11 mars 2026

L’envol de la femme Kiko Kostadinov

Pour l’automne-hiver 2026-2027, les directrices artistiques de la ligne femme de Kiko Kostadinov imaginent une féminité libre, effrontée, et affranchie des regards extérieurs.

  • par Mélody Thomas.

  • Publié le 11 mars 2026. Modifié le 12 mars 2026.

    Une féminité en tension

    C’est le manque de nature qui constitue le point de départ de la collection femme Kiko Kostadinov automne-hiver 2026-2027. “De passage dans un parc, on a remarqué que des hommes s’installaient, jumelles en main, pour observer les oiseaux avec intensité”, commencent à expliquer Laura et Deanna Fanning, les directrices artistiques du label, après le défilé. “Il y avait comme une tension entre l’observateur et l’observé, car nous les observions tandis qu’eux observaient les oiseaux.”

    Le 9 mars dernier, au Conservatoire national des Arts et Métiers, 36 silhouettes ont défilé, incarnant une féminité en tension. Entre attitude bohème, fonctionnalité utilitaire et expérimentations formelles, le vestiaire illustre une attitude à la fois contemplative et pragmatique. Manteaux allongés aux fermetures asymétriques et vestes structurées aux poches dissimulées composent un vestiaire qui invite à passer du temps à l’extérieur. Mais aussi à prendre de la place, comme l’indiquent d’ailleurs les volumes enveloppants, qui donnent autant une impression de confort que de protection.

    L’oiseau d’Ourdi façon Kiko Kostadinov

    Les premières silhouettes et leurs imprimés végétaux, surpiqués de broderies, sont à envisager comme un nouveau camouflage, une manière de s’adapter à un environnement changeant. Laura et Deanna Fanning : “Les matières sont toujours notre point de départ. On a consulté beaucoup de vieux magazines d’ornithologie. J’y ai trouvé plein de belles textures, de couleurs et de compositions…. Et tout est parti de ce motif de plumes.”

    Sur leur podium, les mannequins qui traversent le nichoir sculptural de l’artiste américain Oscar Tuazon arborent des ailes d’oiseaux. Parées de la collection, elles évoquent leur indépendance, leur liberté, leur capacité à échapper à toute capture. Il faut dire que L’oiseau d’Ourdi, conte noir des frères Grimm, aussi emblématique que méconnu, est l’une des références qui ont nourri la collection. S’il se lit comme un avertissement contre la curiosité, il célèbre malgré tout une féminité subversive et autonome.

    Renverser le regard

    Certaines silhouettes, plus légères et bohèmes, viennent assouplir les clins d’œil utilitaires. Jupes longues portées en layering, mailles légèrement texturées, gilets souples et brillants, soies chatoyantes introduisent une dimension instinctive et un appel au mouvement, à la danse. “Nous vivons une époque si fragile… Il faut défendre la liberté par tous les moyens, même si cela peut sembler démodé”, soulignent les créatrices. Il y a, dans cette nouvelle collection, une évolution, le signe d’une féminité affirmée, plus mature — au sens où elle sait trouver son équilibre hors des attentes extérieures.

    “Je vois ce que vous faites”, déclarait l’essayiste Siri Hustvedt dans son essai Une femme regarde les hommes qui regardent les femmes. Une manière pour elle de rappeler la force du regard féminin qui, en renvoyant le regard qu’on lui jette, nomme la mécanique du pouvoir et brise l’illusion de l’invisibilité du voyeur. Entre visibilité et camouflage, la femme Kiko Kostadinov semble finalement prendre son envol, insaisissable et libre de déjouer les regards qui tentent de la saisir.

    Tous les looks du défilé Kiko Kostadinov automne-hiver 2026-2027