15 jan 2026

Qui est Nima Kaufmann, le créateur de l’argent aux bijoux denses et écornés

Alors qu’il organisait son premier pop-up du 3 au 7 décembre 2025 dans une galerie nichée au creux du 20eme arrondissement de Paris, le joaillier irano-suisse Nima Kaufmann a accepté de répondre à nos questions et de nous laisser pénétrer dans son univers acéré et sensible.

  • Propos recueillis par Louise Menard.

  • Publié le 15 janvier 2026. Modifié le 16 janvier 2026.

    Une joaillerie de l’argent fragmentée et incarnée

    Épuisé, mais heureux”, sont les mots du créateur suisse Nima Kaufmann lorsque nous lui demandons son état d’esprit du moment. Et on veut bien le croire, car nous le rencontrons juste après l’aboutissement d’un projet mûri pendant des mois : son premier pop-up, organisé à Paris du 3 au 7 décembre 2025.

    Errant dans les musées dès son plus jeune âge, guidé par sa mère, Nima Kaufmann se forge au fil des ans un œil vif. Après des études à l’école d’art de La Chaux-de-Fonds, puis à l’école cantonale d’art de Lausanne (ECAL), le jeune créateur, fortement encouragé par son entourage, lance sa marque en 2022. À travers son œuvre, il cultive peu à peu un amour singulier pour l’Art nouveau, mouvement artistique majeur apparu à la fin du 19e siècle.

    Avec leurs courbes incisives, ses pièces en argent aux volumes massifs adoptent ainsi des lignes organiques et stylisées. Entre fluidité et angulosité, liens et fragments, Nima Kaufmann accorde une importance toute particulière au séquencement et à la répétition de segments métalliques, et sacralise les fontes ratées, émanant de l’une des plus anciennes techniques de fonderie : la fonte au sable.  

    Rencontre avec un créateur pétri d’humilité, porté par un univers tranché.

    Interview de Nima Kaufmann

    Numéro : Pouvez-vous nous raconter le début de votre parcours ?

    Nima Kaufmann : Très tôt, j’ai eu envie de faire quelque chose de mes mains en lien avec l’artisanat et la matière et par chance, j’ai grandi près de La-Chaux-de-Fonds, en Suisse, qui abrite une école d’art renommée. C’est là que j’ai étudié la bijouterie pendant 4 ans. J’y ai énormément appris, tant sur le plan technique que théorique, approfondissant des notions passionnantes telles que l’héritage, le rationalisme et la transmission. Mais malgré la richesse de cette formation, j’éprouvais un manque de stimulation externe. De cette frustration est née une remise en question. J’ai douté de la joaillerie et me suis tourné vers l’étude du design industriel à l’ECAL de Lausanne.

    Comment avez-vous renoué avec la joaillerie ?

    De façon assez paradoxale, j’ai trouvé à l’ECAL l’ouverture sur le monde et l’apport culturel que je cherchais, mais l’industrie et la production de masse ont fini par m’effrayer. C’est au cours de ma deuxième année de cursus que la joaillerie est réapparue dans ma vie, sous forme d’échanges avec les autres étudiants et alors, timidement, j’ai posé les bases de ma marque, lancée aussitôt mon diplôme obtenu.

    J’aime les sculpteurs et leur rapport au corps, aux courbes. Il y a une poésie inouïe dans la sculpture.” – Nima Kaufmann. 

    Quelles sont vos inspirations ?

    J’ai toujours été admiratif des sculpteurs et particulièrement de leur rapport au corps et aux courbes. Il y a une poésie inouïe dans la sculpture. Je suis également fier de mon héritage familial et j’aime explorer les tensions entre mon background technique, qui m’amène à créer des pièces plutôt fonctionnelles et mes racines iraniennes, qui font naître des bijoux plus fluides et doux. Enfin, je me nourris du travail de nombreux artistes à l’instar de l’architecte belge du 19e siècle Victor Horta, du designer néerlandais contemporain Aldo Bakker, ou encore de l’artiste danois du 20e siècle, Henning Koppel.

    Concevez-vous le bijou comme un objet précieux ?

    Ce qui rend le bijou précieux est le fait qu’il soit personnel à chacun. C’est pourquoi j’aime concevoir des pièces sur-mesure et essayer de comprendre l’univers de la personne que j’ai en face de moi. Pour moi, ce qui rend le bijou précieux touche à sa conception.

    Des influences entre univers underground, Art nouveau et design

    Quelles personnalités aimeriez-vous voir porter vos pièces ?

    Si je me laissais rêver, j’aimerais voir mes bijoux portés par le rappeur suédois Yung Lean. C’est un artiste que je suis depuis toujours et dont l’esthétique me touche.

    Quel est le dernier événement qui vous a profondément marqué ?

    J’ai découvert l’année passée le travail du sculpteur munichois Hermann Obrist et j’ai été fasciné. Malgré son importance dans l’émergence du mouvement Jugendstil, il demeure relativement méconnu, la majorité de son œuvre ayant été détruite pendant la Première Guerre mondiale. Outre cette trouvaille, il y a quelques années, j’ai également eu la chance d’aller visiter l’ancien atelier de l’artiste japonais-américain Isamu Noguchi ayant vécu au 20e siècle. Un espace unique, nimbé d’un vaste jardin accueillant des centaines de sculptures et de statues.

    Un pop-up comme un dialogue à plusieurs voix

    Vous avez organisé votre premier pop-up à Paris du 3 au 7 décembre 2025. Pouvez-vous nous parler de ce projet ?

    C’est le plus grand projet que j’ai entrepris depuis le lancement de ma marque. L’objectif était de créer un écrin pour mes bijoux sans trahir ma vision de la création, tout en accordant un terrain de jeu à de nombreux artistes de mon entourage. Ainsi, Eliot Möwes, un peintre de Lausanne, s’est occupé des murs, tandis que la scénographe parisienne Alice Proux a imaginé le sol et que les céramiques sur lesquelles étaient posés mes bijoux sont les œuvres de mon ami Sven Odermatt. J’ai également dessiné les tables, ensuite produites par Yann Cistac et collaboré avec la marque Hectic world pour un plateau de présentation en cuir. L’idée était d’aller à l’essentiel, entre minimalisme et efficacité, tout en valorisant le travail de chacun.

    Quels sont vos futurs projets ?

    J’aimerais organiser d’autres pop-up stores dans d’autres capitales, afin de me confronter à un public différent de celui de Paris. Je souhaiterais aussi participer à des éditos de magazines, qui demeurent un médium auquel j’ai toujours été attaché.

    Les bijoux Nima Kaufmann sont disponibles sur nimakaufmann.com.