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Cannes 2026 : rencontre avec Raya Martigny, star magnétique du festival
Pendant le Festival de Cannes 2026, l’actrice Raya Martigny était à l’affiche de deux projets excitants, en plus d’être membre du jury de la Queer Palm. Le très sensible Garance de Jeanne Herry avec Adèle Exarchopoulos, mais aussi Les Matins merveilleux d’Avril Besson… Deux films délicats qui parlent de deuil, d’amour naissant, d’alcoolisme et de découverte de soi. Sur la Croisette, l’artiste se confie sur sa manière d’aborder des personnages sensibles, mais aussi son rapport à un cinéma à la fois politique et intime.
propos receuillis par Nathan Merchadier.

L’interview de Raya Martigny au Festival de Cannes 2026
Numéro : Qu’est-ce qui vous a donné envie de rejoindre l’univers du film Les Matins merveilleux, un long-métrage très doux, traversé par le deuil, l’amour naissant et la découverte de la sexualité ?
Raya Martigny : Ce qui m’a immédiatement touchée dans ce projet, c’est la manière dont la réalisatrice, Avril Besson, réussit à parler de sujets complexes avec beaucoup de simplicité. Le film déconstruit énormément de choses et je trouve ça très fort, parce que ça permet aussi à des personnes qui ne se sentent pas directement concernées de pouvoir s’identifier aux personnages. On nous regarde souvent – en tant que personnes queers, ndlr – comme quelque chose de compliqué, alors qu’en réalité ça ne l’est pas. Le cinéma peut justement permettre de changer ce regard-là, de créer de l’empathie. C’est ce que j’ai ressenti dès la lecture du scénario. Et puis c’est une aventure qui remonte à loin, car j’ai passé le casting il y a huit ans. Le long-métrage a traversé énormément d’étapes avant d’exister. Aujourd’hui, le voir aboutir, après tout ce temps, est une consécration.
Ce n’est pas votre première collaboration avec cette réalisatrice, car il y avait déjà eu le court métrage Queen Size (2023)…
Il y a une vraie fidélité et une relation de confiance qui se sont construites dans le temps. Monter un film indépendant aujourd’hui est devenu extrêmement compliqué, mais Avril n’a jamais abandonné ses idées. Elle avait écrit ces personnages pour nous, et elle a tenu à cette vision jusqu’au bout. Avant Les Matins merveilleux, il y avait, en effet, déjà eu le court métrage Queen Size, qui a été nommé aux César en 2025, alors qu’il avait été tourné avec très peu de moyens. Ce que j’aime dans son cinéma, c’est qu’il ne cherche jamais à comparer les êtres ou à les enfermer dans une différence.

“J’ai passé le casting il y a 8 ans, donc entre-temps ma vie a changé. J’ai perdu des proches et j’ai dû me reconstruire.” Raya Martigny
Quels sont les thèmes des Matins merveilleux qui vous ont touchée ?
Ce qui m’a profondément touchée dans Les Matins merveilleux, c’est la manière dont le film interroge ce que l’amour peut réparer. Qu’est-ce que ça soigne de pouvoir avancer à deux, entre femmes, librement ? Ce sont des questions très simples, mais extrêmement fortes. Le tournage a aussi résonné de manière très intime pour moi. J’ai passé le casting il y a huit ans, donc entre-temps ma vie a changé. J’ai perdu des proches et j’ai dû me reconstruire. Toutes ces expériences ont nourri le personnage. Et inversement, le personnage m’a aussi aidée à comprendre certaines choses sur moi-même.
Vous partagez l’affiche avec l’actrice India Hair. Qu’est-ce qui vous touche dans son jeu ?
C’est assez simple de jouer avec elle. India Hair est devenue une amie. On a développé une relation très complice, très respectueuse, qui ressemble d’une certaine manière à celle du film. D’autant plus que le scénario nous a laissé de l’espace afin d’exprimer des émotions parfois très fragiles. Le film célèbre des choses très simples de la vie. Et puis il y avait autour du projet une énergie profondément féminine, dans l’équipe comme dans l’univers d’Avril Besson. Ça se ressent à l’écran, car le film regarde ses personnages avec beaucoup de douceur et de respect.

