17 avr 2026

Les confessions de Vassili Schneider, ultime révélation d’une fratrie incontournable

Benjamin d’une fratrie d’artistes visiblement placée sous une bonne étoile, Vassili Schneider brille lui aussi par un talent évident. Remarqué en tant qu’acteur dans Les Amandiers (2022) et Le Comte de Monte-Cristo (2024), deux moments forts du cinéma français des dernières années, le jeune apollon a déjà réalisé un court-métrage prometteur, et travaille désormais à l’écriture d’un film long.

  • par Olivier Joyard

    portraits par Anthony Arquier

    réalisation par Samuel François.

  • Vassili Schneider, nouvelle coqueluche du cinéma français

    On dit de certaines personnes qu’elles parlent comme un livre. Vassili Schneider parle plutôt comme un torrent. Alerte, frais, dynamique, tortueux, il nous emporte dans son sillage avec une générosité étonnante, doublée d’une voix poétique. Le voyage à ses côtés en vaut forcément la peine. L’acteur, successivement révélé par Les Amandiers (2022) de Valeria Bruni Tedeschi et le carton monstre du Comte de Monte-Cristo (2024), plus de neuf millions d’entrées en France, s’avance comme le petit dernier de la fascinante fratrie Schneider, qui règne sur le cinéma et la musique avec un naturel désarmant.

    Né à Montréal en 1999, alors que sa famille s’était installée au Québec, Vassili affiche douze ans de moins que Niels, le plus capé de la bande, acteur majeur du cinéma français. Volodia, producteur et batteur, a dix ans de plus que lui. Aliocha, musicien et acteur à succès, est né en 1993. Seul manque aujourd’hui à l’appel le cinquième frère, Vadim, disparu dans un accident de voiture en 2003 alors qu’il avait déjà connu la célébrité en tant que comédien au Canada. À la fin des années 2010, nous avions rencontré les quatre frères Schneider dans un bar de Pigalle, où ils racontaient à la fois leur union sans failles et leur capacité étonnante à se différencier, à cultiver des rêves singuliers. Vassili Schneider était alors tout juste arrivé à Paris. Huit ans plus tard, la greffe a pris. 

    L’appel de la ville lumière

    Était-il écrit que le benjamin rejoindrait ses frères dans la capitale française pour ne pas rester à des milliers de kilomètres ? La réalité est un peu plus tortueuse. Vassili Schneider l’affirme, son arrivée en France s’est faite sur un coup de tête. “J’ai d’abord planifié un voyage avec mes potes. Nous sommes partis à trois pour Paris. J’y avais déjà mis les pieds rapidement [sa famille est originaire de Meudon], mais je ne connaissais pas vraiment. À 18 ans, nous voulions arpenter cette ville admirée tellement de fois dans les films. On a décidé d’y rester un mois, en se disant qu’on tournerait un court-métrage improvisé, avec une petite caméra. Ce film, on ne l’a jamais fait. [Rires.]”

    Même si le court-métrage en question ne voit pas le jour, Vassili Schneider remarque l’existence d’une école de cinéma atypique à Beaune, en Bourgogne, sous la forme d’un atelier animé par le légendaire cinéaste Claude Lelouch. “J’avais vu son film, Un homme et une femmeet j’étais très admiratif, raconte le comédien. Pour être choisi, il fallait réaliser un court-métrage avec un Smartphone. J’avais déjà tenté d’entrer dans des écoles au Québec, mais sans être sélectionné. Cette fois, j’ai été pris. Dans la promo, il n’y avait que treize étudiants au total. J’ai appelé mes parents pour leur annoncer la nouvelle. J’ai conclu le coup de fil en disant : ‘Le mois prochain, je déménage en France.’ Ils étaient ravis pour moi.

    La bande-annonce du film Le Comte de Monte-Cristo (2024).

