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Khalik Allah et les toxicomanes somptueux de Harlem

Photographie

Khalik Allah sillonne depuis l’âge de 14 ans les rues de New York avec son appareil photo. Ce vidéaste et photographe affilié à la prestigieuse agence Magnum pose un regard humaniste et engagé sur la réalité crue des quartiers défavorisés de la ville.

“Untitled” (2017), 125th Street. Film 35 mm. Khalik Allah, courtesy of Gitterman Gallery/Magnum Photos

Le soir, Sapphire erre souvent dans les rues de New York. Surtout à l’angle de la 125e Rue et de Lexington Avenue, plaque tournante du trafic de drogue où des silhouettes fantomatiques vagabondent et se défoncent au K2, un cannabis de synthèse cent fois plus puissant que la marijuana. Le cadre de la photographie ne permet pas vraiment de dire où cette fille sans âge a fait halte dans la nuit noire. On apprendra plus tard qu’elle rêvassait à quelques mètres d’un centre de désintox. Ironie du sort, on distingue une fin de joint qui rougeoie encore entre ses doigts... Sapphire est une fumeuse infatigable que Khalik Allah photographie souvent. Maintenant, elle lui fait entièrement confiance et le laisse approcher. Sur ce portrait de 2013, ses yeux injectés de sang fixent le ciel, tandis qu’un filet de fumée s’échappe de ses lèvres charnues. Sa pose rappelle celle de James Baldwin photographié dans sa maison de Saint-Paul-de- Vence trente ans plus tôt. Sous ses airs de Nina Simone complètement stone, elle semble savourer ce moment de quiétude, un court entracte qui la repose de son quartier moribond et chaotique. Qui sait à quoi elle pouvait bien penser à ce moment-là...

 

 

 

“La nuit, dans les rues de Brooklyn, le plus grand danger c’est votre propre peur.”

 

 

 

Khalik Allah n’aime pas commenter ce qui se cache derrière ses portraits : les photographies parlent d’elles-mêmes. S’il raconte volontiers l’histoire de Sapphire, c’est parce que cette image d’elle est sa favorite. À New York, des centaines de milliers de types déambulent chaque jour dans la ville, un appareil autour du cou. Mais aucun d’entre eux n’arrête son regard sur ces visages de l’Amérique que raconte le photographe : des anonymes aux traits émaciés et aux yeux écarlates, des rôdeurs aux dents jaunies par le tabac, des citoyens américains qui, d’ordinaire, n’attirent que l’objectif des caméras de surveillance... En 2015, Khalik Allah filme les nuits d’été étouffantes de New York et braque sa caméra sur ces “field niggas”, éponymes de son documentaire. L’expression est empruntée à un discours prononcé en 1963 par le défenseur des droits de l’homme afro-américain Malcolm X, porte-parole de la Nation of Islam. “DansMessage to the Grass Roots’, Malcolm X évoque les différents régimes d’esclavage, explique le photographe. Au XVIIIe siècle, on distinguait notamment les ‘nègres de maison’ des travailleurs des champs, plus fréquemment torturés et tués que les premiers : les field niggas. Les field niggas d’aujourd’hui mendient dans les rues de New York, esclaves de l’industrie capitaliste. Tout le monde se contrefout des gens que je photographie.”

“Sapphire Smoking” (2013). Film 35 mm. Khalik Allah, courtesy of Gitterman Gallery/Magnum Photos

À 35 ans, Khalik Allah ne s’est jamais considéré comme un photojournaliste. Pourtant, dans les rues malfamées de Brooklyn et de Harlem, il se comporte presque comme un reporter, partant à la rencontre des toxicomanes que beaucoup de citadins observent comme des bêtes sauvages, ne voyant en eux que la part terrifiante. “J’utilise mon corps en guise de zoom, analyse-t-il. Lorsque j’approche quelqu’un, je recherche sa part d’humanité, cette étincelle qui sommeille en lui et qu’il ne soupçonne même pas. Car je veux prendre une photo ‘avec’ lui. Lorsque j’ai son accord, je capture alors son regard. Les yeux ne sont-il pas les fenêtres de l’âme ?” Khalik Allah est toujours pleinement conscient de ce qu’il fait. Même s’il ne porte pas d’arme sur lui et n’a jamais été attaqué, il sait pertinemment qu’un ennemi invisible guette en silence dans la pénombre : “La nuit, dans les rues de Brooklyn, le plus grand danger c’est votre propre peur.”

