9 juin 2026

Comment Vivienne Westwood a transformé le corset en œuvre d’art ?

Pour sa collection automne-hiver 1990, la créatrice anglaise Vivienne Westwood imprimait sur des corsets une toile de François Boucher, élevant ainsi cette pièce de lingerie au rang d’œuvre d’art. Une création exposée depuis aux quatre coins du monde, et désormais réinterprétée au cœur d’une collection capsule dénommée The Spring Cherubs. Retour sur cette pièce mode iconique.

  • par Léa Zetlaoui

    et Jasmine Baha.

  • Publié le 2 mai 2025. Modifié le 9 juin 2026.

    Vivienne Westwood, une vision punk de la mode

    Nous sommes en mars 1990. Suite au Lundi noir de 1987, l’excentricité et la sophistication des années 80, incarnées par Jean Paul Gaultier, Thierry Mugler ou Gianni et Donatella Versace, vont peu à peu disparaitre. À la place, une mode sombre et minimaliste émerge, dictée par Helmut Lang, Jil Sander, Rei Kawakubo, Yohji Yamamoto. Et bien sûr, Martin Margiela, maître de l’Antifashion.

    En marge de ces designers confirmés et de ces talents émergents, une créatrice anglaise reste fidèle à elle-même. Ainsi dans ses collections, Vivienne Westwood fait revivre l’histoire du costume et perpétue la tradition tailoring. Mais pas seulement ! Dans ses collections s’invitent également le punk, le trash et le fétichisme.

    Depuis ses débuts, Vivienne Westwood réfute l’establishment et les conventions. Ainsi, alors que la sobriété s’invite sur les podiums, la créatrice prend le contrepied de cette tendance. En témoigne son défilé automne-hiver 1990 : une vibrante déclaration d’amour au mouvement Rococo.

     

    Un corset en hommage au peintre François Boucher

    C’est à la Wallace Collection, musée londonien qui présente une large collection dédiée à cette période, que Vivienne Westwood vient chercher l’inspiration. Et, entre les œuvres de Fragonard, les portraits de La Pompadour et le mobilier fastueux, elle découvre les peintures de François Boucher. Le génie français du style ornementale fascine la créatrice punk.

    Les pièces de la collection automne-hiver 1990 tels que les colliers de perles, les jupons colorées façon crinolines, les longs manteaux et les mitaines font alors directement référence aux toiles du peintre. 

    Je me disais qu’il manquait quelque chose : d’une certaine façon, les peintures elles-mêmes. J’ai choisi le peintre le plus représentatif du mouvement décoratif – Boucher -–et la peinture la plus typique de Boucher “La Bergère endormie,” explique Vivienne Westwood dans une vidéo.

    C’est pourquoi elle décide d’imprimer le tableau sur une série de corsets. Le cadre idyllique de la scène ainsi que son extrême sensualité sont exacerbés par le caractère hautement érotique du corset. À savoir également, le corset est une pièce emblématique du style Westwood depuis 1987.

    D’ailleurs, en 2023, la marque lui dédiait une exposition au sein de sa boutique de la rue Saint-Honorée. Son curateur, Alexander Fury, également historien d’art, journaliste et collectionneur, racontait dans une interview pour Numéro trois créations exceptionnelles.

    Quand le corset Vivienne Westwood était exposé au MAD

    Iconoclaste pour l’époque, la collection “Portrait” automne-hiver 1990 de Vivienne Westwood entre ainsi dans les annales de l’histoire de la mode. À tel point qu’au début des années 2020, ces corsets – aperçus sur FKA Twigs et Bella Hadid – s’arrachent à prix d’or dans les boutiques et e-shop vintage.

    Et si, il y a six ans, la marque proposait déjà une réédition, ainsi qu’une collection capsule inspirée, voici que désormais le corset devient donc une œuvre d’art à part entière.

    C’est au MAD qu’il acquiert récemment ses lettres de noblesse, au sein de son exposition Rococo & co., De Nicolas Pineau à Cindy Sherman présentée en 2025. Ici, le corset Vivienne Westwood orné du tableau “Daphnis et Chloé” de François Boucher raconte l’influence du style Rococo à travers les époques et les disciplines. Un an plus tard, la maison de mode parisienne revisite à nouveau ce riche héritage.

    Le corset Vivienne Westwood se réinvente dans la collection The Spring Cherubs

    Baptisée The Spring Cherubs, la nouvelle collection capsule de la maison continue en effet à rendre hommage à la peinture du 18ᵉ siècle, plus précisément au tableau Spring, de la série Quatre Saisons (1753) de François Boucher.

    Au travers de plusieurs pièces ornées de motifs inspirés de la peinture, Vivienne Westwood revalorise son lien avec le mouvement Rococo dans un florilège de nuages vaporeux, de fleurs délicates et de colombes blanches. Tout le parallèle d’une maison qui jongle entre punk et romantisme. Et pour cause, Vivienne Westwood a toujours refusé les normes et les conventions tant dans les coupes que la diversité des inspirations.

    Un esprit que l’on retrouve dans cette collection capsule complète, dévoilée ce mois de juin 2026, comprenant chemises en coton biologique, sandales et sacs, mais pas que. Le corset fait lui aussi son grand retour, une pièce partie intégrante du patrimoine de Vivienne Westwood. Six ans plus tard, la maison renouvelle donc cette initiative au travers de la collection capsule The Spring Cherubs. Ici, la pièce se modernise, tout en gardant sa structure et son élégance qui font son succès depuis près de quarante ans.

    Une référence à la toilette de ces dames au 18 siècle, empreinte d’un onirisme véhiculé par les chérubins jouant avec des guirlandes de fleurs. Arboré avec un pantalon tendance et des mules pour contraster avec son côté statutaire, cette pièce saura assurément se frayer une place dans notre garde-robe estivale…

    La collection capsule The Spring Cherubs, disponible dans les boutiques Vivienne Westwood et sur viviennewestwood.com.