12 juin 2026

Quelles sont les productrices et chanteuses électroniques françaises à suivre en 2026 ?

Plus ouverte d’esprit et moins masculine qu’à ses débuts, la musique électronique laisse de plus en plus d’artistes féminines tracer leur route dans le circuit des clubs et des festivals. Tour d’horizon des Chloé, Nina Kraviz et Miss Kittin de demain, des chanteuses ou productrices passionnantes françaises qui se nomment Eloi, Malvina, Jenys ou encore TDJ.

  • par Violaine Schütz

    Marie Solvignon

    Nathan Merchadier

    et Ambra Flora.

  • Publié le 20 mai 2025. Modifié le 12 juin 2026.

    Tatyana Jane – KTM (2026).

    Tatyana Jane la première femme signée chez Ed Banger 

    Franco-Camerounaise élevée entre Douala et Paris, Tatyana Jane porte dans ses productions quelque chose que peu de monde a une mémoire sonore faite de bend-skin, de gqom (genre électronique qui a émergé en Afrique du Sud dans les années 2010) et de baile funk, taillée à coups de cassettes bricolées à l’enfance. Première femme signée chez Ed Banger en vingt ans d’existence, elle dévoile avec Discordia sorti ce 4 juin 2026 un disque sombre et physique, entre la trap et la techno poussée avec Lala &ce et Kay The Prodigy en invitées. Un projet construit dans l’ombre entre Paris, les soirées underground et le studio de Skrillex à Los Angeles. 

    Discordia (2026), de Tatyana Jane, disponible.

    u.r.trax ft.Sentimental Rave – everything goes crazy (2026).

    u.r.trax, prodige techno depuis ses 16 ans

    À seulement la vingtaine, la jeune prodige de la techno française u.r.trax a déjà un CV long comme le bras. Inès Boullant (de son vrai nom) s’est déjà fait un nom à l’international, se produisant, alors qu’elle était encore mineure, dans toute l’Europe. Depuis qu’elle a 16 ans, u.r.trax joue dans des soirées en vogue comme les Possession, la Boiler Room, la Concrete ou encore Dehors Brut à Paris. Elle a également sorti plusieurs EP efficaces et brutaux qui nous projettent directement au Berghain, le mythique club berlinois. 

    Depuis, elle a fait évoluer son univers bien au-delà de la techno pure. En 2026, elle dévoile l’EP the party is where u.r., un projet plus personnel et hybride, mêlant club music, pop expérimentale et sound design. Entre collaborations prestigieuses, tournées mondiales et incursions dans la mode (notamment avec Coperni) u.r.trax incarne une nouvelle génération d’artistes qu’il faut suivre absolument.

    the party is where u.r (2026), de u.r.trax, disponible.

    Jenys – Claim That Dress (2024).

    Les expérimentations drum and bass et EDM de la productrice russe Jenys

    À tout juste 24 ans, la productrice russe Jenys défie les genres en passant de l’hyperpop à la drum and bass en passant par l’EDM et le R’n’B. Désormais installée à Paris, l’artiste se produit régulièrement sur scène, aux quatre coins de l’Europe, lors de performances toujours envoûtantes. Quelques années après avoir partagé son premier EP intitulé S.ncerity (2021), l’artiste talentueuse dévoilait en grande pompe le bouillonnant Dive Urgent en 2024, un son second EP qui évoque la revendication de son identité en tant que femme. Entre les deux, une présence scénique qui s’est construite lentement, mais sûrement, aux quatre coins de l’Europe. En mai 2026, elle dévoile brick, un nouveau single.

    brick (2026), de Jenys disponible.

    DJ, Danny L Harle – Shoreline (2025).

    TDJ, la productrice qui ressuscite la trance

    La Montréalaise aux allures de mannequin Geneviève Ryan Martel, mieux connue sous les noms de Ryan Playground et TDJ (Terrain de Jeux), a déjà à son actif plusieurs singles et EP. Celle qui a commencé le chant et la guitare à l’âge de 14 ans a le don pour allier des sonorités emo et pop à de la techno, de l’eurodance et de la trance. Comme une capsule temporelle, sa musique nous replonge directement dans les années 90 et 2000, quand le DJ et producteur néerlandais Tiestö faisait danser la planète.