 

 

 

“J’aurais pu me contenter de photographier des stars ou de produire de jolies images pour les magazines. Mais pour raconter quoi ? J’ai préféré me laisser avaler par la ville pour immortaliser les gens qui affrontent la rue.”

 

 

 

Né en 1985 d’un père iranien et d’une mère jamaïcaine, Khalik Allah est le troisième enfant d’une fratrie de cinq garçons. Originaires de Bushwick (Brooklyn), un quartier considéré jusqu’à la fin des années 90 comme l’un des plus dangereux de New York, ses parents quittent ce haut lieu du street art pour rejoindre Flushing, un endroit qui concentre une bonne partie de la classe moyenne du Queens. C’est ici que grandit ce gosse débrouillard qui exècre l’école et fait ses armes seul dans les rues de Harlem. En parcourant le berceau du jazz, il rencontre Eglin Turner et Jason Hunter – plus connus sous leurs alias Masta Killa et Inspectah Deck – deux des neuf membres du Wu-Tang Clan, groupe de hip-hop légendaire fondé en 1992. Sans jamais se séparer de son Caméscope, Khalik Allah, 14 ans à peine, les suit dans leurs pérégrinations new-yorkaises. Les rappeurs semblent amusés par ce gamin qui, avec sa caméra, explore les moindres recoins de la Grosse Pomme. C’est aussi à cette époque qu’il découvre la Five- Percent Nation, une branche de la Nation of Islam militant pour les droits des Afro-Américains, fondée en 1964 par un certain Clarence 13X, vétéran de la guerre de Corée. Au contact de ses membres, il en apprend davantage sur son identité de rejeton métis, et bientôt il ne jure plus que par les Twelve Jewels of Islam, une série de préceptes comme la liberté, la justice, l’égalité, le savoir ou la paix, censés aider à comprendre l’Univers... Cependant, ce n’est pas avant 2010 que Khalik Allah signe son premier film, Popa WU: A 5% Story, une immersion old school dans la psyché de Popa Wu, producteur de musique et mentor du Wu-Tang Clan.

 

 

 

“Urban Rashomon”, 2013, réalisé par Khalik Allah. Youtube.

Khalik Allah se souvient parfaitement de son premier appareil photo. Ce Canon AE-1 à boîtier métallique, lourd et entièrement manuel ne sortait de son étui qu’une ou deux fois par an, pour les réunions de famille de Noël et de Thanksgiving. Privilège suprême, son père avait accordé à Khalik le droit de s’en servir, contrairement à son frère aîné. Il va sans dire que le jeune homme se prend aussitôt de passion pour la photographie : “Si j’avais commencé avec un appareil photo plus performant, je n’en serais sans doute jamais arrivé là ! commente- t-il avec le recul. J’étais contraint de développer moi-même mes images et j’apprenais de mes erreurs. J’aurais bien sûr pu me contenter de photographier des stars ou de produire de jolies images pour les magazines. Mais pour raconter quoi ? J’ai préféré me laisser avaler par la ville pour immortaliser les gens qui affrontent la rue. L’espace d’un instant, j’infiltre leur vie. Mon travail prend alors tout son sens.

 

 

Ce grand amateur de hip-hop définit ses photographies comme des “paroles visuelles”. Personne n’a poussé Khalik Allah à devenir photographe, mais de grands maîtres de l’image ont évidemment transformé sa façon de voir le monde : Robert Frank, William Klein, Jamel Shabazz ou Daido Moriyama, qui compare la photographie à une véritable chasse. Du travail de Nobuyoshi Araki, il apprécie le caractère intrépide. De Henri Cartier-Bresson, il retient un ouvrage : The Decisive Moment (1952) [Images à la sauvette], qui lui a presque tout appris : “Il faut être constamment en alerte, et avoir de la considération pour ceux que l’on photographie”, lance le photographe en guise de credo. “Avant d’appuyer sur le déclencheur, il est impératif de s’impliquer physiquement.

 

 

Récemment affilié à l’agence de presse photographique Magnum Photos, Khalik Allah est soumis à une période d’essai de deux ans sous la houlette d’un de ses membres. À l’issue de celle-ci, il deviendra peut-être officiellement un “photographe associé”, employé à plein temps par la coopérative, sans en être encore sociétaire. Quoi qu’il en soit, Khalik Allah ne compte pas changer de voie pour autant et n’a pas “l’intention de shooter avec un Leica”, ces appareils haut de gamme dont se servent la plupart de ses confrères. Il en faudra également bien davantage pour qu’il abandonne Sapphire, Rondoo, Frenchie et tous les autres locataires temporaires des rues de Harlem, ces monstres somptueux et fragiles qui hantent quotidiennement l’angle de la 125e Rue et de Lexington Avenue.

