31 mars 2026

À Séoul, le défilé COS évoque American Gigolo et Carolyn Bessette-Kennedy

Depuis près de vingt ans, COS cultive une vision singulière de la mode, entre accessibilité et exigence. À l’heure où des acteurs mainstream comme Zara accélèrent leur montée en gamme, la marque londonienne poursuit une trajectoire à contre-courant, fondée sur la constance et la précision. Avec un défilé cinématographique présenté à Séoul pour sa collection printemps-été 2026, orchestré par Karin Gustafsson, COS affirme plus que jamais son ambition de construire une esthétique universelle.

  • par Mélody Thomas.

  • COS fait escale à Séoul

    Ces derniers temps, l’industrie de la mode et du luxe a été marquée par de nombreux rebondissements. Parmi eux, l’élévation de marques mainstream vers une esthétique plus premium. Si H&M pratiquait déjà les collaborations depuis 2009, récemment Zara s’est également tournée vers cette stratégie d’élévation. En témoigne l’annonce de ses collaborations avec John Galliano et Willy Chavarria.

    Pour le moment, cette évolution ne concerne pas COS, fidèle depuis près de vingt ans à son exigence, à la qualité de ses propositions et à une cohérence sans faille. Créé en 2007, le label londonien a toujours su jouer les équilibristes entre accessibilité et raffinement. Ses collections, ses collaborations, mais aussi sa série de défilés itinérants et sa présence remarquée à la Fashion Week de New York depuis quatre saisons en sont autant d’illustrations.

    Cette saison, c’est à Séoul que COS fait escale, à travers un défilé cinématographique qui, au-delà d’un certain sens de la continuité, révèle surtout la manière dont la marque affirme, avec subtilité, son ambition d’universalité.

    Une collection printemps-été 2026 en apesanteur

    “Cinematic Beauty”. Tel est le nom que Karin Gustafsson, directrice artistique de COS depuis son lancement, a donné à sa collection printemps-été 2026. Présentée dans une ancienne piscine brutaliste, baignée d’un fond bleu et d’une brume légère, elle offrait une scénographie aussi minimaliste que surréaliste, accentuée par l’impression de flottement impulsée par les silhouettes et les matières.

    L’inspiration American Gigolo

    Déjà disponible en boutiques, l’ensemble de quarante silhouettes s’inspire du film American Gigolo (1980), comme l’a confirmé la créatrice lors d’une interview en marge du défilé : “On aime l’idée d’une personnalité forte qui dégage une aura, une sensualité particulière, et le film American Gigolo a ce côté à la fois élégant et décontracté qui nous a inspirés, notamment à travers le travail de coupe. Quant à la palette de couleurs et de matières, elle provient des années 80”.

    Sur ce podium éthéré, le lin est associé à des gris froids, des beiges, des crèmes et des blancs chaleureux, ainsi qu’à des touches de rouge et de bleu, de la soie fluide… Comme à son habitude, le raffinement de COS n’est pas dans la démonstration. Au contraire, il se révèle plutôt dans la simplicité. “Nous savons qui nous sommes et ce que nous voulons devenir”, sourit Gustaffson. Top blanc à l’encolure large sur jupe midi fendue, robe et ensemble en maille côtelée transparente, épaules structurées, tailoring taillé dans des matières fluides ou des drapées maîtrisées. On s’arrête sur un ensemble en denim trompe-l’œil travaillé dans la soie ou encore ces robes droites ou sculpturales.

    Le style Carolyn Bessette-Kennedy

    Un clin d’œil au vestiaire de Carolyn Bessette-Kennedy dont les silhouettes font tant parler dernièrement ? Peut-être, et pourtant, la collection a quelque chose de résolument moderne, une sensualité facétieuse… libre. “Je pense qu’un design intemporel ne signifie pas être figé dans le temps”, réfléchit Karin Gustafsson au sujet de l’éthos de COS. Elle ajoute : « Pour moi, il s’agit de cultiver une certaine sobriété, de faire preuve de considération et de proposer quelque chose de raffiné sans se figer.”

    COS, la cohérence pour méthode

    “Séoul est une ville incroyable, avec une richesse culturelle et historique, mais surtout cette rencontre entre modernité et tradition qui nous ressemble”, confie Karin Gustafsson. Entre tours de verre et villages traditionnels, la capitale coréenne s’inscrit dans l’approche de COS, où se croisent savoir-faire, héritage et innovation. “La rencontre entre la culture contemporaine et l’histoire est particulièrement stimulante pour nous”, ajoute la créatrice, qui fréquente la ville depuis une dizaine d’années. Lors du défilé, la bande-son est d’ailleurs une captation des sons de la ville, enregistrée dans le métro de Séoul.

    Avec ce défilé, la marque illustre ainsi sa capacité à s’adapter sans se diluer, en absorbant l’énergie locale, notamment grâce à un casting comprenant des modèles coréens, tout en affirmant son ADN. En d’autres termes, chaque ville où elle s’inscrit agit comme un point d’entrée vers son univers, affinant un peu plus son universalité.

    De là à voir Séoul comme le signe de mutations à venir au sein du label ? “C’est une période intéressante, avec beaucoup de changements”, observe la créatrice, avant d’ajouter : “Notre esthétique pourrait se prêter à d’autres types de produits et d’expériences que nous ne proposons pas encore… mais pour l’instant, notre objectif reste le même : créer des vêtements qui accompagnent les gens dans le temps.” Une trajectoire fondée sur la constance, presque à contre-courant de la mode actuelle, qui explique sans doute, en partie, le succès durable du label.

    Retrouvez la collection COS printemps-été 2026 sur cos.com et en boutiques.