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Brigitte Bardot, icône sensuelle, libre et problématique du cinéma français
Fin octobre 2025, le film culte Et Dieu… créa la femme était diffusé sur Arte. Dans ce long-métrage, Brigitte Bardot tient l’un des rôles les plus marquants de sa carrière et danse sauvagement dans une scène devenue mythique. Peu après, le 3 décembre 2025, c’est un documentaire testamentaire qui lui rendait hommage. BB, décédée ce dimanche 28 décembre 2025, restera à jamais dans les esprits cette jeune femme libre qui défiait les codes, malgré les propos problématiques qu’elle tiendra plus tard.
par Violaine Schütz.
Publié le 20 octobre 2025. Modifié le 6 janvier 2026.

Il existe plusieurs Brigitte Bardot. La sublime B.B. a été mannequin, danseuse, actrice, premier visage de Marianne, icône de mode et chanteuse avant de vivre recluse, dès le début des années 70, et de prendre la parole quand elle le souhaitait, le plus souvent en tant que militante des droits des animaux, ou pour proférer des paroles racistes ou homophobes. “J’ai donné ma jeunesse et ma beauté aux hommes et maintenant, je donne ma sagesse et mon expérience aux animaux ” a-t-elle déclaré en 1987. Deux ans plus tard, elle confiait, désabusée, à France Soir : “Les animaux, eux, ont une pureté que l’homme a définitivement perdue.”
Danseuse, actrice, chanteuse… Les multiples facettes de Brigitte Bardot
Née le 28 septembre 1934 à Paris, elle a marqué les années 1950-1960 par sa beauté phénoménale – pour beaucoup, elle est la plus belle femme du XXe siècle – et ses talents pour la comédie (même si elle a souvent été sous-estimée de ce côté-là). Elle reste associée, dans les esprits, à l’émancipation féminine ainsi qu’à la libération sexuelle grâce à des rôles de femme frondeuse et sensuelle se jouant des conventions.
On pense notamment à sa partition endiablée dans Et Dieu… créa la femme (1956) de Roger Vadim, dans lequel elle incarne Juliette, une jeune femme d’une beauté redoutable dont trois hommes se disputent les faveurs. L’ex-danseuse classique venant d’un milieu bourgeois austère Brigitte Bardot est devenue un sex-symbol mondial fascinant jusqu’à l’étranger. Paul McCartney et John Lennon avaient le béguin pour elle.
Elle refusa les avances de Sean Connery mais elle a eu de nombreux amants, de Jean-Louis Trintignant à Sacha Distel en passant par Serge Gainsbourg, Roger Vadim (qu’elle épousa), Warren Beatty et Nino Ferrer. « Quand un homme a beaucoup de maîtresses, on dit que c’est un Dom Juan. Quand une femme a beaucoup d’amants, on dit que c’est une putain » dira-t-elle.

Un objet de désir… mais pas seulement
Dans la France corsetée de l’après-guerre prônant l’idéal de la femme au foyer, elle trace une autre voie, loin des arts ménagers et de l’obéissance à son mari. Elle n’est pas seulement cet objet de désir façonné (à l’écran) par et pour des hommes (elle n’a tourné presque que pour des réalisateurs) mais aussi cette femme assumant, sans tabou, ses propres désirs.
De manière plus sombre, son rapport à la maternité était compliqué. Ne pouvant pas avorter (personne ne voulait prendre le risque de la faire avorter clandestinement et d’être responsable de la morte d’une star si cela tournait mal), elle va peiner à élever son fils, tenant des propos choquants à son sujet.

Une icône de mode
Son style – tout comme sa manière de parler enfantine – était aussi indéniablement séduisant, élégant, sexy et insolent. Moderne, la star a osé les cuissardes et popularisé la jupe vichy, le bandeau, la marinière ainsi que les ballerines Repetto. Elle ne suit pas les tendances, elle les crée. “Jusqu’en haut des cuisses, elle est bottée / Et c’est comme un calice à sa beauté / Elle ne porte rien d’autre qu’un peu / D’essence de Guerlain dans les cheveux”, chantait Gainsbourg dans Initials B.B. (1968). Aujourd’hui, sur Instagram, les looks de la star restent une référence pour la Gen Z, tout comme son maquillage et sa coiffure.

