sa mère, Andie MacDowell, mais pas tant que ça. Elle ressemble surtout à son père, Paul Qualley, qui a été mannequin et musicien et qui est un vrai hippie. Il était sur le tournage du film. Comme lui, Margaret est une vraie hippie. Elle a quelque chose de sauvage, qui se situe en dehors des conventions. Et sur un plateau, elle rend tout le monde plus heureux.”
Quand on lui demande si diriger une actrice française est la même chose que faire tourner une comédienne américaine, Claire Denis assure : “Je travaille toujours de la même façon. Après, peut-être que les acteurs anglo-saxons me trouvent bizarre, mais moi, j’essaie d’être comme je suis parce que je ne sais pas faire autrement. La direction d’acteurs, ça commence avec le choix d’acteurs qu’on aime et avec lesquels on s’entend et on se comprend. Quand j’ai commencé à travailler avec Robert (Pattinson), j’avais l’impression que c’était quelqu’un que je connaissais depuis toujours, de la même façon qu’avec Joe (Alwyn) et Margaret (Qualley) ou des comédiens panaméens. En fait, le cinéma, c’est quand même assez universel.”

“J’ai toujours admiré le travail d’Alice (Winocour), c’est une réalisatrice brillante, et sa façon d’aborder la maladie est inédite.” Angelina Jolie
De leur côté, les actrices trouvent souvent l’expérience rafraichissante et inédite. Elles semblent d’ailleurs oser plus dans les films hexagonaux. Angelina Jolie dévoile ainsi une performance très émotionnelle et vulnérable dans Coutures (2026), un long-métrage qui évoque le sujet sensible du cancer du sein qu’elle connaît de très près (elle a subi une double mastectomie préventive).
Elle explique en effet au média Time en 2025 : “C’est une histoire très personnelle pour moi ; j’ai tout de suite ressenti une profonde résonance avec Maxine Walker, mon personnage. J’ai toujours admiré le travail d’Alice, c’est une réalisatrice brillante, et sa façon d’aborder la maladie est inédite. Trop souvent, les films sur les épreuves des femmes – surtout le cancer – parlent de fin et de tristesse, rarement de la vie. Alice a réalisé un film sur la vie et c’est précisément pour cela que les sujets sensibles qu’il aborde sont traités avec autant de délicatesse.” Lors du journal de 20 heures de France 2, elle a ajouté qu’en France, les films s’accompagnent de discussions approfondies sur les personnages, la philosophie, le sens et que la démarche est plus psychologique et intello.
Pour Demi Moore, star de The Substance, l’expérience a aussi été riche, métaphysique et différente. Lors d’une masterclass à la Cinémathèque française, à Paris, en novembre 2024, elle confiait : “En lisant le script, j’ai aimé le sujet du film (l’âgisme, ndlr), que j’ai trouvé très pertinent. Coralie (Fargeat) a une façon unique d’aborder ce sujet important, qui m’a vraiment émue. En tant qu’actrice évoluant depuis longtemps dans l’industrie du cinéma, j’ai été confrontée aux problèmes que pose le fait de vieillir. Ce qui m’a particulièrement touchée, c’est la violence et la dureté dont on peut faire preuve envers soi-même. Ça n’avait pas vraiment été exploré à l’écran. La façon dont Coralie aborde ce thème est risquée, effrayante, et elle vous pousse en dehors de votre zone de confort.”

Des réalisatrices encore minoritaires
Mais derrière ce partenariat win win entre les actrices et les cinéastes, se cache une réalité plus compliquée. Le statut des réalisatrices restant fragile, elles pourraient, à travers le choix d’une actrice internationale, chercher à se légitimer auprès de la profession. Car les hommes restent les maîtres du monde quand il s’agit de se tenir derrière la caméra et d’imposer leur vision.
En effet, la part de femmes réalisatrices de films en France est au plus bas depuis cinq ans. Selon l’Observatoire de l’égalité femmes-hommes lancé par le CNC, près de 70 % des films sortis en 2024 ont été dirigés par une équipe comptant une majorité (plus de 60 %) d’hommes aux postes clés dont celui de la réalisation.
Au Festival de Cannes 2025, Nicole Kidman indiquait que le nombre de films à succès réalisés par des femmes demeurait incroyablement bas. L’actrice australo-américaine s’est d’ailleurs engagée, il y a neuf ans, à travailler avec une cinéaste tous les 18 mois. Elle a ainsi collaboré avec 27 réalisatrices depuis avoir fait ce serment. Le type d’initiatives qui pourraient enfin un jour changer la donne dans le septième art.
Coutures d’Alice Winocour, au cinéma le 18 février 2026.