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Que vaut le nouvel album des Strokes, Reality Awaits ?
Vingt-cinq ans de carrière, une poignée de classiques gravés dans le marbre, une légende suffisamment confortable pour vivre sur ses acquis… Six ans après The New Abnormal, qui remettait le groupe sur orbite, les Strokes confient à nouveau les clés de leur grosse cylindrée, désormais légèrement cabossée par le temps qui passe, au producteur de génie Rick Rubin. Spoiler : le Gandalf du son US transforme leur nouvel album, Reality Awaits, en merveille sensiblement dark.
par Claire Stevens .

Le grand retour des Strokes avec l’album Reality Awaits
Le Costa Rica, contrée verdoyante aux paysages spectaculaires où Reality Awaits, le nouvel album des Strokes, a vu le jour, avait-il été choisi pour ses vertus régénératrices ? On en douterait presque au vu du résultat, aussi paradoxal que le patronyme du groupe qui en a accouché. Parachuté au milieu de nulle part, le groupe de rock américain originaire de New York n’a pas eu d’autre choix que de faire peau neuve, semble-t-il, pour un résultat qui prend tout le monde par surprise.
Six ans après le très beau The New Abnormal (2020), Reality Awaits replace le quintet sur les rails du succès, dans une formule dégraissée et comme libérée de ses vieux gimmicks… Car ce nouvel album n’a, en fin de compte, pas grand-chose à voir avec ses deux premiers extraits : derrière Going Shopping et Falling Out of Love, trompeurs chevaux de Troie dévoilés au printemps, se cache un opus souvent noir et désespéré.

Un disque désespéré
Enfant riche déprimé, romantique contrarié, le leader des Strokes Julian Casablancas n’a jamais complètement échappé à son blues existentiel, motif récurrent sur plus de deux décennies de carrière. Premier choc ici, dans cette droite logique : la complainte acide Psycho Shit qui ouvre le disque comme un constat d’échec. Dine N’Dash, qui n’est pas sans évoquer Radiohead de Kid A, installe à sa suite un spleen baudelairien qui ne quittera pas le disque. Julian Casablancas y donne l’impression de tout balancer aux orties – feeling encore renforcé par le recours massif au vocoder, présent tel un fil rouge sur la majorité des titres… Contre toute attente, le filtre synthétique fait basculer la tessiture vocale limitée du chanteur dans des abysses de tristesse.
Mélodie faussement désinvolte, guitares tranchantes, rythmique nerveuse : il faudra attendre Lonely in the Future pour retrouver la grammaire originelle des Strokes. Le groupe renoue alors avec la formule qui lui valut d’être sacré sauveur du rock au début des années 2000 (qualificatif aussi flatteur qu’embarrassant dont il ne s’est jamais tout à fait défait)… Mais cette flambée fait figure d’exception, Reality Awaits préférant in fine l’épure à la démonstration.

Un opus rock qui opte pour l’adage less is more
Equarrir le propos : telle est la ligne de conduite choisie par le combo et son mentor producteur Rick Rubin, déjà aux commandes du somptueux The New Abnormal, et dont l’album Reality Awaits apparaît comme le versant opposé. Le fameux dicton less is more semble être devenu le mot d’ordre de Julian Casablancas et consorts, les quatre musiciens s’effaçant ostensiblement derrière leur chanteur au fil de ces neuf titres – autre surprise de taille de cette livraison.
Ça n’est pas un scoop : les Strokes ont par le passé fait les frais de conditions d’enregistrement désastreuses (dixit leur guitariste Nick Valensi), largement liées à leurs relations interpersonnelles. L’enregistrement de leur quatrième album, Angles, se fera sans chanteur, le groupe au bord de l’explosion se contentant alors de communiquer par mails. Ambiance…
Un septième album sur lequel la magie opère toujours
Fine mouche, Rick Rubin avait-il senti le vent venir quand il a installé ses membres dans une bicoque isolée d’Amérique Centrale ? Coupés du monde et confrontés au vide environnant, les Strokes ont été obligés de se retrouver. Et de jammer des jours durant, pratique à laquelle ils ne s’étaient pas adonnés depuis des lustres… Jusqu’à ce que la magie opère enfin. Passée la déflagration des premiers titres, les très beaux Liar’s Remorse ou The Fruits of Conquest, vaguement solaires, joueront la carte de l’éclaircie. Dépouillée, la ballade Tyrants of the Mellow Moon boucle cette salve de titres à l’esthétique radicale et au propos désabusé.
The Strokes : une caresse, mais aussi un coup porté en VF – double sens qui dit finalement tout de ce septième album. Malgré certaines récentes prestations jugées décevantes, et l’absence de Nick Valensi lors des dates de concert à venir, le groupe qu’on a jugé plus d’une fois moribond, voire foutu, n’a pas dit son dernier mot. Reality Awaits aura, comme d’habitude, ses adorateurs et ses détracteurs. Nous faisons partie des premiers.
Reality Awaits (2026) de The Strokes. Le groupe sera en concert à l’Accor Arena, à Paris, le 22 octobre 2026.