8 avr 2026

Les confessions de Mélanie Thierry, héroïne tourmentée du film La Femme de

Mélanie Thierry s’impose depuis de nombreuses années comme l’une des figures les plus fascinantes du cinéma français. Après une succession de rôles marquants, elle revient ce mercredi 8 avril 2026 au cinéma dans La Femme de, un thriller psychologique saisissant signé David Roux. À cette occasion, Numéro a rencontré l’actrice, magistrale dans le rôle d’une épouse piégée dont l’existence se délite à l’approche de la quarantaine…

  • propos receuillis par Nathan Merchadier.

  • Publié le 8 avril 2026. Modifié le 10 avril 2026.

    La bande-annonce du film La Femme de (2026).

    Mélanie Thierry, de la série En thérapie au film Connemara

    Magnétique et insaisissable, Mélanie Thierry, 44 ans, s’est imposée au fil des années comme l’une des actrices les plus fascinantes du cinéma français. Aussi à l’aise dans les polars que dans les drames intimistes, la comédienne n’a cessé de construire une filmographie exigeante. Du long-métrage Le Dernier pour la route (2009) qui lui vaut le César du meilleur espoir féminin en 2010, à l’excellente série En thérapie (2021-2022), en passant par l’adaptation du roman Connemara (2025) par Alex Lutz, présenté l’an dernier au Festival de Cannes.

    Ce mercredi 8 avril 2026, elle retrouve le grand écran dans La Femme de, un thriller psychologique évoquant les films de Claude Chabrol, signé David Roux. Elle y incarne le personnage complexe de Marianne, épouse d’un riche industriel et mère de famille en apparence comblée, dont l’existence se délite à l’approche de la quarantaine. Face à l’acteur et réalisateur Éric Caravaca (Les Éblouis, Grâce à Dieu), glaçant dans le rôle d’un patriarche dominateur, Mélanie Thierry déploie toute la finesse de son jeu pour donner corps à cette femme devenue prisonnière d’une vie confortable et difficile à quitter… Rencontre.

    L’interview de Mélanie Thierry, star du film La Femme de

    Numéro : Lorsque l’on vous a présenté le scénario du film La Femme de, qu’est-ce qui vous a séduite ?

    Mélanie Thierry : Je me suis engagée dans ce projet il y a presque six ans, en plein confinement. Entre la lecture du scénario et le tournage, j’ai eu le temps de beaucoup changer, personnellement comme artistiquement, et cela a forcément influencé ma manière d’aborder le rôle. Ce qui m’a immédiatement séduite, c’est l’atmosphère du film. Je suis très sensible à la puissance d’une image, à une lumière, à une intention de mise en scène. C’est souvent cela qui me touche dans un scénario avant le personnage.

    Dans ce long-métrage, il y a quelque chose de très chabrolien…

    Tout à fait, dans la manière de filmer cette bourgeoisie de province, attachée aux traditions, à la religion, aux apparences. C’est un univers que le cinéma montre beaucoup moins aujourd’hui, alors qu’il existe encore. Le film raconte justement la vie de ces femmes enfermées dans des structures sociales et familiales oppressantes, qui mettent parfois des années à s’émanciper. Je trouvais important de donner corps à ces trajectoires-là et j’ai toujours aimé Chabrol.

    Le film raconte la vie de ces femmes enfermées dans des structures sociales oppressantes.” Mélanie Thierry

    Marianne, votre personnage, endure énormément tout en restant dans le silence

    Jouer un personnage qui ne parle presque pas était un exercice très exigeant, car tout doit passer autrement. Marianne subit en silence une série de petites humiliations quotidiennes, diffuses, qui finissent par l’effacer peu à peu. Ce mutisme la rend presque opaque, parfois même antipathique, parce qu’on n’a pas directement accès à ses émotions. Ce qui m’intéressait, c’était justement cette douleur intérieure. Celle d’une femme qui pense énormément mais qui s’interdit de parler, au point de devenir complice de son propre effacement. C’est une forme de violence très sourde.

    En tant qu’actrice, comment arrive-t-on à jouer ce qui ne se dit pas ?

