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Les confessions de Xavier Dolan, réalisateur et acteur majeur
Le talentueux réalisateur et acteur québécois Xavier Dolan vient d’être sacré par le Humann Prize, qui récompense les artistes engagés, au Festival de Cannes 2026. L’occasion de rencontrer le comédien et cinéaste qui se confie sur sa carrière, sa vision du cinéma, sa longue pause et ses projets.
propos recueillis par Violaine Schütz.

L’interview du réalisateur Xavier Dolan, sacré par le Humann Prize
Numéro : Vous avez reçu, à Cannes, le Humann Prize, en mai dernier. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?
Xavier Dolan : C’est un honneur, surtout au vu des lauréates passées (Patti Smith, Björk, ndlr) et actuelles (Isabelle Adjani, ndlr) du même prix. Je suis en bonne compagnie ! Je trouve, surtout, qu’un prix qui met en lumière la dimension plus sociale, ou plus active socialement et politiquement, de certains artistes permet d’avoir une conversation pertinente sur l’état du monde et l’état de l’humanité, de notre humanité. On tend à oublier cette dimension-là parfois, lors d’une manifestation qui peut sembler ostentatoire, glamour, déconnectée. Mais le Festival de Cannes et toutes les ramifications, dépendantes ou indépendantes, qui s’y greffent ou usent de sa plateforme s’exercent clairement à donner aux artistes la chance d’exprimer des préoccupations profondes sur des enjeux tangibles. Et des urgences dont les victimes, les sujets profitent de cette visibilité, de cette exposition, alors qu’ils et elles sont généralement, parfois délibérément, laissés pour compte par certains médias et industriels.
Est-ce que globalement, gagner des prix en tant que réalisateur et en tant qu’acteur, c’est important pour vous ?
Oui. Ça n’est jamais essentiel, mais c’est une validation, qui m’inspire, bien sûr, et active en moi le désir de poursuivre. On ne crée pas, à l’origine, pour gagner des prix, et donc, ça n’est pas vital ou indispensable. Mais, lorsque ça arrive, ça a une importance.

Des films marquants, de J’ai tué ma mère à Laurence Anyways
Ce prix récompense un long engagement. Beaucoup de vos films ont modifié les perceptions des gens sur des personnes qui ont été victimes de préjugés. Je pense à Lawrence Anyways notamment. Avez-vous, en le réalisant, ainsi qu’en tournant vos autres films, senti la portée qu’ils allaient avoir en termes de représentation ?
Je dois avouer que non. Je n’ai pas fait ces films en anticipant qu’ils élargiraient certaines mentalités ou pour faire débat. Mais je suis une personne issue d’une minorité, et j’ai toujours raconté des histoires qui, sans parler systématiquement de la minorité précise de laquelle je suis issu, parle de manière générale de gens différents issus de communautés marginalisées. En affichant cette différence, ces intrigues ont fédéré chez des publics différents, ou sensibles à la différence des autres, un sentiment d’appartenance ou d’empathie. Et je ne peux évidemment pas me plaindre de ce résultat ! C’est une source de fierté pour moi.
Quelle est votre relation avec le Festival de Cannes qui vous a vu naître avec J’ai tué ma mère…
Une relation très intime, forcément, et pétrie de souvenirs précieux. Mais aussi de souvenirs douloureux. Car Cannes comporte toutes les possibilités, à l’image de notre industrie, où les films se confrontent au monde, au public, à la presse. Ça fait partie du jeu. On n’est pas toujours préparé, cependant, à la violence de certaines réactions. Alors, on apprend. Ma relation, plus précisément avec l’organisation du festival, ses décideurs, ses alliés, est forte et sincère. Elle est empreinte de bienveillance. Ça, c’est une certitude. Et dans un milieu très imprévisible, et une culture précarisée par les modes et les technologies, c’est précieux.
“La crise que nous traversons est une crise de foi, et spécifiquement une crise de foi dans les cinéastes.” Xavier Dolan
Presque tous vos films ont été présentés dans les festivals de cinéma majeurs. Par les temps troublés que nous traversons, en quoi Cannes, et les festivals de cinéma, sont essentiels ?
