21 jan 2026

Danser, aimer et se révolter : les combustibles de la mode de Jeanne Friot

Saison après saison, les défilés de Jeanne Friot attirent foule : depuis ses débuts à la Sphère de Paris, la créatrice s’est forgée un univers fort et nourri de revendications, qui galvanisent son public et ses fidèles. Pour l’automne-hiver 2026-2027, elle donnait rendez-vous au Théâtre du Rond-Point et dévoilait un spectacle électrique, entre danse, PDA (public display of affection) et mode.

  • Par Camille Bois-Martin.

  • Publié le 21 janvier 2026. Modifié le 11 février 2026.

    Jeanne Friot inaugure la Fashion Week homme de Paris

    La saison automne-hiver 2026-2027 marque un tournant pour Jeanne Friot : depuis l’apparition de sa Jeanne d’Arc 2.0 à de la Cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques en 2024, la créatrice de mode attire de plus en plus d’aficionados à ses défilés. Au point d’inaugurer, cette année, la Fashion Week homme parisienne. Pour l’occasion, elle choisit le Théâtre du Rond-Point comme décor. Plongés dans le noir, les invités, éparpillés sur les rangées de sièges en velours rouge, sont aveuglés par des projecteurs puissants, puis surpris par les basses d’une musique électrisante, qui accompagnent les premières silhouettes s’avançant sur scène.

    Aujourd’hui, rien de nouveau : on (re)découvre les vêtements qui font le succès de Jeanne Friot depuis plusieurs années. Jean brodé de plumes violettes, corsets, robes, jupes et grosses bottes confectionnées à partir de ceintures en cuir, motifs tartan à foison… Elle martèle les codes de son univers mode et envoie les mannequins sur les planches comme autant de soldats arborant fièrement l’uniforme Jeanne Friot. Car ces derniers ne participent pas seulement à un défilé, ils défendent et représentent les valeurs et les revendications qui motivent la créatrice française – et font d’elles une des figures montantes de la scène mode parisienne. Nul besoin de se réinventer, quand ce que l’on crée résonne déjà si largement.

    Ce n’est d’ailleurs pas anodin si les projecteurs sont braqués sur le public, et non sur la scène. À mesure que les danseurs et les mannequins déploient une série de tee-shirts imprimés des slogans “Revolution” ou “It’s Never Too Late to Fight Facism” (à traduire par “il n’est jamais trop tard pour combattre le facisme”), chaque spectateur est confronté à la colère et aux drames qui nourrissent l’actualité à travers le monde, que chacun absorbe, souvent passivement.

    Un défilé automne-hiver 2026-2027 puissant animé par le Ballet de Lorraine

    Dans sa note d’intention, Jeanne Friot aborde – et avant même d’évoquer sa collection automne-hiver 2026-2027 – l’assassinat de Rennée Nicole Good aux États-Unis le 6 janvier dernier par un agent de la ICE. Elle souligne également le recul des droits de la communauté LGBTQIA+ dans le monde et décrit un “climat paralysant”, incitant le monde de la culture à rester alerte, à résister et à tirer la sonnette d’alarme. Ainsi choisit-elle de renommer sa collection “Awake”, autrement dit : réveillez-vous. Les projecteurs vous aideront peut-être.

    À la suite des premières silhouettes de son défilé, une horde de danseurs du Ballet de Lorraine fait irruption sur scène. Habillés des nouvelles créations de Jeanne Friot, ils envahissent les planches sur une chorégraphie de Maud Le Pladec, se faufilant entre les mannequins. Leur énergie est communicative, galvanisante : les invités filment, dansent, crient et applaudissent à mesure que les corps se mêlent et s’entremêlent. Le spectacle atteint alors son climax lorsque deux mannequins s’embrassent langoureusement au milieu de la scène du Théâtre du Rond-Point.

    Ici, la danse, symbole de célébration queer, n’est ni une échappatoire naïve ni une simple libération. Elle suspend l’ordre du quotidien pour ouvrir un interstice stratégique : un espace où les normes se transforment et où les corps se réinventent.“ écrit ainsi la créatrice française dans son communiqué de presse. Ses jupes et ses robes imprimées du motif tartan se tapissent alors de sequins. Les manteaux se font oversized, débarrassant le corps de toute contrainte, tandis qu’une paire de baskets, imaginée en collaboration avec Both, s’inspire des ballerines de danse et libère le mouvement. Bref, chez Jeanne Friot, on envoie balader les normes, on danse pour se sentir libre, on s’habille pour défendre ses valeurs, mais aussi, et surtout, on aime, inconditionnellement, sans interdiction ni justification.