    Interviewée par Numéro en 2024, la productrice confiait à Numéro« Avec cette amie, on faisait des escapades de nuit avec de la trance en fond sonore. Puis j’ai rencontré Lucas, mon partenaire, mon associé, mon gérant, mon ami, mon tout. Lui aussi a un amour prononcé pour ce style de musique donc on s’est dit « ok let’s go, on fait une team et on se lance » et le projet TDJ est né. » En mars 2026, le single I Am (TDJ Rework) confirme que la machine est toujours en marche, avec une tournée estivale à la clé.

    I Am (TDJ Rework), de TDJ, disponible.

    Marie Davidson – Sexy Clown (2025).

    Marie Davidson, l’artiste immanquable de la scène électronique

    En 2018, avec Working Class Woman, la productrice canado-française Marie Davidson a claqué la porte du club en y laissant son empreinte. Loin des clichés de la techno, elle distille une électro frontale, lucide, traversée d’ironie et de réflexions sur l’épuisement moderne. Entre spoken word glacial et beats industriels, la musicienne joue de sa voix comme d’un scalpel aiguisé. Son projet Renegade Breakdown (2020), en collaboration avec l’Œil nu, montrait une artiste en perpétuelle métamorphose. Entre cold wave, synthpop et introspection postcapitaliste. Récemment, c’est avec son sixième opus City of Clowns (2025) que Marie Davidson surgit. Une architecte de compositions plus agressives, plus spontanées, plus métalliques. En témoigne l’excellent titre Sexy Clown.

    City of Clowns (2025) de Marie Davidson, disponible.

    Minuit Machine – Party People (2025).

    Les compositions élégantes de Minuit Machine

    Minuit Machine, c’est l’élégance noire de la coldwave contemporaine. Fondé à Paris en 2013 par Hélène de Thoury et Amandine Stioui, le projet est aujourd’hui porté en solo par Amandine, qui en incarne désormais toute la densité, voix mélancolique, synthés glacés, rage sourde. Albums après albums (InfrarougeDon’t Run from the Fire), elle affine un son aux frontières de la darkwave et de l’EBM, quelque part entre DAF et Boy Harsher, mais avec une précision toute parisienne. Sorti en 2025, Queendom s’autorise quelques élans pop pour rendre la coldwave plus efficace, plus accessible, sans jamais trahir l’obscurité qui les a définis. Un nouvel album est d’ailleurs en chemin.

    Queendom (2025) de Minuit Machine, disponible.

    Eloi – Rugir Moteur (2025).

    Eloi, des Beaux-Arts à une reprise électro osée de Wejdene

    Inspirée par les sonorités coldwave, électro, pop-rock, synthpop et hyperpop, la jeune chanteuse et productrice française diplômée des Beaux-Arts de Paris Éloïse Leau alias Eloi, 26 ans, détonne dans le paysage électronique. La compositrice et interprète s’est fait connaître il y’a deux ans avec une reprise étonnante et réussie de Wejdene, intitulée Jtm de ouf. La jeune chanteuse française adulée par les adolescents était alors transportée du côté de l’hyperpop et de l’eurodance.

    Après deux EP (dont Pyrale sorti en 2022) et des prestations remarquées dans des festivals (Nuits sonores, Les Inouïs du Printemps de Bourges, Art Rock, Macki Music), Eloi a sorti son premier album, Dernier Orage (sur le label Romance/Novembre Eternel), le 27 octobre 2023. Avec Blast (2025) son deuxième album en huit titres electroclash aux basses féroces et aux élans new wave, elle s’en émancipe. Queer et libre, elle avait enflammé la scène de l’Olympia en avril dernier, la première étape après une longue série de concerts.

    Blast (2025), d’Eloi disponible.

    Malvina – Echoes with Jehnny Beth – ARTE Concert (2026).

    Malvina : le côté sombre de l’électro

    Pianiste, productrice, chanteuse, pole dancer et cheffe d’orchestre, Malvina Meinier alias Malvina multiplie les casquettes. Cette artiste française signée sur le label Pop Noire (très souvent vêtue de noire) a sorti plusieurs albums dont un intitulé Mercedes sorti en 2024, oscillant entre électro, post-punk, techno et hyperpop très réussis. Évoquant autant Miss Kittin que Charli xcx, elle façonne un univers qui tient autant de la trap que du metal assez fascinant.

    Dans la foulée, elle prolonge ce projet avec des remixes en 2025 et de nouvelles sorties en 2026, confirmant une trajectoire en pleine expansion. Avec de nouvelles collaborations (notamment avec Jehnny Beth) et plusieurs tournées.