L’Histoire l’a démontré ; les festivals, Cannes surtout, le réitèrent dès qu’ils le peuvent : ils invitent et célèbrent le cinéma et tous ses acteurs et artisans, mais avant tout, les cinéastes. C’est important. Il n’y a pas une hiérarchie qui fait d’eux et d’elles des artistes plus valables que d’autres, mais les films, les idées de films, la fabrication de films… Tout ça se fait à travers leur vision. C’est cette vision-là qui est attaquée, brimée ou dévaluée par l’industrie. La crise que nous traversons est une crise de foi, et spécifiquement une crise de foi dans les cinéastes. Le Festival de Cannes permet de rééquilibrer le rapport de l’industrie avec les créateurs à l’origine des succès qui s’y décident, et ce, dans le lieu précis où se prépare la suite des choses.
Quel est pour vous le rôle joué par le cinéma quand on traverse un climat difficile ?
C’est un vecteur d’espoir, bien sûr. Et l’espoir peut naître de plusieurs choses. Être diverti, être représenté, être ému et être informé. Parfois simultanément. Le cinéma est une forme d’art, une forme qui en combine plusieurs, en fait, et on sait que l’art, de tous les temps, a toujours aidé la société à se construire, à changer, à s’organiser, à vivre ensemble. Il y a des débats qui n’ont pas de place dans les tribunes habituelles ou dans l’hémicycle. L’art leur en donne une.
“Cela a pris du temps pour que l’on pense à moi comme un acteur.” Xavier Dolan
L’Inconnu de la Grande Arche nous a rappelé que vous étiez un très grand acteur, et pas seulement un excellent réalisateur. Comment vous divisez-vous, aujourd’hui, entre films en tant qu’acteur et projets en tant que réalisateur ?
Comme toujours ! L’acteur et le réalisateur ne font au fond qu’un, et donc, je vais là où on me veut, si je peux, et si je le veux aussi bien sûr. Je suis choyé, car on pense à moi comme acteur. Cela a pris du temps, je dois dire, avant que l’on me voie comme quelqu’un qui pouvait jouer dans les films des autres, et pas que dans les siens. Pour moi, c’était une évidence — je veux dire par là que je voulais jouer dans autre chose que juste dans mes films ! Mais parfois, ce qui nous paraît évident… Si je veux de nouveau réaliser, et que je veux aussi jouer, je ne veux pas nécessairement jouer aujourd’hui dans mes propres projets. Mais bon, peut-être que ce n’est que temporaire.
Il y a quelques années, vous disiez que vous alliez prendre votre retraite… Qu’est-ce qui vous a fait changer d’avis ?
J’ai dit que je ne souhaitais plus faire de films, car ils ne me rendaient plus heureux, et que je ne voulais pas en faire si je devais renoncer à mes standards pour y arriver. J’ai dit cela, aussi, après avoir passé quatre ans sans en tourner. Et je n’en ai pas tourné depuis désormais sept ans ! On s’est plu à reformuler et dire que j’avais pris ma retraite, et je comprends que cela créait une juxtaposition efficace avec l’annonce, à l’été 2024, que je désirais refaire un film. Mais la vérité, c’est que j’ai pris une longue pause, une pause de sept ans. Et que, si on me permet de faire un film comme je le souhaite, comme il faut que je le fasse pour continuer d’avancer, pour correctement faire mon métier et pour répondre aux attentes des gens (ainsi qu’aux miennes), eh bien, je le ferai. Mais ça n’est pas gagné.
Les projets de l’acteur et réalisateur québécois
Quels sont vos projets ?
En ce moment, je me consacre entièrement à la préparation et au financement de mon prochain long-métrage. Un film d’horreur, ou plutôt un drame psychologique avec des accents d’horreur, qui se déroule en France, à la fin des années 1800. En théorie, nous tournerons à l’automne.
Le prochain film de Xavier Dolan en tant que réalisateur n’a pas encore de date de sortie.