    Pour traduire cet effacement intérieur, j’ai beaucoup travaillé sur la dimension physique du personnage. Il fallait trouver comment Marianne pouvait peu à peu s’éteindre. Comment son visage pouvait perdre de sa lumière, de sa présence, avant qu’une forme de révolte ne vienne progressivement refaire surface. Les costumes ont aussi joué un rôle essentiel. Elle porte de beaux vêtements, mais ils sont usés, fatigués par le temps, comme le personnage lui-même. Ils racontaient déjà quelque chose de son enfermement et cela m’a beaucoup aidée à habiter cette femme de l’intérieur.

    Ce sont parfois les partenaires qui vous permettent d’aller chercher quelque chose de plus juste.” Mélanie Thierry

    Tout au long de votre carrière, vous avez tourné avec des cinéastes très différents, d’André Téchiné aux frères Larrieu. Qu’est-ce qui vous guide dans le choix d’un réalisateur ?

    Je suis d’abord sensible au scénario, à la qualité de l’écriture et à la manière dont un personnage est construit, de son parcours à ce qu’il provoque chez moi émotionnellement. Mais très vite, la question de la mise en scène devient essentielle. Ce qui m’importe, c’est la façon dont le réalisateur envisage le film visuellement. À travers son langage, son rythme, son point de vue… J’aime quand une mise en scène a un vrai parti pris, quand elle impose une cadence, une énergie, une manière de jouer. Le jeu d’un acteur n’existe jamais seul, il se construit dans le dialogue avec la vision du metteur en scène. C’est cette rencontre-là qui m’attire, parce qu’elle donne à chaque tournage le sentiment de s’aventurer en terrain nouveau.

    Il y a quelques mois, on vous découvrait sous un autre jour dans l’excellent Connemara d’Alex Lutz. Vous y donniez notamment la réplique à Bastien Bouillon

    Avec Bastien Bouillon, nous avions une très belle complicité sur le tournage. Il y avait entre nous une vraie douceur, une écoute mutuelle qui rendait le jeu très fluide. Dans certaines scènes particulièrement délicates émotionnellement (comme celle du mariage, à la toute fin), son regard et son énergie ont été essentiels. Ce sont parfois les partenaires qui vous permettent d’aller chercher quelque chose de plus juste, de plus rare dans l’émotion. Quand un acteur vous regarde sans jugement, avec une forme de confiance totale, cela crée un espace très particulier. Une sorte de communion dans le jeu, précieuse… et assez rare. 

    Samuel Kircher a tout pour devenir une très grande figure du cinéma.” Mélanie Thierry

    Prochainement, vous serez à l’affiche du film Morlaix avec Samuel Kircher. Diriez-vous qu’il s’agit d’une future grande étoile du cinéma  ? 

    J’adore Samuel. C’est un garçon extrêmement intelligent, drôle, curieux, avec une grande douceur et une vraie ouverture au monde. Je le connais depuis très longtemps, donc j’ai pour lui une affection particulière. Mais au-delà de cela, il possède des qualités rares. Une écoute, une sensibilité, mais aussi une grâce très naturelle face à la caméra. Il fait clairement partie de cette nouvelle génération d’acteurs qui ont quelque chose d’évident. Je pense qu’il a tout pour devenir une très grande figure du cinéma…

    Puis, parmi vos nombreux projets, on compte aussi une sorte d’Ocean’s Eleven qui se déroulera pendant l’occupation nazie, avec Arieh Worthalter et Karim Leklou… 

    C’est un projet qui me réjouit énormément, d’abord parce qu’il est porté par Michaël R. Roskam, un cinéaste que j’admire beaucoup. Il est brillant, très généreux, avec une vraie maîtrise de son langage cinématographique. Le film Le Faux soir s’inspire d’une histoire vraie de la résistance belge pendant l’Occupation. Celle d’un groupe qui détourne un journal contrôlé par les nazis pour en faire un acte de propagande clandestine. C’est un épisode assez fascinant du patrimoine belge. Et puis il y a le casting, évidemment, qui est formidable, avec Arieh Worthalter, Karim Leklou et Bouli Lanners). Une excellente distribution au service d’un projet qui me tient à cœur. 

    La Femme de (2026) de David Roux, actuellement au cinéma.