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La vie parisienne au théâtre du Châtelet, une relecture jubilatoire d’Offenbach
Au théâtre du Châtelet, Valérie Lesort revisite La Vie parisienne de Jacques Offenbach dans une mise en scène aussi inventive que désopilante. Transformant les hommes en cochons et les femmes en volatiles extravagants, elle accentue la satire sociale imaginée par Meilhac et Halévy et livre, avec la troupe de la Comédie-Française, un spectacle aussi mordant que spectaculaire, à voir jusqu’au 11 juillet 2026.
Par Camille Bois-Martin.

La Vie parisienne : l’opéra-bouffe d’Offenbach toujours aussi moderne
Valérie Lesort livre, avec cette relecture de La vie parisienne, une des opérettes les plus célèbres de Jaques Offenbach, un divertissement fabuleux, une pièce mordante à souhait et furieusement drôle présentée au théâtre du Châtelet à Paris. Du livret de Meilhac et Halévy, elle retient ainsi la satire sociale. Ici, les hommes sont obsédés par leur désir pour les femmes, et celles-ci par le goût de l’argent.
La metteuse en scène force le trait et sépare ainsi l’humanité du Second Empire en deux catégories : la gent masculine prendra les traits de cochons tandis que les femmes seront, elles, transformées en volatiles – cocottes, poules, ou grues (suivant la définition que l’époque prêtait aux femmes légères).


Des costumes et des prothèses spectaculaires au service du rire
C’est par l’utilisation de prothèses (créées par Carole Lallemand), adaptées à chaque comédien, danseur et chanteur, et par des costumes évocateurs, qu’opère la métamorphose. Pour les hommes, ce seront groins, oreilles, rembourrages, cuisses rebondies, fesses dodues et queue en tirebouchon qui signifieront l’animalité. Pour les dames, le nez devient bec, des barbillons s’affichent en boucles d’oreilles et des aigrettes extravagantes habillent la tête.
C’est Vanessa Sannino, grande complice de Valérie Lesort qui signe les costumes, éblouissants et drôles à souhait. Elle exagère en effet la mode fin de siècle. Dans une débauche de plumes, de jabots de tulle ruché, de jupons et de faux fessiers dansants pour les cocottes. Elle habille messieurs les cochons de costumes de couleurs choisies et les coiffe admirablement. On pense notamment beaucoup aux images des caricaturistes de l’époque…

Une fausse “vie parisienne” orchestrée par des escrocs de génie
Les deux protagonistes principaux, Bobinet et Gardefeu, sont deux anciens rivaux éconduits par la divine courtisane Metella. Ces derniers se réconcilient pour duper un couple de touristes suédois, la baronne et le Baron de Gondremark. Ils leur font vivre une fausse “vie parisienne”, orchestrée par leurs domestiques grimés en aristocrates et mondains.
Ce beau monde se retrouvera tantôt sur les quais de la gare du chemin de fer de l’ouest (gare qui deviendra la Gare Saint Lazare), tantôt dans le salon de Raoul de Gardefeu, qu’il fera passer pour une annexe du Grand Hôtel. Puis dans un hôtel particulier, et enfin, dans un “lieu à la mode”, un café du boulevard des Italiens, dans des décors justement évocateurs sous la patte d’Eric Ruf.

Pourquoi voir La Vie parisienne au Théâtre du Châtelet en 2026 ?
Le jeu parfaitement hilarant des comédiens est ponctué de rires porcins pour les hommes et de déambulations de basse-cour pour les dames. Mais ce sont surtout les passages chantés qui révèlent la maitrise des acteurs. La troupe de la Comédie-Française livre encore une fois une prestation exemplaire dans une joie évidente.
Benjamin Lavernhe est un Raoul de Gardefeu irrésistible, la merveilleuse Elsa Lepoivre charme son monde en grande courtisane Metella, Baptiste Chabauty fait de Bobinet un cochon merveilleusement retors, Jeremy Lopez est un parfait bottier d’opérette, Marie Oppert et Véronique Vella subjuguent par leur jeu et leur voix.


Benjamin Lavernhe, Elsa Lepoivre et Christian Hecq, vedettes d’une distribution exceptionnelle
Dans les rôles des aristocrates suédois, Yoann Gasiorowski, en travesti, incarne une baronne bien empruntée. Christian Hecq ravit le public à chacune de ses foucades. Quant à Serge Bagdassarian, dans le rôle du Brésilien et sous le traitement de choc de Valérie Lesort (maquillage pailleté, costume rose, groin et accent très appuyé) pourrait être l’enfant naturel de Dario Moreno et de Miss Piggy.
La distribution est pléthorique : chanteurs et danseurs viennent compléter la brillante distribution de La Comédie-Française. L’orchestre dirigé par Alexandra Cravero donne tout le piquant du champagne à la musique d’Offenbach. C’est sous une pluie de confettis d’or, et après une scène mémorable de déshabillage général et joyeux, que se closent sous les hourras du public les quatre actes de ce divertissement extrêmement jouissif, intelligent et accessible (les passages chantés sont sous-titrés en français et en anglais et les scènes parlées le sont en anglais).
“La vie parisienne”, création, opéra bouffe en 4 actes de Jacques Offenbach. En coproduction avec la Comédie-Française, mise en scène par Valérie Lesort. Direction musicale Alexandra Cravero et avec en alternance l’Orchestre de chambre de paris et les Frivolités Parisiennes. Jusqu’au 11 juillet 2026 au théâtre du Châtelet, 1 Pl. du Châtelet, Paris 1er.