    Ma vocation est arrivée quand j’ai commencé à tourner des vidéos pour mes potes (…) Au skatepark, la nuit, on filmait tout.” Vassili Schneider

    Lors de l’atelier, Vassili Schneider côtoie le réalisateur de L’aventure, c’est l’aventure et participe au tournage de son 49e film, Les Plus Belles Années d’une viequi réunit le duo d’Un homme et une femme cinquante ans plus tard. “Je me suis retrouvé entouré de Claude Lelouch, d’Anouk Aimée et de Jean-Louis Trintignant. C’était magique, car j’étais venu en France avec ces rêves-là en tête.” Mais de quels rêves parle-t-il exactement ? À l’entendre, c’est comme si le métier d’acteur incarnait une porte d’entrée vers son désir profond : la réalisation. Dans la famille Schneider, la pratique artistique était de toute façon encouragée. “J’ai commencé à travailler très tôt, vers l’âge de 5 ou 6 ans, en pratiquant le doublage. Pour mes frères et moi, c’était une activité commune, comme on serait allés au foot. Je ne le voyais pas du tout comme un travail.

    À l’adolescence, Vassili Schneider se découvre une passion pour la mise en images, à travers le biais particulier du skate. “Ma vocation est arrivée quand j’ai commencé à tourner des vidéos pour mes potes. On en faisait une toutes les semaines, en véritables accros à la réalisation. Au skatepark, la nuit, on filmait tout. C’était la même chose avec le snowboard. J’ai gagné un prix dans un concours. Cela a été une révélation, pas forcément pour la victoire, mais parce que mes petits films étaient projetés devant un public qui réagissait, riait, car je filmais quand même beaucoup de conneries.

    La famille, toujours elle, est présente lors de cette projection et encourage Vassili Schneider à poursuivre dans cette voie. “Je me souviens aussi d’avoir fait une vidéo sur des amis graffeurs. Je l’avais montrée à mon père qui m’avait dit : ‘T’as du talent.’ Ça m’a marqué. J’ai pensé qu’il fallait que j’en fasse mon métier.

    Un premier court-métrage avec Melvil Poupaud

    Toutes les passions ne deviennent pas un métier, mais dans le cas de Vassili Schneider, ne pas céder à son désir aurait été comme une faute de goût. Le jeune homme s’est attelé à la tâche avec résolution. S’il n’a pas encore réalisé de long-métrage, il s’est fait la main sur plusieurs clips illustrant des chansons de son frère Aliocha, ainsi qu’un court-métrage, La Plus Belle Fille du mondetout juste sorti de la salle de montage.

    Adapté d’une nouvelle éponyme de Raphaël Haroche parue dans le recueil Retourner à la mer en 2017, ce film élégant, produit par Ad Vitam Court et Saint Laurent Productions, raconte l’errance d’un homme veule, la cinquantaine, séduit par une jeune femme vénéneuse qui le traite mal. Lui, c’est Melvil Poupaud, elle, c’est l’actrice émergente Eva Danino.

    D’une subtile étrangeté, le court-métrage décrit la descente aux enfers de leur relation fantasmatique et toxique, marquée par un déséquilibre profond. De quoi envisager la suite d’une carrière derrière la caméra pour Vassili Schneider, qui profite d’ailleurs de ce printemps 2026 pour développer son premier scénario de long-métrage, inspiré par son adolescence.

    La bande-annonce du film Les Amandiers (2022).

    Le premier réalisateur de l’épatante fratrie Schneider ?

    S’il parvient au bout du projet, Vassili Schneider pourrait être le premier de la fratrie à devenir réalisateur de cinéma. Comme une revanche ? Ce serait étranger à sa manière de raisonner. Quand on lui demande si être le benjamin d’une famille d’artistes lui a donné le sentiment de rester coincé en salle d’attente, la réponse fuse. “J’étais préado quand Niels a commencé à tourner avec Xavier Dolan [dans Les Amours imaginaires.Moi, j’étais simplement ailleurs. Ce qui arrivait aux autres, c’était déjà un rêve accompli. L’un de mes frères avait réussi à exploser dans ce milieu si fermé et si difficile ? C’était hyper joyeux. Je me disais que j’aurais peut-être aussi ma chance, car j’en avais envie. Mais c’était déjà assez exceptionnel d’avoir dans la famille un frère qui réussit… En plus, je ne savais pas si j’allais forcément être acteur. Je pensais plutôt réaliser des films.

