14 mai 2026

Cannes 2026 : La Vie d’une femme raconte l’amour à l’heure du female gaze

Premier film français présenté en compétition au Festival de Cannes 2026, La vie d’une femme réunit Léa Drucker et Mélanie Thierry pour explorer la renaissance du désir chez une grande chirurgienne d’un hôpital parisien.

  • par Olivier Joyard.

  • La Vie d’une femme, premier film français en compétition

    La Vie d’une femme n’est que son deuxième long-métrage après le très vivifiant Les Amours d’Anaïs en 2021, mais voilà déjà Charline Bourgeois Tacquet, 40 ans, propulsée en compétition au Festival de Cannes. “Mon rythme cardiaque est monté en flèche”, explique celle qui a commencé une carrière dans l’édition, avant de tout lâcher pour tenter sa chance dans le cinéma. D’abord en tant qu’actrice, puis comme une réalisatrice dont l’obsession se dessine franchement : inventer des personnages féminins déviés de leur routine par une rencontre étonnante.

    Ainsi le film suit une célèbre médecin nommé Gabrielle, incarnée par Léa Drucker, cheffe de service surbookée à l’unité de chirurgie maxillo-faciale de la Pitié Salpêtrière. À 55 ans, elle reconstruit des visages, offre de nouvelles identités à ses patients. Mais c’est elle qui va maintenant interroger sa vie. Quand Gabrielle rencontre Frida, romancière venue observer son travail, une étincelle s’allume en elle.

    Raconter la passion autrement

    “Je voulais suivre une femme qui se serait accomplie dans toute autre chose que la maternité et l’amour, précise Charline Bourgeois-Tacquet. En tant que grande lectrice, j’ai baigné dans des fictions où les héroïnes, de Emma Bovary à Anna Karénine, se consacraient entièrement à leur passion amoureuse. Alors que les hommes, en général, ont beaucoup mieux à faire ! Je voulais un personnage qui a mis son travail au centre de sa vie. Arrive cette histoire d’amour surprenante, qui déplace son existence millimétrée. Tout à coup, Gabrielle devient timide, maladroite, elle ne connait pas les gestes.”

    Mélanie Thierry face à Léa Drucker

    Mariée à un homme depuis vingt-cinq ans, Gabrielle révèle ses envies dans les bras de son amante. Frida, elle, a toujours placé le désir au centre de tout. “Mon personnage, reste une énigme, elle arrive tel un électron libre qui passe, revient, s’échappe, explique son interprète Mélanie Thierry. Rien n’est prévisible avec elle, car les histoires d’amour le sont souvent (rires).”

    Portrait d’une femme puissante épanouie dans son travail à travers le personnage de Léa Drucker, La Vie d’une femme se double d’une réflexion sur l’usage de la liberté, grâce à la quadra qu’incarne Mélanie Thierry, “presque une femme fatale”, comme le dit la réalisatrice Charline Tacquet-Bourgeois. “Elle passe d’une histoire d’amour à une autre, elle a une femme dans chaque port et s’échappe sans qu’on puisse jamais véritablement l’attraper, confirme Mélanie Thierry. A la fois, elle s’abandonne totalement avec Gabrielle, et elle peut partir du jour au lendemain. Elle conçoit sa liberté de cette façon-là.

    Amour et female gaze

    Léa Drucker et Mélanie Thierry ont pu faire confiance à la réalisatrice pour les guider dans des scènes d’amour assez inédites, un pari toujours complexe. Le résultat est à la fois brut et sensuel, d’une grande fraîcheur. “Je ne supporte pas les scènes d’amour filmées de façon descriptive, en plan large, explique Charline Tacquet-Bourgeois. Ça me frustre. On voit tout de suite que c’est faux. J’ai voulu me placer du point de vue de la sensation que l’on éprouve dans ces situations-là. En général, l’amour physique rend assez myope. On perd ses repères dans l’espace.

    Au plus près des peaux, La Vie d’une femme parvient à faire de la rencontre entre ces deux femmes un moment solennel et gracieux, où les comédiennes s’épanouissent. “Léa est une actrice immense, miraculeuse, note Charline Bourgeois-Tacquet. Mélanie est immense elle aussi. Elle possède une cinégénie incroyable et une présence sidérante. Avec elle, je voulais travailler sur quelque chose de plus retenu, assez sauvage.

    L’exercice a été profitable pour Mélanie Thierry, qui ne tarit pas d’éloges sur la réalisatrice, et s’impatiente de retrouver Léa Drucker dès cet été, pour tourner avec elle le nouveau film de Carine Tardieu, La vie obstinée (après L’attachement, César du Meilleur Film). “J’ai aimé le regard de Charline sur nous, sa façon de nous filmer, la lumière, je trouvais ça beau, raconte l’actrice de La Douleur. Je me sentais en sécurité avec elle et encore plus en sécurité avec Léa (Drucker). Cela reste des scènes où il faut se débarrasser de sa pudeur pour se mettre à nu. Et c’est toujours difficile d’être mise à nu (rires) Mais il y avait une confiance entre nous. Et puis c’est tellement doux, c’est doux avec une femme…

    La Vie d’une femme de Charline Bourgeois-Tacquet, en salle le 9 septembre 2026. En compétition.