Pamela Anderson : “Faire partie de la pop culture est autant une bénédiction qu’une malédiction”
Après avoir été absente des plateaux de tournage dans les années 2000, l’icône des années 90 Pamela Anderson, revient en grande pompe au cinéma. Elle sera à l’affiche, le mercredi 12 mars 2025, de The Last Showgirl, dans lequel elle incarne une danseuse de cabaret de Las Vegas qui apprend que son spectacle va s’arrêter et qui essaie de renouer avec sa fille. Numéro était à l’avant-première du beau long-métrage signé Gia Coppola et vous dévoile les confessions d’une artiste attachante et mésestimée.
propos recueillis par Violaine Schütz,
et Jordan Bako.
Publié le 10 mars 2025. Modifié le 14 mars 2025.
Pamela Anderson sur le film The Last Showgirl de la réalisatrice Gia Coppola
“Gia Coppola a vu le documentaire que mon fils, Brandon Lee, a produit (Pamela, a love story, disponible sur Netflix). Et elle a tout de suite su que je devais être sa Shelly (l’héroïne, danseuse de cabaret à Las Vegas de The Last Showgirl). Elle a envoyé le scénario à mon ancien agent qui l’a refusé dans l’heure, ce qui était terrible. Puis elle a eu le contact de mon fils et il m’a apporté le scénario, que j’ai adoré. En le lisant, je n’arrivais pas à croire que j’allais avoir l’opportunité de jouer dans un film comme celui-là. J’ai toujours su que j’étais capable de faire tellement plus que ce que j’avais fait au cinéma, mais je ne pensais pas avoir un jour la chance de le faire. J’étais chez moi, dans mon jardin à faire des pickles et de la confiture, et j’avais écrit un livre de cuisine. Et je me suis dit que j’allais rendre ma vie belle quoi qu’il arrive. Mais j’avais toujours un petit pincement au cœur en pensant à ce que j’étais réellement capable de faire. J’ai pu jouer le rôle de Roxie Hart dans la comédie musicale Chicago à Broadway, en 2022, et c’était un échauffement pour ce film. C’est vraiment excitant et je veux en faire plus. Je me suis beaucoup investie dans ce film parce que je me suis dit : “Et si je n’avais jamais l’occasion de faire un autre film ? Je vais donc me concentrer et faire de mon mieux.” Quand je commence à faire un film, je le fais à 150 % avec mon cœur, je m’implique et je me dis que c’est une chance de participer à un long-métrage. Et je suis très heureuse que The Last Showgirl trouve un écho auprès des gens, qu’il les touche.”
Sur le fait d’incarner une showgirl considérée comme trop âgée pour poursuivre sa passion
“Je pense que cette histoire parle de seconde chance, de se réinventer et d’affronter les carrefours de la vie avec grâce et dignité. Beaucoup de gens dans l’industrie du spectacle se retrouvent à la fin de leurs carrières en ayant consacré toute leur vie à ce qu’ils aimaient pour que finalement, on leur enlève cela. J’ai beaucoup d’empathie pour le personnage de Shelly (qui apprend l’annonce de la fermeture du cabaret où elle travaille avec tristesse, ndlr). Shelly est très différente de moi, mais je pouvais m’identifier à elle à bien des égards et pouvais faire des parallèles entre nos vies. Cependant, quand je vois le film, je ne me vois pas du tout moi, ce qui est très excitant.”
Sur le tournage de The Last Showgirl
“Le scénario était au départ une pièce de théâtre, ce qui a permis à The Last Showgirl d’être très intime et de se situer dans les coulisses avec les danseuses, sans beaucoup de lieux, ni beaucoup de personnages. Nous avons tourné le film en 18 jours, ce qui constitue un miracle. Et sur pellicule, donc les enjeux étaient donc élevés. Gia Coppola avait un moniteur avec elle et elle était la seule à en avoir un. Souvent, dans le cinéma, il peut y avoir plusieurs moniteurs différents, faisant en sorte que les autres personnes du plateau aient tous leur mot à dire. Mais elle a tout gardé pour elle, ce qui en fait vraiment un film de Gia Coppola de bout en bout, qui est resté petit et singulier. Le film est devenu ce qu’il est devenu grâce à Gia Coppola, aux acteurs, à la musique, notamment à la magnifique chanson de Miley Cyrus, qui conclut le film d’une manière si merveilleuse.”
Pamela Anderson à propos de ses influences
“Avec Gia Coppola, nous aimons les mêmes films. J’aime les vieux films, comme ceux de John Cassavetes avec Gena Rowlands, et nous avons beaucoup pensé à eux pendant le tournage, ainsi qu’à la caméra embarquée. Les costumes eux-mêmes ont nécessité une chorégraphie pour être enlevés et enfilés, et ce que j’aime dans le fait d’être à Paris, c’est que Shelly est amoureuse de la France et de la culture du cabaret, notamment du Lido. C’était donc très important pour moi de m’assurer que nous pouvions amener le film en France et le montrer dans les salles de cinéma, parce que le directeur de la photographie a fabriqué des objectifs spéciaux pour ce film, pour qu’il soit un peu flou sur les bords, et pour lui donner ce côté si spécial. Ces objectifs ne seront jamais utilisés pour un autre film, et le meilleur endroit pour voir le film, c’est dans un cinéma.”