    Mercedes (2024), de Malvina, disponible.

    Fantastic Twins – False Index, Speicher 139 (2026).

    Fantastic Twins, la productrice playlistée par Michel Gaubert pour un défilé Dior

    La productrice française exilée à Berlin Julienne Dessagne alias Fantastic Twins peut se targuer d’avoir eu deux de ses titres playlistés par Michel Gaubert pour un défilé Dior. Celle qui a travaillé avec des pointures de la musique électronique telles que Superpitcher et The Juan MacLean a sorti un nouvel album très réussi en 2023 intitulé, Two is not a Number, qui se situe aux confins de la techno, synthpop et de la new wave.

    Two Is Not A Number (2023), de Fantastic Twins disponible.

    Morfine – Credo (2022).

    Morfine : de journaliste à productrice remarquée

    Connue en tant que journaliste, la Niçoise Estelle Morfin alias Morfine a réussi sa transition vers le métier de productrice. Elle oscille aujourd’hui entre deux identités musicales, officiant sous l’alias Morfine ou sous le nom de Roman Delore. Morfine est plus adepte des sonorités pop magnifiées par sa voix cristalline. Du côté de son projet Roman Delore, l’artiste s’aventure vers la techno, l’ambient et la musique expérimentale. La jeune femme compte désormais plusieurs EP à son actif. En plus d’être résidente sur la radio Rinse France et son premier album, Blinding Nights (signé Morfine), sorti en avril 2022, l’a imposée un peu plus dans les noms qui comptent sur la jeune scène électronique française. 

    Lila Ehjä – Vague (2025).

    Lila Ehjä : la réponse française à Boy Harsher

    La charismatique chanteuse parisienne Lila Ehjä trace un sillon bien elle dans le paysage de la musique française. Celle qui s’est spécialisée dans les concerts solo (en tant « one-girl-band » selon son expression) excelle dans le versant le plus obscur des musiques synthétiques. Mélangeant cold wave, électro-rock et post-punk, l’artiste a sorti un album très réussi, Clivota, en janvier 2024, se rapprochant des sonorités de groupes comme Boy Harsher et de la minimal wave des années 80.   

    Depuis, Lila Ehjä continue d’en défendre l’esthétique sombre sur scène, enchaînant concerts en France et en Europe en 2025 et 2026, et dévoilant plusieurs clips issus de l’album. Active dans le circuit live et la scène cold/dark wave, elle confirme son statut d’artiste culte émergente, portée par une identité DIY radicale et une intensité scénique des plus mémorable.

    Clivota (2024), de Lila Ehjä, disponible.

    Gonthier – Le rythme de la nuit (2025).

    Gonthier, une pépite l’électro-pop française

    Sophie Gonthier, plus connue sous le nom de Gonthier (et avant cela, d’Anything Maria) a vécu à New York, en Allemagne et à Marseille avant de s’installer depuis un petit moment déjà à Paris. L’auteure-compositrice-interprète qui a collaboré avec Nan GoldinGenesis P-Orridge, Yuksek et Lee Ranaldo de Sonic Youth partage son temps entre ses activités de DJ (notamment lors des soirées queer Barbieturix et au Rosa Bonheur, à Paris) et celles de productrice.

    Après un single entraînant intitulé I don’t fit in, elle a sorti un EP pop-house aux textes poétiques, Le Rythme de la Nuit (2025), parfait pour le dancefloor. On y retrouve notamment le mini tube The Party’s Over, titre électro-pop, très influencé par les années 80, évoquant autant le changement climatique qu’un after moite. Et on attend avec impatience son premier album sous le nom de Gonthier, qui devrait voir le jour en 2026.

    Le rythme de la nuit (2025) de Gonthier, disponible.

    Aja – Flocontemple (2024).

    Aja, la productrice bretonne échappée du groupe La Femme

    Après avoir accompagné pendant quelques années les membres du groupe français La Femme, la musicienne Clémence Quélennec – qui officie désormais sous l’alias d’Aja – distille çà et là de nouveaux projets de musique ambient, infusés par l’énergie de la nature. Il y a quelques semaines, l’artiste originaire de Quimper dévoilait l’album Ajasphère vol II, largement influencé par ses quatre dernières années passées au Maroc et dans lequel elle a intégré les sons de la mer et des oiseaux.

    Flocontemple (2024), d’Aja, disponible.