Des films signés Godard et Clouzot
Mais cela ne doit pas éclipser sa filmographie. La comédienne audacieuse, disparue le 28 décembre 2025 à l’âge de 91 ans, a tourné avec plusieurs grands cinéastes, notamment dans le film Le Mépris (1963) de Jean-Luc Godard (dans lequel elle demande à son mari Tu les trouves jolies, mes fesses ?), et aux côtés d’acteurs et actrices phares, de Jeanne Moreau à Jean-Pierre Léaud en passant par Claudia Cardinale et Michel Piccoli.
La muse de Serge Gainsbourg (il lui écrivit, envoûté, la plus belle chanson d’amour) est particulièrement phénoménale dans le film culte La Vérité (1960) d’Henri-Georges Clouzot. La tension sur le plateau et la maltraitance qu’elle a subie de la part du réalisateur (qui lui écrasera notamment les pieds pour la faire pleurer), l’ont conduite à tenter de se suicider peu après le tournage. Tout comme son personnage dans le film. Elle disait à Vogue en 2012 à ce sujet : “Clouzot m’a tellement persuadée que j’étais cette femme de mœurs légères, cette tragédienne, que j’ai fini par y croire. Je suis devenue Dominique. Au point que des mois plus tard, j’ai voulu me suicider.”
Cependant, la Marilyn Monroe française dévoile une performance intense et hypnotique dans ce long-métrage critiquant les mœurs conservatrices de l’époque, dans lequel elle incarne une jolie jeune femme jugée en cour d’assises pour le meurtre de son ancien amant. Une intrigue qui fait écho aux jugements exercés à son encontre.

Une icône de l’émancipation féminine
Même si elle s’était retirée de la vie publique à l’orée des seventies pour s’installer à Saint-Tropez (dans la fameuse Madrague assaillie par les paparazzi venant en bateau) et s’occuper des animaux, on ne compte plus les documentaires et les films à son sujet. L’actrice fascine des années après son éclipse.
En 2023, la femme fatale devenait l’héroïne de la série biopic Bardot sur France 2, où elle apparaissait en jeune fille vive, têtue et éperdument amoureuse de Roger Vadim. Toujours en 2023, elle était mise à l’honneur d’un documentaire sur Canal+ Docs, intitulé Brigitte Bardot.
L’insoumise, dans lequel elle revenait, dans une interview cash, sur ses tentatives de suicide, sa retraite loin des plateaux de cinéma et son rapport à la vieillesse. “J’aime pas tellement la vie, mais je déteste la mort, mais la mort me paraissait être la seule issue à des problèmes que je croyais insurmontables” confiait-elle alors.

Une défenseuse des animaux
Et en décembre 2025, on découvre au cinéma Bardot, un documentaire d’Alain Berliner et Elora Thevenet qui revient sur le parcours d’une femme qui a un jour tout délaissé pour prendre du temps pour sa fondation se battant pour la cause animale.
Le film (qui avait été présenté au Festival de Cannes 2025) se veut “une réflexion croisée sur ce que signifie être une femme artiste, une femme libre et parfois en avance sur son temps.” Entre entretiens de personnalités (Naomi Campbell, Stella McCartney), séquences animées, images d’archives et interview de la star à la Madrague (entourée d’animaux), la production met l’accent sur les contradictions de l’icône.

Une star ultra photogénique… et controversée
En juin et juillet 2023, l’actrice faisait également l’objet d’une exposition de photographies à la galerie GadCollection, à Paris. La jeune femme y prouvait une nouvelle fois son incroyable photogénie et sa sensualité, à travers des clichés rares pris par le photographe canadien exilé aux États-Unis Douglas Kirkland.
Sous l’œil de celui qui a immortalisé de nombreuses icônes, telles que Marilyn Monroe, Romy Schneider, Coco Chanel, Elizabeth Taylor ainsi qu’Audrey Hepburn, le sex-symbol s’amuse avec un rideau (cachant sa nudité), ajuste un corset, tire à la carabine ou joue aux cartes en fumant, assise sur le sol, jambes écartées. Brigitte Bardot semble effrontée et affranchie.
On reconnaissait bien sur ces clichés l’actrice qui affola Jean-Louis Trintignant et les spectateurs en dansant sauvagement dans le mythique Et dieu… créa la femme (1956). Mais elle s’affichait également dans des moments plus mélancoliques, lisant un journal sur son lit ou bâillant dans un taxi. On peut retrouver certaines de ces images, ainsi que de magnifiques photos de Terry O’Neill dans le beau-livre Being Bardot : Photographed by Douglas Kirkland and Terry O’Neill, sorti en juin 2023 aux éditions ACC Art Books/ Iconic Images. Si B.B. n’est plus, ses photos, tout comme ses films et ses chansons exerceront sans doute encore longtemps leur pouvoir d’attraction sur les nouvelles générations.
Des propos impardonnables
Mais il reste difficile en voyant ces photos prises avant les années 70, de faire le lien avec l’image rance renvoyée par la star depuis ses propos indéfendables, racistes et homophobes qu’on n’oubliera (et qu’on ne pardonnera) pas malgré sa mort. Elle a d’ailleurs été cinq fois condamnée pour des propos incitant à la haine raciale. Et sa sympathie pour l’extrême droite aura duré plus de 30 ans. Proche du clan lepéniste, Brigitte Bardot, mariée à Bernard d’Ormale, le conseiller de Jean-Marie Le Pen, aura terni son image avec la laideur de ses idées et de ses saillies, contrastant violemment avec son incroyable beauté plastique et sa passion noble pour les animaux.
Bardot (2025) d’Alain Berliner et Elora Thevenet, actuellement au cinéma.
Les plus belles photos de Brigitte Bardot