    La différence entre jouer et réaliser, aussi importante soit-elle, n’a au fond pas de quoi frustrer Vassili Schneider, qui embrasse bien sûr son succès en tant que comédien. En anglais, un mot résume ce qu’il pourrait être : tout simplement filmmaker. Faire du cinéma, c’est très large, abonde-t-il. L’amour du septième art m’a fait devenir acteur, mais j’aurais pu aussi être chef opérateur ou monteur… J’ai envie de réaliser parce qu’en réalisant on touche à l’essence de cet art… C’est parfois ce qui me manque quand je suis en train de jouer : ce ne sont pas mes histoires que je raconte. Donc, j’ai envie de pouvoir faire les deux.

    La révélation du film Les Amandiers

    L’irruption de Vassili Schneider dans le cinéma français s’est faite en plusieurs temps, loin de la comète irrésistible que l’on imagine parfois. Une image de facilité lui colle pourtant à la peau, ce qui a tendance à l’agacer.

    Dans une carrière, il y a toujours des étapes. Les gens ont pu penser que pour moi, cela démarrait très vite. La vérité, c’est que je passe des castings depuis que j’ai 6 ans. Souvent, je ne les décroche pas. Quand je suis arrivé en France, j’avais déjà trois ou quatre films derrière moi, donc j’ai pu trouver un agent. Mais j’avais commencé à pratiquer mon métier une décennie en amont. À Paris, j’ai mis deux ans avant de décrocher mon premier rôle, une toute petite scène dans un film de Keren Ben RafaelÀ cœur battant. Ensuite, l’étape décisive a été Les Amandiers de Valeria Bruni Tedeschi. Là, on m’a vu. Des gens m’ont dit que j’étais bien. Cela m’a donné confiance.

    Si le grand public a identifié Vassili Schneider pour son rôle dans le blockbuster Le Comte de Monte-Cristoles amateurs de cinéma ont bien remarqué son visage androgyne et sa pugnacité dans le film de Valeria Bruni Tedeschi. Présenté en compétition au Festival de Cannes 2022, ce beau drame romantique scrutant les tours et les détours de la création revenait avec acuité sur les grandes années 80 du Théâtre des Amandiers à Nanterre, quand, étudiante, l’actrice-réalisatrice apprenait son métier sous les auspices de Patrice Chéreau. Une expérience folle pour le jeune comédien, encore marqué par ce tournage hors norme.

    Une rencontre marquante avec Valeria Bruni Tedeschi

    Ce film a été la meilleure école de cinéma au monde. Valeria est une superbe actrice et réalisatrice, elle joue et filme avec toute son âme et ses tripes. Pour elle, le cinéma est presque une question de vie ou de mort. C’est vraiment une manière de faire très différente. Aujourd’hui, les acteurs et les actrices se protègent beaucoup plus. Pour moi, c’était inspirant de traverser tout cela.

    Observer, réagir, se voir poussé à bout, tomber, continuer… La méthode Valeria Bruni Tedeschi a pu bousculer des observateurs, mais Vassili Schneider a su y trouver sa place. “C’était un tournage hyper joyeux, chaotique, stressant, tout plein de choses en même temps, avec des émotions différentes, confirme-t-il. C’est vrai que certains réalisateurs parviennent à faire de très bons films sans y mettre ces enjeux-là. Mais j’ai envie de tout explorer.” Ce que retient l’acteur, c’est d’abord la différence d’approche avec l’engagement parfois étouffant de la génération décrite dans Les Amandiers. Je dirais que je suis content de vivre à notre époque. Pour moi, il faut rester heureux dans son travail.

    Le trailer du spectacle La prochaine fois que tu mordras la poussière (2025).

    La métaphore du torrent est décidément apte à décrire Vassili Schneider. À 27 ans, il est celui qui traverse les paysages, les aspérités du climat, sans oublier son propre chemin sauvage. Un mélange d’actuel et d’inactuel, voilà ce qui définit son physique et son approche du jeu. Inactuel grâce à son visage – comme échappé d’un tableau classique –, actuel par son appartenance irréductible à une génération dont la naissance au cinéma a eu lieu en même temps que le mouvement MeToo. “Personnellement, je me suis trouvé en tant qu’adulte quand MeToo a commencé. Ce monde me convient très bien, je m’y sens moi-même.

