12 jan 2026

Immersion dans l’univers décalé et facétieux des bijoux Wouters & Hendrix

Aperçu à la Fashion Week de Paris lors du défilé printemps-été 2026 de la créatrice Meryll Rogge, le label de joaillerie belge Wouters & Hendrix révèle des bijoux à l’ADN surréaliste singulier et puissant. Numéro a eu la chance de recueillir les confidences de sa directrice artistique, Marie Keller.

  • Propos recueillis pas Louise Menard.

  • Publié le 12 janvier 2026. Modifié le 20 janvier 2026.

    Wouters & Hendrix, une joaillerie hors cadre

    Chez Wouters & Hendrix, tout commence par une rencontre, mais surtout par une amitié inébranlable qui dure depuis plus de 40 ans. Lorsque Katrin Wouters et Karen Hendrix se croisent à l’Académie royale d’Anvers, où elles poursuivent toutes deux leurs études, c’est l’étincelle créative. Les deux jeunes femmes tissent une complicité immédiate, matérialisée dans une marque de joaillerie à l’esthétique disruptive, et simplement intitulée Wouters & Hendrix.

    À travers des bijoux au surréalisme exacerbé, les créatrices tournent le bijou en dérision et se font les porte-paroles d’une vision narrative joyeuse et précieuse. Une joaillerie forgée par un héritage solide, mais aussi par de nombreuses rencontres et collaborations avec des institutions et des créateurs de renom à l’instar du Musée Royal des Beaux-Arts d’Anvers ou encore de Meryll Rogge.

    Avec Wouters & Hendrix, rien n’est jamais laissé au hasard, de la conception du bijou fait à la main, à la mise en place des vitrines en passant par l’élaboration des campagnes toujours savamment orchestrées. “Chez nous, on ne parle pas seulement de bijoux, cela va beaucoup plus loin : nous construisons tout un univers”, nous confie avec aplomb Marie Keller, fille de Katrin Wouters et directrice artistique de la marque depuis cinq ans.

    Aujourd’hui, cette dernière développe un univers riche et fidèle aux débuts de la maison ,au sein duquel Numéro a eu la chance de s’immerger, le temps d’un entretien passionnant.

    Interview de Marie Keller, directrice artistique de Wouters & Hendrix

    Numéro : Pouvez-vous en quelques mots nous expliquer votre parcours ?

    Marie Keller : J’ai étudié la joaillerie à l’Académie royale d’Anvers, même si, à l’époque, travailler avec ma mère n’était absolument pas dans mes plans. Après mes études, j’ai enchaîné les stages, d’abord à Berlin puis à Paris, où j’ai eu l’immense chance de travailler aux côtés de Stéphanie D’Heygere en tant qu’assistante designer.

    Le bijou a-t-il été une évidence ?

    Je ne sais pas si on peut parler d’évidence, mais les bijoux sont devenus une passion au fil des années. Dès le début de mon parcours, j’ai senti que c’était quelque chose que j’aimais profondément faire. J’aime le fait que la joaillerie soit un artisanat en trois dimensions, directement lié au corps.

    “Les notions de déconstruction et d’assemblage reviennent souvent dans nos collections” – Marie Keller.

    Comment construisez-vous une collection ?

    À chaque nouvelle collection, nous partons d’une feuille blanche et nous réfléchissons à un concept abstrait. De cette manière, nous cherchons à construire, à chaque fois, un nouvel univers. Il est également primordial de préserver une certaine harmonie : faire en sorte que, bien que chaque projet existe indépendamment des autres, on puisse saisir le fil conducteur qui relie l’ensemble de notre travail. Les notions de déconstruction et d’assemblage reviennent ainsi fréquemment à travers nos collections.

    Quelles sont vos inspirations ?

    J’ai toujours beaucoup aimé les bijoux classiques et les pièces vintage que je considère comme des archétypes véhiculant des codes avec lesquels je peux m’amuser.

    Le bijou entre savoir-faire et surréalisme

    Comment qualifieriez-vous vos collections en trois mots ?

    Je dirais qu’elles sont artisanales, humoristiques et narratives.

    Si vous deviez choisir deux pièces iconiques qu’elles seraient-elles ?

    Je pense que le porte-clés Mussels, inspiré de l’œuvre du poète belge Marcel Broodthaers, fait partie de nos pièces les plus emblématiques. Et si je devais en choisir une deuxième, je dirais le bracelet manchette Embrace. Enlaçant parfaitement les courbes du poignet, ce bijou cabossé et imparfait est fortement influencé par le surréalisme.

    Une collaboration avec la créatrice Meryll Rogge

    Récemment, vous avez dessiné des bijoux pour le défilé Meryll Rogge printemps-été 2026, comment s’est passée cette collaboration ?

    C’était une expérience galvanisante, car lors des défilés, notre liberté créative en tant que créateurs de bijoux est encore décuplée. Quand on travaille sur un show comme celui-ci, on peut penser à plus grande échelle, sans contraintes et sans se demander si le bijou est trop lourd ou même s’il est commercialisable : on imagine des pièces statement. Je suis également toujours émue de voir nos bijoux prendre vie avec des vêtements.

    À l’avenir, aimeriez-vous collaborer avec un créateur en particulier ?

    Sans hésiter une seule seconde, Jonathan Anderson. J’admire autant son travail et son esthétique que la façon dont il repousse sans cesse les limites du vêtement. Selon moi, c’est un designer au talent infini.

    Quels sont vos futurs projets ?

    Nous travaillons sur une édition limitée de notre “cache-clés”, à l’occasion d’une grande exposition qui aura lieu en mars au Musée de la Mode d’Anvers – un événement consacré au célèbre groupe des Six d’Anvers – car Karel et Katrin étaient très proches de ses membres, notamment de Dries Van Noten et d’Ann Demeulemeester. En parallèle, nous préparons également notre prochaine collection qui sera montrée à la Fashion Week automne-hiver 2026-2027.

    Les bijoux Wouters & Hendrix sont disponibles sur wouters-hendrix.com.