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Dior : comment la jupe Corolle devient une lampe en verre soufflé
L’histoire de la maison Dior regorge de codes visuels et de silhouettes signatures réinventés décennie après décennie, à la fois par les directeurs artistiques de ses collections de mode, mais aussi par des artistes, invités à concevoir des pièces uniques et inscrites dans ce riche héritage. Cette année, pour le Salone del Mobile 2026, le célèbre designer français Noé Duchaufour-Lawrance – qui sera d’ailleurs exposé au Mobilier national cet automne – imagine une lampe portative inspirée de l’iconique jupe Corolle conçue par Christian Dior en 1947.
Par Camille Bois-Martin.

Noé Duchaufour-Lawrance réinterprète la jupe Corolle de Christian Dior
Milan, Salone del Mobile, 13 avril 2026. Parmi les nombreuses présentations des grands designers et des maisons de luxe, Dior détonne. Des rayons de lumière hachés transpercent les allées et attirent les regards vers une installation parée d’un décor en bambou. Celle-ci imite le motif quadrillé de l’emblématique cannage qui recouvre les sacs de la marque depuis 1995.
Au centre de cet espace, on découvre plusieurs petites lampes comme source de ce jeu d’ombre et de lumière hypnotique. Leur forme évasée et leurs stries nous évoquent une autre pièce iconique de la maison : la jupe Corolle et ses jeux de plissés. Au sein de cet héritage mode foisonnant, Noé Duchaufour-Lawrance, le designer derrière ces créations, s’est en effet emparé de cette pièce emblématique, imaginée par Christian Dior en 1947.


Dior, ou l’art de transformer ses archives en objet de design
Collaborateur de la maison Dior depuis 2019, le Français imagine donc ce luminaire portatif, dit Lampe baladeuse Corolle, et qui puise dans le riche héritage de la marque. “Christian Dior disait qu’une silhouette n’a de sens que lorsqu’elle est portée, animée par le mouvement de la vie. C’est précisément cette idée que nous explorons avec la lampe Corolle, qui suggère le mouvement, notamment lorsqu’il est figé dans le verre à travers un jeu de plissés, créant une dynamique circulaire autour de l’objet.” explique Noé Duchaufour-Lawrance à Numéro.
La jupe Corolle s’inscrit donc comme une sorte ‘“d’édifice”, pour reprendre les mots du créateur. Sa forme évasée, son verre drapé, sa structure aérienne… “On retrouve fréquemment ce type de silhouettes dans le travail de Christian Dior. Les premières esquisses étaient composées de quelques traits seulement. Parfois, toute une robe tenait en trois lignes. Tout y est : la précision, l’élégance, l’intemporalité.”

Quand le verre soufflé rencontre le cannage Dior
Profondément ancrée dans l’ADN de la maison de mode, cette création met ainsi en lumière non seulement le patrimoine de Dior, mais aussi le savoir-faire des artisans avec lesquels Noé Duchaufour-Lawrance a collaboré. Façonnée en verre soufflé bouche, dans la tradition des maîtres verriers de Murano, la lampe est en effet conçue à la main dans des ateliers en Italie.
Quant au modèle orné d’une décoration en bambou madake, il est fabriqué au Japon. À Kyoto, plus précisément, où chaque canne est fendue, affinée puis plongée dans l’eau par des spécialistes afin d’obtenir des lamelles souples et régulières. Elles sont en suite entrelacées pour former une structure dont le graphisme évoque le cannage de la marque de luxe. Ici, rien n’est laissé au hasard. La forme même du verre est une référence au textile plissé et drapé, inspirée de la structure évasée de la jupe Corolle.
Chaque pièce produite par le designer et par Dior est d’ailleurs unique, sujette à d’infimes variations selon les gestes de chaque artisan derrière sa conception. Un savoir-faire et un temps long que Noé Duchaufour-Lawrance compare à celui des ateliers de haute couture, mais aussi au rôle de directeur artistique : “la réalisation du créateur est indissociable des gestes et des savoir-faire de l’atelier”, qui concrétiseront alors ce qui n’était jusque-là qu’un dessin.

“Christian Dior disait qu’une silhouette n’a de sens que lorsqu’elle est portée, animée par le mouvement de la vie. C’est précisément cette idée que nous explorons avec la lampe Corolle.” – Noé Duchaufour-Lawrance.
Le designer distingue toutefois l’art verrier de celui des couturiers, dont les matériaux s’avèrent moins capricieux que ceux nécessaires à la conception de la lampe Corolle. “Ce n’est pas évident dans un monde où l’on cherche à tout maîtriser, à contrôler chaque élément. Comment, alors, valoriser le détail, cette imprécision parfois présente dans le verre ? C’est peut-être là que le travail du verre se distingue de celui de la couture, où la maîtrise du geste est absolue, le fruit d’une répétition constante. Le verre, au contraire, est une matière difficile à façonner, presque vivante. Il réagit à la température, aux variations, aux conditions du moment. Il peut donc y avoir des échecs, mais aussi des instants uniques, des gestes que l’on ne peut saisir qu’une seule fois, ce qui rend ce travail particulièrement complexe.”
Ainsi, une lampe, de sa matière à sa forme, requiert-elle de nombreuses modifications et adaptations. Et là réside tout le cœur du projet du designer français. En lieu et place d’une commode ou d’un siège dont la structure s’avère souvent statique et peu modulable, une telle pièce permet en effet de jouer et d’interagir avec son environnement.


Une création entre haute couture et design d’exception
Au point, même, de le transformer. “Je souhaitais concevoir un objet capable non seulement d’éclairer, mais aussi de diffuser et de révéler l’espace, sans se limiter à sa propre surface. Les projections de lumières sont aussi importantes que le travail de la matière qui leur donne naissance. Par ces reflets, la lumière se fait, à son tour, matière.”
Parmi tous les objets conçus par Noé Duchaufour-Lawrance au fil de sa carrière, c’est en effet cette attention particulière portée au travail de la matière que l’on retient. Une des spécificités du designer qui se retrouveront d’ailleurs au cœur d’une grande exposition, à l’automne prochain, au Mobilier national. “On ne peut pas toujours réaliser certaines idées.” nous rappelle-t-il d’ailleurs.
Il ajoute : “leur exécution dépend de procédés séculaires issus d’un artisanat devenu rare. C’est intéressant d’observer la façon dont un atelier répond à une question, là où un autre y répondra différemment.” Une vision sensible du design, à découvrir à Paris en octobre au fil des créations du designer nourries par l’échange, l’observation, l’écoute, pour faire émerger des formes nouvelles, inscrites dans leur géographie autant que dans l’époque.
“Made in situ. Noé Duchaufour-Lawrance”, exposition du 9 octobre au 29 novembre 2026 au Mobilier national, 1 Rue Berbier du Mets, Paris 13e.