Sur sa scène préférée de The Last Showgirl
“Je pense qu’il s’agit de la première scène que nous avons tournée : celle du dîner entre danseuses qui apparaît au début du film, lorsque le personnage du régisseur joué par Dave Bautista annonce à Shelly (le personnage que je joue) que le spectacle auquel elle participe depuis des années va fermer ses portes. J’étais tellement nerveuse à l’idée de jouer cette scène parce que je savais que c’était un point décisif pour ce personnage, que c’était à ce moment que Shelly allait prendre forme. En amont du tournage, j’avais travaillé pendant des mois sur la création de ce personnage, notamment avec un professeur d’art dramatique… Faire partie de la pop culture est autant une bénédiction qu’une malédiction. Vous avez toujours l’impression de devoir vous expliquer, de prouver aux autres que vous pouvez réussir. Je me sentais vraiment intimidée parce que je travaillais avec Jamie Lee Curtis, Dave Bautista, Kiernan Shipka et Brenda Song… qui sont tous dans cette industrie depuis longtemps. J’étais angoissée parce que je ne savais pas ce qu’ils attendaient de moi. S’ils avaient des attentes particulières…
“Faire partie de la pop culture est autant une bénédiction qu’une malédiction.” Pamela Anderson
Après cette scène, tout le monde était en larmes et me serrait dans ses bras. Nous étions tous enthousiastes à l’idée de débuter ce tournage. Et j’étais tellement soulagée d’avoir accompli cette scène et de montrer que j’étais capable de jouer ce rôle. Parce que ce film est définitivement un moment qui a changé ma vie. Je me sens vraiment très honorée d’avoir pu y jouer dedans alors que je pensais que c’était la fin de ma carrière. En réalité, The Last Showgirl en signe le début…”
“Jamie Lee Curtis m’a ensuite prise par les épaules et m’a dit : “Tu sais, je fais ce film pour toi.”” Pamela Anderson
Sur sa collaboration avec l’actrice Jamie Lee Curtis
“Nous ne nous étions jamais rencontrées en amont du film – et j’étais terrifiée à l’idée de la rencontrer. Le premier jour de tournage, lors de l’une des premières lectures du scénario, il n’y avait qu’elle, moi et la réalisatrice, Gia Coppola. J’étais si nerveuse ! Jamie Lee Curtis m’a ensuite prise par les épaules et m’a dit : “Tu sais, je fais ce film pour toi.” Nous n’avions que quatre jours de tournage ensemble pendant lesquels elle enchaînait les sessions de crème autobronzante pour le rôle. Je la voyais devenir oranger pendant qu’elle le tournage : c’était fou. Pendant ce court laps de temps, j’ai pu voir comment elle travaille, comment elle joue sans avoir peur de quoique ce soit. Par exemple, la scène dans laquelle elle danse sur une table d’un casino de Las Vegas ne figurait pas au scénario. Gia lui a demandé de la faire – et elle l’a fait. C’est l’un des meilleurs moments du film selon moi parce que j’ai pu me rendre compte à quel point elle n’avait pas peur. Tout au long de ce tournage, elle était très à l’aise ! Dans la scène où on la voit se changer dans les vestiaires, elle a réussi à capturer cet enjeu crucial de montrer comment une femme d’un certain âge a du mal à se déshabiller et à enfiler son costume.”
Sur les showgirls qui ont inspiré le film
“C’est une tendance dont on parle beaucoup en ce moment mais en réalité, le cinéma européen a toujours célébré des femmes de tout âge. Le cinéma américain rattrape enfin son retard… Avec chacune des actrices du film, c’était intéressant de jouer la sororité qui relie ces personnages, avec toute la complexité induites par ces relations de travail. Dans les coulisses du film, j’ai rencontré les showgirls du Jubilee ! [club emblématique de Las Vegas fermé en 2016, qui a inspiré l’écriture de The Last Showgirl, ndlr]. Elles sont venues prendre le thé chez moi. Elles nous ont parlé de leurs expériences, que nous tenions à représenter de la manière la plus réaliste possible.”
Sur son amitié avec Demi Moore
“L’industrie du cinéma est un peu comme une grande famille : il n’y a pas autant d’agressivité que ce que l’on croit dans les coulisses. Et même pendant cette saison des cérémonies durant laquelle je croise beaucoup d’actrices, on s’y sent un peu comme au sein d’une famille. On s’envoie des messages, on prend des nouvelles les unes des autres et on se soutient même si nos calendriers sont très chargés pendant les tournées promotionnelles de nos films respectifs… D’ailleurs, je suis très heureuse du succès de Demi Moore : elle a eu une longue carrière et elle mérite le succès qu’elle rencontre à l’heure actuelle pour The Substance…”
The Last Showgirl (2025) de Gia Coppola, avec Pamela Anderson, au cinéma le 12 mars 2025.