7 mai 2026

Pourquoi il faut absolument succomber à la voix enchanteresse de Solann

Autrice-compositrice- interprète, la jeune chanteuse Solann a fait irruption sur la scène musicale française avec un premier album envoûtant, Si on sombre ce sera beau, qui lui vaut immédiatement une Victoire de la musique. Mêlant confidences intimes et engagement féministe, ses textes et ses mélodies au charme ténébreux ont instantanément séduit une grande partie de sa génération.

  • par Nathan Merchadier

    portraits par Tarek Mawad , 

    réalisation Anna Castan.

  • Solann, une artiste habitée

    Depuis quelques années, une voix grave, légèrement voilée (parfois même spectrale) a fait irruption sur la scène musicale francophone. Celle de Solann, révélée grâce à ses reprises postées sur les réseaux sociaux avant même que la jeune autrice-compositrice-interprète n’impose ses propres chansons à la fois intimes et revendicatrices. Dans ses textes, l’artiste parisienne au visage gracile évoque tour à tour le désir, la solitude ou la colère, toujours enveloppés d’un même souffle poétique. “J’ai besoin que ce que je raconte soit vrai, même si je le romance. Sinon je n’arrive pas à écrire”, confie-t-elle.

    Naviguant entre néofolk et pop épique, son univers riche et foisonnant s’enracine dans une enfance profondément artistique. Fille d’un comédien et d’une mère à la fois costumière et styliste de formation, Solann grandit entre Paris, Avignon et quelques parenthèses ailleurs, notamment sur la côte ouest des États-Unis. Autant de paysages qui nourrissent aujourd’hui une musique habitée, comme traversée de souvenirs et de mondes fantasmés. “J’ai été élevée dans un environnement très artistique où il y avait toujours des films, des livres, de la musique. C’était un peu notre manière de comprendre le monde.

    Quand j’écris aujourd’hui, j’ai l’impression de retrouver les images que j’avais en lisant.” Solann

    Très tôt, la lecture devient pour elle un refuge. Elle cite volontiers, comme livre fétiche, Walden ou la Vie dans les bois (1854) de Henry David Thoreau, tandis que le film d’animation Le Roi et l’Oiseau (1980), de Paul Grimault, reste pour elle une réminiscence marquante. “Quand j’écris aujourd’hui, j’ai l’impression de retrouver les images que j’avais en lisant.” La musique, elle aussi, est un sujet sérieux, qui se transmet comme un héritage important. “J’ai un souvenir très précis des berceuses arméniennes que l’on écoutait souvent”, raconte avec nostalgie l’artiste signée sur le label Cinq7, qui accompagne notamment Bertrand Belin ou Philippe Katerine.

    Parmi ses influences musicales, elle évoque également la chanteuse américaine Stacey Kent, qu’elle écoute beaucoup durant son adolescence, son album Dreamsville (2001) demeurant pour elle “le plus gros doudou du monde”. Elle apprécie aussi la voix envoûtante de la Suédoise Lisa Ekdahl, tandis que sa mère lui fait découvrir les grandes divas pop comme Christina Aguilera.

    Les réseaux m’ont finalement aidée à m’accepter, car j’y ai vu beaucoup de physiques différents, et même des filles qui me ressemblaient.” Solann

    Lorsque, à la vingtaine, elle commence à poster ses morceaux sur les réseaux sociaux, l’objectif est modeste : “Au départ, je les diffusais juste pour travailler ma voix et mon instrument.” Mais la visibilité qu’elle obtient et les réactions qu’elle suscite changent son regard sur elle-même. “Les réseaux m’ont finalement aidée à m’accepter, car j’y ai vu beaucoup de physiques différents, et même des filles qui me ressemblaient. J’ai longtemps eu du mal avec ma maigreur, les gens pensaient souvent que j’étais malade, alors que cela n’a jamais été un choix…

    Son EP Monstrueuse (2024), puis le superbe album Si on sombre ce sera beau (2025), qui lui vaut de remporter une Victoire de la musique dans la catégorie Révélation féminine, confirment une plume acérée. “Dans certains milieux, on comprend très vite qu’on peut être remplacé du jour au lendemain, surtout quand on est une femme.

    Solann – Rome (2023).

    Des textes engagés et féministes

    Avec Romeun titre poignant qui cumule aujourd’hui plus de vingt millions d’écoutes sur Spotify, celle qui a pendant un temps été mannequin dénonce les violences faites aux femmes et les rapports de domination qui structurent encore la société. Un engagement qu’elle prolonge avec Thelma et Louise (2025), un morceau enregistré avec la chanteuse Yoa. Sur ce véritable hymne féministe, les deux artistes évoquent l’impunité dont bénéficient trop souvent les hommes, et font surgir, à l’unisson, une colère à la fois intime, collective et générationnelle.

    Sur scène, où elle se produit pourtant très fréquemment (elle a enflammé le Zénith de Paris en mars dernier après avoir enchaîné vingt-quatre dates en seulement trois mois), le doute reste persistant : “Juste avant de monter sur scène, je me dis souvent que je devrais ouvrir une boutique de fleurs et disparaître”, plaisante-t-elle. À 26 ans, Solann n’a sans doute encore écrit qu’une infime partie de son histoire. Mais déjà, ses chansons s’élèvent comme des incantations, laissant dans leur sillage une empreinte ardente et inoubliable.

    Solann est actuellement en tournée. Si on sombre ce sera beau (2025), disponible.


    Crédits :

    Coiffure : Brigitte Meirinho chez B. Agency. Maquillage : Maïna Militza chez B. Agency. Manucure : Magda S. Assistants photographe : Gia Soeder et Benedek Tikk. Assistant réalisation : Ching En Kao.