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Les bijoux upcyclés, nouveau souffle créatif
Comment rendre désirable un objet du passé ? Des pièces de monnaie antiques chez Bulgari aux expérimentations de César, les bijoux recyclés s’inscrivent dans une longue histoire : celle de magnifier l’existant sans jamais l’effacer.
par Benedicte Burguet.

Si l’upcycling ne date pas d’hier, c’est véritablement César qui en radicalise le geste au XXe siècle avec ses compressions. Avec lui, pour la première fois, le banal – pièces de monnaie, fragments, objets modestes – est transfiguré en totems précieux. Aujourd’hui, cette logique s’intensifie et se réinvente à travers des bijoux upcyclés. L’or, bien sûr, demeure une matière première évidente, mais le champ s’élargit. Désormais, des objets du quotidien, jusqu’à u ne simple cuillère – accèdent, sous la main des joailliers, à un nouveau statut. Celui de parure.

La pièce de monnaie devient bijou
Les pièces, d’abord. Sans doute la forme la plus classique de l’upcycling. Combien de familles ont, autrefois, fait monter leurs Napoléons en bracelets, transformant un héritage monétaire en bijou de transmission ? Cette logique, la maison italienne Bulgari l’a érigée en signature avec sa collection Monete. Ici, des pièces antiques, conservées dans leur intégrité et enchâssées dans de créations contemporaines. Dans un registre plus confidentiel, Marie Starek prolonge cette esthétique en proposant des bijoux uniques ou en séries numérotées, façonnés à partir de véritables monnaies anciennes.

Plus audacieuses, certaines maisons déplacent encore le curseur en faisant des chutes une matière première à part entière. Arthus Bertrand, avec sa collection Fragments of Luck développée aux côtés de la marque de mode Roseanna, en donne une lecture particulièrement juste. Excédents de fabrication, contre-formes de médailles, rebuts d’atelier deviennent les éléments fondateurs de nouveaux bijoux. L’enjeu dépasse alors la seule réduction du gaspillage. Il s’agit de produire une esthétique cohérente, où le recyclé s’impose comme pleinement désirable.

L’upcycling, nouvelle audace créative
Chez Anicet, l’upcycling relève d’un véritable travail de composition pour la fabrication de ses bijoux. Lauréate du Grand Prix de la Création de la Ville de Paris 2025, la créatrice démonte des chaînes anciennes (jusqu’aux couverts les plus ordinaires), les fragmente, puis les réassemble en une écriture nouvelle. Comme beaucoup de maisons de sa génération, elle choisit ces matériaux pour leur portée éthique, mais aussi pour leur charge mémorielle. Le bijou devient alors un objet de passage : “un vecteur d’héritage et de transmission”.
Pour d’autres, à l’image de Juliette, fondatrice de LOE Studio, l’enjeu est plus frontal “s’émanciper des étiquettes et hiérarchies esthétiques. Explorer sans filtre le kitsch, le populaire, le tendance comme le vieillot sans rien exclure.”

Dans tous les cas, ce processus suppose une créativité accrue et un renversement du geste. Là où la joaillerie commence traditionnellement par le dessin, l’upcycling impose de partir de l’existant. “La contrainte vient précisément de là”, explique Kitesy Martin, fondatrice de sa marque d’accessoires homonyme. “Dès le départ, nous devons faire dialoguer images d’inspiration et stocks dormants. Je ne dessine jamais : je touche la matière, je la manipule, je cherche comment la réemployer en construisant des maquettes”.
Même constat chez Camille Toupet, directrice artistique de Arthus Bertrand : “La création upcyclée impose des contraintes différentes de celles d’une création “libre”. Il s’agit de faire émerger une intention à partir d’un existant limité. Le processus se rapproche alors du stylisme : trouver la juste combinaison de formes et de couleurs.” Détournés certes, mais jamais dénaturés.
