1968. Au moment où ses camarades de la Nouvelle Vague déambulent parmi les étudiants révoltés du Quartier latin, et vont jusqu’à traverser la France en voiture pour annuler le Festival de Cannes, Agnès Varda est aux États-Unis, où elle observe un tout autre type de révolte. La communauté noire s’active autour du procès d’un leader des Black Panthers, Huey Newton. “Moi je viens de Los Angeles dès qu’il y a une manifestation, un meeting ou une marche. Je dis “French Television”, je souris et je circule librement parmi les grands Noirs qui font leur entraînement” proclame gaiement la réalisatrice face à la caméra, du haut de sa petite taille.

 

C’est à l’automne 1967 que débute “la période américaine” d’Agnès Varda. Elle se rend à San Francisco pour présenter son film Les Créatures dans un festival, avec son compagnon, Jacques Demy. Tous réalisent une série de films sur le sol américain dont Uncle Yanco (1967) ou Lions, Love And Lies (1969) pour l’une, Model Shop (1969) pour l’autre. C’est le producteur Tom Luddy, de la Pacific Film Archives, qui introduit la cinéaste française aux responsables du Black Panther Party, tandis que les manifestations à Oakland battent de plein fouet, autour du procès de Huey Newton. Emportée par l’excitation des manifestants, Agnès Varda embarque une caméra à pellicule de 16 mm prêtée par des activistes de l’Université de Berkeley, une équipe très réduite, et se rend chaque dimanche à Oakland, où les Black Panthers organisent des rassemblements dans les jardins publics.

 

Commandé par la télévision française, le court-métrage ne sera pas diffusé à l’automne 1968, de peur de raviver les flammes de mai dans le cœur des étudiants. Le documentaire, filmé au milieu des rassemblements, donne à voir l’organisation des Black Panthers, leurs revendications, et surtout, leurs slogans, repris par des gamins aux larges sourires. Agnès Varda et son assistant, Pascal Thomas, réussirent même à obtenir une interview de Huey Newton, qui séjournait alors en prison.

 

Pendant plus de vingt minutes, la réalisatrice se refuse à toute forme de commentaire personnel, laissant au spectateur une large partie de matière brute, des interviews d’activistes aux images capturées au cœur de la Californie.

 

Black Panthers, un film d’Agnès Varda, disponible sur le site de Trois Couleurs.