“Jouer avec Éric Cantona, c’est assez particulier parce qu’il dégage quelque chose de très protecteur, presque d’enveloppant.” Raya Martigny
L’une des seules présences masculines du film est dans la figure d’Éric Cantona…
Partager l’écran avec Éric Cantona, c’est assez particulier parce qu’il dégage quelque chose de très protecteur, presque d’enveloppant. Quand il entre dans une pièce, il impose immédiatement une forme de chaleur et de générosité. Ce qui m’émeut chez lui, c’est sa sensibilité. Et je trouve important de voir des figures masculines comme la sienne au cinéma. Des hommes qui assument leur vulnérabilité, leur tendresse, leurs émotions… On en voit encore trop peu. Personnellement, ça m’a beaucoup touchée, parce que je n’ai pas grandi entourée de beaucoup de figures masculines capables d’exprimer leurs ressentis aussi librement. Éric fait partie de ces hommes qui ont trouvé une forme de paix avec leur sensibilité, et qui savent la transmettre.
En quoi être membre du jury de la Queer Palm a transformé votre expérience du Festival de Cannes cette année ?
C’est un immense privilège. Ça me permet de vivre le Festival de Cannes sous plusieurs axes à la fois. En tant qu’actrice, comme spectatrice et comme jurée. C’est très intense, car on enchaîne des journées interminables, mais c’est aussi incroyablement stimulant. Avec le jury, on passe notre temps à rire, à pleurer, à se tenir la main après certaines projos… Il y a quelque chose de très fort humainement. On a parfois l’impression d’être les Avengers du progrès dans le festival (rires). Nous partageons la même mission, celle de défendre des récits qui peuvent réellement changer le regard des gens. J’ai vu beaucoup de films cette année, et je mesure à quel point ces histoires peuvent être importantes. Elles permettent à certaines personnes de se reconnaître, de trouver un peu de lumière ou simplement de se sentir moins seules.

“Vivre n’est pas toujours simple, et le cinéma peut parfois apporter une forme de lumière ou de prise de conscience.” Raya Martigny
Le cinéma peut-il, selon vous, avoir une forme de pouvoir réparateur ?
Oui, je pense profondément que le cinéma peut avoir un pouvoir réparateur. Le film Garance de Jeanne Herry, dans lequel j’ai un rôle très intéressant, aborde un sujet de société (l’alcoolisme) extrêmement répandu, mais d’une manière que l’on voit encore assez rarement au cinéma. Ce qui m’a beaucoup touchée chez elle, c’est sa volonté de raconter des histoires qui dépassent sa propre personne. Je me reconnais beaucoup dans cette démarche. Quand un film parvient à mettre des mots justes sur certaines fragilités humaines, il peut réellement aider des gens à se sentir compris, légitimes, moins seuls. Vivre n’est pas toujours simple, et le cinéma peut parfois apporter une forme de lumière ou de prise de conscience. Je trouve que Garance est un film qui alerte autant qu’il accompagne. Il questionne beaucoup de comportements et d’automatismes que l’on finit parfois par banaliser.
Quels sont vos projets ?
En ce moment, j’ai surtout envie de développer des projets personnels, notamment autour de la réalisation et de la photographie. Je travaille souvent avec mon amoureux, et on partage ce désir de raconter autrement le monde qui nous entoure. Ce sont des projets qu’on construit sur un temps long. On aime laisser les idées mûrir, évoluer, se transformer progressivement. J’ai très envie de voir où tout ça va nous mener…
Les Matins merveilleux d’Avril Besson, au cinéma le 29 juillet 2026. Le film a été présenté en séance spéciale au Festival de Cannes 2026. Garance de Jeanne Herry, au cinéma le 23 juillet 2026. Le film a été présenté en compétition au Festival de Cannes 2026.