    Je me suis trouvé en tant qu’adulte quand MeToo a commencé. Ce monde me convient très bien, je m’y sens moi-même.” Vassili Schneider

    Chez Vassili Schneider, cela se manifeste par une conception ouverte de la masculinité, capable de prendre pour référence Leonardo DiCaprio comme Patrick Dewaere, l’une de ses idoles. “DiCaprio n’a jamais été le chantre d’une masculinité très virile. Il dégage même une grande féminité. Jeune, son visage était androgyne. À l’époque, il y avait aussi Brad Pitt, mais il était beaucoup plus masculin. Et si l’on considère tout le spectre de la pop culture, David Bowie s’est également posé là. À mes yeux, toutes les masculinités sont intéressantes.” L’un des passages décisifs de sa carrière a tourné autour de la question du masculin : son rôle dans la pièce La prochaine fois que tu mordras la poussière, adaptée du roman autobiographique de Panayotis Pascot.

    L’histoire d’un fils et de son père mourant, embarqués dans un règlement de comptes sentimental et tragique. Une performance pour laquelle l’expression d’une grande fragilité était obligatoire. L’acteur a très bien réussi son coup, au point d’obtenir le Molière de la révélation masculine en 2025. De ce moment fort, il dit simplement : “J’ai eu une impression de découverte. Jouer devant un public, pour moi, c’était la base du métier de comédien. Être récompensé, je ne m’y attendais pas. Pour tout dire, je ne l’espérais même pas. Mais ça m’a fait du bien.

    La bande-annonce du film La Venue de l’avenir (2025).

    La future star du film Les Misérables

    Quelques mois avant ce Molière, l’aventure du Comte de Monte-Cristo avait placé Vassili Schneider sur la carte des jeunes acteurs qui comptent, pour son rôle d’Albert de Morcerf, au sein d’une joyeuse bande composée de Julien de Saint Jean, Anaïs Demoustier, Laurent Lafitte et bien sûr Pierre Niney.

    Pour celui qui se dit tête en l’air, toujours un peu à l’ouest, l’expérience a apporté un vent de fraîcheur notable. “Quand j’ai tourné Les Amandiers, j’ai énormément appris sur la technique de jeu, la passion que l’on met dans notre art. Mais je ne dirais pas que c’est un film que j’ai fait pour le plaisir. C’était plutôt une expérience artistique très intense, qui m’a aidé à grandir dans mon travail. Alors que Le Comte de Monte-Cristoc’était du plaisir, tout simplement. J’en ai retenu que l’on peut faire son métier juste pour kiffer.

    Fan éclectique, de Michel Berger à Serge Gainsbourg (“Sa musique beaucoup plus que le personnage.”), de Jean-Jacques Annaud aux frères Safdie, en passant par Emir Kusturica et Larry Clark – une inspiration pour le long- métrage qu’il écrit actuellement –, Vassili Schneider semble voué à trouver son plaisir et à le transmettre avec fluidité.

    Une définition après tout assez convaincante du statut d’artiste. Surfant sur la vague qui le porte, il vient de tourner dans une nouvelle adaptation des Misérables par Fred Cavayé, avec Benjamin Lavernhe, Camille Cottin, Vincent Lindon, Tahar Rahim, Noémie Merlant ou encore Megan Northam. Il interprète Marius dans ce film très attendu, qui doit sortir à l’automne prochain. Il se pourrait que l’état de grâce que traverse Vassili Schneider dure longtemps.

    Les Misérables de Fred Cavayé, au cinéma le 14 octobre 2026.


    Crédits :

    Coiffure et maquillage : Sébastien Le Corroller avec les produits Sisley chez Airport Agency. Set design : Alexandre Roy. Assistants photographe : Manon Bailo et Maxime Batifoulier. Assistante réalisation : Amandine Guinand. Numérique : Guillaume Coutret. Production : Océane Varloud et William Benkemoun chez Bureau Alagna.