Chaque film d'action (ou presque) est incarné par la dualité entre bons et méchants. The Old Guard ne déroge pas à la règle. Porté par un groupe d'acteurs formant une armée de gentils immortels – à savoir Charlize Theron, KiKi Layne, Matthias Schoenaerts et Luca Marinelli –, le film met aussi en lumière un duo d'antagonistes : d'un côté Copley (Chiwetel Ejiofor), un ancien de la CIA terrassé par la mort de sa femme et si désemparé qu'il dévoile le secret du groupe de surhommes au second villain de l'histoire, Merrick (Harry Melling), le PDG d'un laboratoire pharmaceutique déterminé à découvrir la recette de l'immortalité. Numéro a rencontré les deux acteurs britanniques choisis pour incarner ce tandem malfaisant.

 

 

Numéro : Chiwetel, interpréter un méchant dans The Old Guard vous a t-il amusé ?

Chewetel Ejiofor : Amusé je ne sais pas mais, en tout cas, c’était très intéressant. J’ai eu beaucoup d’empathie pour le personnage de Copley dès la lecture du scénario : j’ai vraiment réussi à me mettre dans la peau du personnage et à comprendre ses choix, si mauvais qu’ils soient. Même s’il est très intelligent, ses actions sont très discutables en termes d’éthique et de morale.

 

 

Dans le film, l'un des personnages est condamné à passer des centaines d’années dans une cage… Harry, en tant qu’acteur, avez-vous peur de vous enfermer dans une seul et unique registe ? De ne se cantonner, par exemple, qu'aux comédies ou aux films d’action.

Harry Melling : Effectivement, la chose dont j’ai le plus peur est d’être enfermé dans une catégorie et refaire la même chose encore et encore. Enfin, peut-être pas… Finalement, peut-être que quelques acteurs apprécient cela. Moi, je serais frustré de ne me cantonner qu'à un seul registre : j’ai toujours voulu avoir une carrière diversifiée et jouer des personnages différents, sur différents médiums.

 

 

Il y a beaucoup de diversité dans le casting de The Old Guard. C’était important pour vous avant d’accepter le projet ?

C.E : C’est très important pour moi. Le cinéma, la télévision et le théâtre permettent de représenter tous types de vies, d’explorer différents domaines, différentes manières de penser et différents modes de vie. Cela passe par la représentation de personnes hétéroclites. La diversité à l’écran est très importante pour raconter les histoires de notre société : elle permet de se comprendre et de ne pas tomber dans des sentiments toxiques et très négatifs les uns envers les autres. Sans être seulement bénéfique pour les minorités, elle est nécessaire pour la société dans sa globalité et nous éloigne de la xénophobie et de la bêtise.

 

 

Vous avez tous les deux choisi de jouer dans plusieurs blockbusters. Pourquoi ? Pour l’argent ?

H.M : [rires]

C.E : [rires] C’est une bonne question. L’argent n’a jamais été une motivation pour devenir acteur. Vous savez, j’ai commencé par le théâtre et cela me convenait très bien. À l’époque, je ne pensais pas continuer ma carrière dans le cinéma… Pour être heureux, je n’ai besoin que d’une chose : continuer de m’épanouir dans mon art. Dans la vie, à mesure que l’on vieillit, nos priorités changent et on doit gagner de l’argent – il n’y a aucun mal à cela ! Je crois qu’accepter des projets pour de l’argent ne mène pas à de très grandes carrières… Finalement, il faut essayer de trouver un équilibre entre ce qui nous permet de vivre et ce qui nous stimule artistiquement.

H.M : Si à un moment de votre carrière, vous cessez de faire les choses pour le travail mais commencez à les faire pour l’argent, il faut vous arrêter. C’est vraiment la façon dont je vois les choses. L’argent n’a rien à avoir avec les rôles intéressants. Ce qui compte, c’est les scénarios et les personnes avec qui l’on travaille.

 

 

Dans vos carrières respectives, vous avez eu des rôles majeurs dans des films ayant connu un réel succès partout dans le monde. Vous Harry, dans la saga Harry Potter, et vous, Chiwetel dans Twelve Years a Slave – sacré meilleur film aux Oscars en 2014. Craignez-vous de ne plus décrocher des rôles si importants à l’avenir ?

C.E : L’angoisse de ne pas décrocher des rôles d’envergure ne doit pas prendre de place dans notre métier. En tant qu’acteur, les personnages que l’on incarne font partie de notre évolution à l’écran et personnellement, je ne veux pas être anxieux vis à vis de ce qui arrivera ou non par la suite. Ce serait autodestructeur de fonctionner ainsi. Il s’agit de travailler autant que possible, d’utiliser son talent et son expérience à bon escient et surtout, d’aller de l’avant.

 

 

The Old Guard (2020) de Gina Prince-Bythewood, disponible aujourd'hui sur Netflix.