22 avr 2026

Comment Sophie Hicks a-t-elle métamorphosé la boutique Max Mara de l’avenue Montaigne ?

Sur les pavés de la célèbre avenue Montaigne, à Paris, un petit bout d’Italie se déploie entre les murs de la boutique Max Mara. Entièrement repensée par la célèbre architecte Sophie Hicks, l’adresse rouvre ses portes après un an et demi de travaux, et dévoile un espace flambant neuf de 745m2, nourri de matériaux et de savoir-faire issus de Reggio Emilia – ville de naissance de la maison de mode italienne.

  • Par Camille Bois-Martin.

  • Sophie Hicks, l’architecte que toute la mode s’arrache

    Cœur battant du Triangle d’or, l’avenue Montaigne vibre tout au long de l’année au rythme de soirées (très) privées et d’inaugurations de boutiques de luxe, toutes rivalisant d’ingéniosité et de décorations époustouflantes. Ce printemps, c’est à la faveur de Max Mara que la célèbre rue parisienne s’animé, à l’occasion de la réouverture de son flagship.

    Fermée depuis un an et demi, l’adresse s’impose en effet aujourd’hui au gré de son architecture bétonnée et de ses grandes vitrées, derrière lesquelles se dessinent les silhouettes grèges et élégantes issues des dernières collections de la maison italienne. Derrière ce projet d’envergure se cache un visage familier du monde de la mode : l’architecte Sophie Hicks.

    D’abord journaliste de mode dans les années 1980, la Britannique a quitté ce petit monde d’initiés pour mieux le retrouver. Après une formation au sein de l’Architectural Association, elle revient au cours des années 90 dans le milieu de la mode sous une autre casquette – celle d’architecte. Rapidement, elle séduit son ancien carnet de contact avec ses projets architecturaux ambitieux au style aérien, nourri d’abstractions graphiques et de jeux de contrastes.

    C’est notamment elle qui, en 1997, signa la scénographie de l’exposition des Young British Artists : un évènement mémorable dans l’histoire de l’art contemporain, qui révéla en effet des talents comme Damien Hirst ou Marc Quinn. Forte de cette ligne sur son curriculum, Sophie Hicks imagina, par la suite, une multitude de boutiques pour des marques de luxe à travers le monde. Pour Acne Studios à Séoul en 2015, pour Yohji Yamamoto à Paris en 2008, pour Chloé à Londres en 2002… Autant de réalisations prestigieuses et ambitieuses, qui achevèrent d’en faire un nom incontournable dans le monde de la mode.

    L’impressionnante transformation de la boutique Max Mara

    C’est donc en tout logique que Max Mara a sollicité le talent de l’architecte anglaise pour superviser la rénovation de son emblématique flasgship parisien. Marquant les 75 ans de la maison, le projet s’inscrit dans une année de célébrations – un aspect évidemment pris en compte par Sophie Hicks dans son dessein.

    Je veux que Paris remarque Max Mara, glisse-t-elle dans un communiqué de presse. Mon ambition était de lancer un feu d’artifice italien, aussi éclatant qu’inattendu, sur l’avenue Montaigne.” Et feu d’artifice, il y a : dans un écrin beige, les reflets oranges de l’escalier de la boutique et les couleurs sobres et chaudes des vêtements Max Mara irradient jusque dans la rue.

    Car la Britannique sait parfaitement saisir les attentes spécifiques et exigeantes des marques, chacune dotées d’un ADN qui leur est propre, tout en bousculant subtilement leur image. “Lorsque je crée des concept stores de mode, j’introduis des tensions au sein de l’espace. C’est ce qui fait que la boutique se distingue, résonne de manière unique.” confiait-elle déjà à Numéro dans une interview en 2016.

    Un escalier conçu comme un zeste d’orange

    Chez Max Mara, cette notion de tension se retrouve notamment dans l’aspect brut et épais des matériaux qui peuplent la boutique. Contrastant avec la texture moelleuse et la fluidité des collections de cachemire, de laine, de soie et de coton, les murs enduits à la chaux et la structure en béton du bâtiment des années 1970 créent une dissonance visuelle et tactile fascinante.

    Climax du projet architectural de Sophie Hicks et Max Mara, un grand escalier du magasin qui s’érige comme une sculpture orange au beau milieu des vêtements. L’idée derrière cette pièce maîtresse ? Reproduire une ondulation semblable à un double zeste d’orange, dont les marches flottantes, la double hélice et les flèches d’acier gris façonnent une structure suspendue, qui semble s’enrouler sur elle-même.

    Du nord de l’Italie à l’avenue Montaigne

    Étape importante dans le développement de la marque de mode, la rénovation de cette boutique est également l’occasion de célébrer son histoire et ses savoir-faire. Alors que la maison fête donc son 75e anniversaire, l’adresse fait subtilement référence à Reggio Emilia : la ville de sa fondation, et là où sont encore aujourd’hui confectionnés ses célèbres manteaux.

    Ainsi retrouve-t-on du plâtre Marmorino sur les murs et sur les plafonds, dans une nuance vanille mouchetée d’éclats de pierre rosso di Verona. Des petits galets italiens, dit Terrazzo, ponctuent également le sol intérieur et extérieur, se poursuivant jusqu’au bord du bitume parisien.

    Et puisque rien n’est ici laissé au hasard, Sophie Hicks installe également des tables suspendues en béton – rappelant la structure du bâtiment —, où sont disposées çà et là des lunettes Max Mara, tout comme elle en installe d’autres en plateaux de verres coulés à la main et posés sur une base en cuivre, évoquant, cette fois-ci, les poutres de l’usine historique de la marque, aujourd’hui transformée en collection d’art contemporain (Collezione Maramotti).

    Des grandes vitrées du rez-de-chaussée à l’enfilade de fenêtres de l’étage, le magasin s’ouvre ainsi sur l’avenue Montaigne qu’elle vient de faire vibrer, et se remplit des rayons du soleil printanier, dont viendront profiter la fidèle (et très chic) clientèle Max Mara.

    Max Mara, 31 avenue Montaigne, Paris 8e.