4 mars 2026

Pour son défilé, Alain Paul se plonge dans les archives du MAD

Pour l’automne-hiver 2026-2027, Alain Paul puise dans la mode et dans les techniques du XVIIIe siècle et dévoile son défilé au sein du prestigieux musée des Arts décoratifs de Paris – dont il a passé les dernières semaines à explorer les archives…

  • Par Camille Bois-Martin.

  • Le musée des Arts décoratifs, inspiration et écrin

    Alors que, les saisons précédentes, Alain Paul s’emparait habituellement de la scène du théâtre du Châtelet pour présenter ses collections, le créateur français semble opérer un tournant. Après avoir investi les espaces dépouillés des anciens locaux de l’université de la Sorbonne Nouvelle, il dévoile son défilé automne-hiver 2026-2027 au sein du prestigieux musée des Arts décoratif. En plein cœur de Paris, avec vue sur la rue de Rivoli et sur le jardin des Tuileries, les invités pénètrent dans les salles dédiées, d’ordinaire, aux expositions de l’institution…

    Mais le lieu ne sert pas seulement d’écrin à cette nouvelle collection AlainPaul. Il irrigue en effet toutes les silhouettes présentées, imaginées après une exploration des riches archives du MAD. Sur les sièges des invités, de petits gants blancs sont disposés – en référence à ceux portés par les restaurateurs et les conservateurs de musée.

    Réinventer les proportions et les motifs du XVIIIe siècle

    Au fil des silhouettes, le créateur nous offre également de nombreux indices. Au gré, notamment de looks enveloppés par de longues robes à manches courtes en organza de soie. Comme si ces derniers étaient protégés par des housses à vêtements, ils révèlent, dans un subtil de jeu de transparence, des vêtements contemporains. Et fidèles à l’esthétique de la marque (à l’instar d’une superposition de hauts moulants et techniques).

    Au cours de son exploration des collections du musée des Arts décoratifs, Alain Paul s’éprend des silhouettes étriquées et florales du XVIIIe siècle – une tendance déjà remarquée la saison dernière à la Fashion Week de Londres, et qui semble en effet envahir la mode d’aujourd’hui.

    On découvre ainsi des structures à paniers réinterprétés dans des robes et des jupes fluides en crêpe de viscoses, formant des excroissances et des drapés autour de la taille. Mais aussi un “corps à baleine” (ancêtre du corset), réinterprété dans un tricot technique. Doté de baleines contemporaines, il offre une souplesse inédite pour un tel vêtement.

    Les matières elles-mêmes semblent conserver la trace du passage du temps. À l’image, notamment, de vêtements en satin compressés et plissés, évoquant l’usure. Le défilé dévoile également de nombreux détails puisés dans cette garde-robe surannée. Des nœuds et des rubans ponctuent le bustier d’une robe, la ceinture d’une jupe ou encore le col d’une veste. Les imprimés de fleurs tombantes (en vogue aux XVIIIe et XIXe siècles en Angleterre et en France) peuplent une série de silhouettes, brodés sur de longues robes moulantes. Tout comme un motif de tapisserie (issu de la même époque), réalisé en collaboration avec Les Teintures de France. Celui-ci recouvre en relief une veste et un pantalon en denim.

    Des archives vivantes signées AlainPaul

    Autant d’inspirations nouvelles dans le vocabulaire d’Alain Paul, qui ne délaisse néanmoins pas le monde de la danse – dont il est issu, et qui nourrit habituellement ses collections. On croise en effet des vêtements de sport, à l’instar d’une parka en soie et cupro ou d’un pull en laine et cachemire inspiré du boléro signature de la marque. Le défilé révèle aussi une collaboration avec la spécialiste du tricot Cécile Feilchenfeldt. Ensembles, ils imaginent des bijoux, inspirés par les ornements trompe-l’œil de l’Opéra Garnier. Puisant dans l’univers du costume de danse et des bijoux exagérés, conçus pour être visibles sur scène, ils dévoilent des accessoires en tricot qui s’apparentent à de sublimes parures de joaillerie…

    Surtout, le titre de cette collection automne-hiver 2026-2027 fait lui-même référence à la danse : “Répertoire”. “Un répertoire est un ensemble d’œuvres en constante évolution. En danse, les pièces classiques et contemporaines sont sans cesse réinterprétées par des corps vivants et prennent ainsi un nouveau souffle. Ce processus trouve un écho dans la garde-robe où les mêmes vêtements sont continuellement remis au goût du jour et réévalués à travers l’histoire.” concède ainsi le créateur en préambule de sa note d’intention. Une réinterprétation de l’histoire des collections du MAD réussie haut la main.

    Tous les looks du défilé AlainPaul automne-hiver 2026-2027