 

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    Photo : Tony Krash, Ma’at grill by Erykah Badu x Lillian Shalom. Courtesy of Erykah Badu.

    Le public s’impatiente. Voilà vingt bonnes minutes que la plus vaste scène du festival We Love Green, dans le bois de Vincennes, reste silencieuse. Aucune trace d’Erykah Badu. Ce 1er juin 2019, l’ombre se fait rare et le mercure avoisine les 30°C. Comme à son habitude, la demoiselle est en retard... Après une douzaine de minutes interminables, les musiciens débarquent enfin. Les premières notes retentissent. La chanteuse entre en piste. Ceux qui ne la connaissaient pas restent bouche bée. “La classe !” siffle une rouquine en débardeur. La foule s’agite et fait trembler les rambardes de sécurité, beaucoup dégainent leur iPhone et le braquent en direction de la star.

     

     

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    Si le public lui pardonne si facilement ses frasques, c’est peut-être parce qu’elle se fait rare en France. Peut-être aussi parce qu’elle est la reine intouchable d’un genre qui affole les puristes : la nu-soul. Une musique hybride née au début des années 90, qui puise dans le jazz, le funk, le makossa camerounais et le hip-hop, alors que la soul pure est, à cette époque, entre les mains de Sade ou de Neneh Cherry. Nouvel héritage du label Motown revisité entre autres par les artistes Omar ou Maxwell, cette version contemporaine de la soul, aux accords riches – également nommée “new soul” ou “néo soul” – emprunte tout autant aux ballades romantiques de Curtis Mayfield qu’au scat d’Ella Fitzgerald, un jazz vocal teinté d’humour, bourré d’onomatopées, qui justifie le petit numéro d’Erykah Badu sur la scène de We Love Green.

     

     

    Autre caractéristique de la nu-soul, ce groove pur induit par des musiciens qui ne jouent jamais sur le temps, mais un peu après (ou un peu avant), des productions ultra décontractées que le chanteur Bilal définissait ainsi lors d’une interview pour L’Express : “La nu-soul est une musique chaude, jouée avec des instruments vivants. Un vieux violon plutôt qu’un synthé, c’est quand même autre chose.” Le pianiste Christophe Chassol se perd, quant à lui, dans les superlatifs lorsqu’il évoque l’album Voodoo (2000) de D’Angelo, un classique du genre qui utilise la technique du “tuilage” et superpose des couches d’une même voix à des tessitures différentes dans la pure tradition du gospel.

     

     

    Pour comprendre Erykah Badu, il faut comprendre la nu-soul. Ou peut- être est-ce l’inverse... Tout comme le jazz et la soul avant elle, la nu-soul s’inscrit dans une dimension sociopolitique, se faisant l’hymne d’une diaspora africaine fortement influencée par la spiritualité. À l’instar d’une Jill Scott, d’un Raphael Saadiq ou d’une Lauryn Hill, Erykah Badu n’est pas une simple interprète, mais incarne, avec ce genre post-soul, l’interconnexion des Afro- Américains et leur ancrage dans un espace plus vaste : le monde des afro-descendants. Dans les années 70, la soul était l’un des seuls attributs culturels de la jeunesse noire. C’est notamment pour cela que la nu-soul reprend l’instrumentation organique du hip-hop – un genre musical désormais souverain qui a joué un rôle phare dans l’émancipation des Afro-Américains.

     

     

    Erykah Badu, Badulla Oblongata, Sara Bellum, Analogue Girl in a Digital World, Fat Belly Bella, Manuela Maria Mexico... autant d’alias improbables attribués à Erica Wright, qui a depuis longtemps renié son “nom d’esclave”, transformant l’orthographe de son prénom (le kah égyptien signifiant “lumière intérieure”) et préférant “Badu”, terme justement inspiré des scats de jazz. Née à Dallas en 1971, elle foule sa première scène à l’âge de 4 ans pour danser auprès de sa mère, actrice. Passée par les free-styles de rap et les cours d’art dramatique à l’adolescence, elle se lance en solo avec brio et signe, dans la foulée, son premier contrat chez Kedar Entertainment. En 1996, Erykah Badu planche sur son premier album grâce à un certain Kedar Massenburg, grand ponte du label Motown, qui est d’ailleurs à l’origine du terme “nu-soul”. Son phrasé quelque peu nasillard, proche de celui de Billie Holiday, la pose comme la porte-parole de la révolution nu-soul amorcée par son alter ego masculin D’Angelo, dont elle fait alors les premières parties. En 1998, son premier opus, Baduizm, est sacré meilleur album de R’n’B aux Grammy Awards. Elle s’impose devant Mary J. Blige et Whitney Houston. Plus tard dans la soirée, elle décrochera le trophée de la meilleure chanteuse de R’n’B. À l’époque, un titre fait déjà fureur : On & On.

     

     

    Deux ans plus tard, Erykah Badu confirme son statut d’étoile montante avec l’opus Mama’s Gun, enregistré alors que sa relation avec André 3000 (membre du duo OutKast et père de son premier fils) bat de l’aile. Si la chanteuse meurtrie évite toute référence à sa vie privée dans sa musique, le rappeur évoquera son ancienne dulcinée dans son tube Ms. Jackson (2000). Avec six albums à son actif, tous salués par la critique, la musicienne fait un élégant doigt d’honneur aux héroïnes fades du R’n’B qui misent davantage sur les minauderies, le gloss et leur fessier de compétition.

     

    Erykah Badu par Marc Baptiste/Contour RA/via Getty Images.

    Du haut de son 1,50 m, Erykah Badu dénote par sa dégaine de sorcière excentrique complètement stone : un jour, des papillons de cuivre fourmillent dans son afro astronomique transformée en nuage frémissant. Un autre, de longues tresses se dissimulent sous un couvre-chef futuriste associé à une cape multicolore interminable. Un autre encore, une mèche de cheveux clandestine et tentaculaire s’échappe de son foulard de tête volumineux, héritage sombre mais assumé de la “loi tignon” de 1785 (“tignon” étant un vieux terme synonyme de “chignon”) qui obligeait les femmes noires à couvrir leur chevelure pour ne pas attiser le désir de l’homme blanc.

     

     

    Erykah Badu dénote aussi par ses engagements politiques. Par exemple, lorsqu’elle évoque, dans son titre A.D. 2000, le meurtre d’Amadou Diallo, immigré guinéen abattu en 1999 par la police de New York de 19 balles (sur 41 tirées) alors qu’il sortait son portefeuille pour s’identifier. Mais aussi lorsqu’elle lance la Fondation B.L.I.N.D. (Beautiful Love Incorporated Nonprofit Development), initiative solidaire qui propose aux jeunes de Dallas de découvrir la danse, le théâtre et les arts visuels. Dans son clip Window Seat (2010), elle s’essaie à l’effeuillage : dans ce long plan-séquence de cinq minutes, elle se dénude, le long du parcours effectué par John F. Kennedy le jour de son assassinat à Dallas, le 22 novembre 1963, avant de s’effondrer sur le sol, terrassée par une balle invisible...

     

     

    Près de vingt ans après la sortie de son premier album, Erykah Badu s’est lancée dans un étrange business en proposant Badussy, des bâtons d’encens qui répandent dans la pièce l’odeur de ses parties intimes. Vendus exclusivement sur son site Internet Badu World Market, les produits ont été écoulés en intégralité en une vingtaine de minutes. Rupture de stock. Un engouement qui confirme la légende urbaine selon laquelle, pour reprendre les termes de la chanteuse, ses parties intimes métamorphoseraient littéralement les hommes. Quant à la composition de ces bâtons, vendus 50 dollars la boîte de vingt, il s’agirait, entre autres, d’huiles essentielles, de résine séchée au soleil et de cendres de culottes découpées en petits morceaux...

     

     

    À l’aube de sa cinquantième année, l’interprète d’Orange Moon et de Gone Baby Don’t Be Long ne semble pas s’être assagie. Pendant le confinement, elle a créé sa propre plateforme de streaming pour diffuser des lives de qualité payants – de 1 à 3 dollars. Elle s’agitait en compagnie de ses musiciens, tous prisonniers d’énormes bulles en plastique gonflables justifiées par la distanciation sociale. Plus tard, elle s’affiche aux côtés du youtubeur déjanté Marc Rebillet et délire pendant une dizaine de minutes, la tête enveloppée d’une immense structure géométrique, pendant que son acolyte en caleçon hurle au micro. Bilan à ce jour : 880 000 vues.

     

    Erykah Badu par Horst Diekgerdes/Trunk Archive/PhotoSenso.
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