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James Blake nous dévoile les secrets de son nouvel album, Trying Times
James Blake dévoilera Trying Times, son septième disque studio et premier album indépendant, ce vendredi 13 mars 2026. Le producteur britannique, qui a récemment dénoncé les dérives de l’industrie musicale, conviait son public et une poignée de journalistes à une écoute privée du disque, à la fondation Lafayette Anticipations, ce lundi 9 mars 2026. Numéro y était et vous dévoile les secrets de fabrication de ce puissant opus.
par Alexis Thibault,
Publié le 29 janvier 2026. Modifié le 12 mars 2026.

James Blake, un génie qui a collaboré avec Frank Ocean et Rosalía
Entre minimalisme électronique et soul en apesanteur, l’auteur-compositeur-interprète et multi-instrumentiste James Blake, 37 ans, s’est hissé au rang de producteur clé de sa génération… Mais comment le résumer ? Lauréat de deux Grammy Awards (meilleure performance rap pour King’s Dead de Jay Rock en 2019 et meilleure chanson rap pour Scientists & Engineers d’André 3000 et Killer Mike en 2024), on lui doit d’innombrables productions marquantes. Citons Blonde de Frank Ocean (2016), DAMN. de Kendrick Lamar (2017), 4:44 de Jay-Z (2017) ou encore Lemonade de Beyoncé (2016). Il a aussi collaboré en 2019 avec Rosalía.
Sa carrière solo trace quant à elle un sillon unique. Son premier album, James Blake (2011), éminemment salué par la critique, pose les bases d’un son immédiatement reconnaissable oscillant entre dubstep minimaliste et soul décharnée. Overgrown (2013), son deuxième disque solo, remporte plus tard le prestigieux Mercury Prize, tandis que The Colour in Anything (2016), double album de dix-sept titres coproduit avec Rick Rubin, marque une expansion significative de sa palette sonore… À l’époque, James Blake, c’est déjà une signature. Son opus de 2016 dévoile une pop électronique tantôt fragile, tantôt monumentale, un gospel qui se fracasse sur la UK bass, les synthétiseurs éthérés et une mélancolie hypnotique.
Ses derniers opus en date s’intitulent Playing Robots Into Heaven (2023) et Bad Cameo (2024). Le premier nous replongeait dans les textures granuleuses et les rythmes hypnotiques de ses débuts, comme une reconnexion avec l’underground UK. Le second, improbable collaboration avec le rappeur d’Atlanta Lil Yachty, façonnait plutôt un univers onirique où rap alternatif, ambient et electronica s’entremêlaient, défiant toute catégorisation.

L’émancipation d’un producteur
Cela fait deux ans qu’il a quitté Republic Records, une filiale du groupe Universal qui a notamment accompagné Taylor Swift, The Weeknd ou encore Drake. James Blake reprend donc les rênes de sa carrière. Tournées, distribution, gestion… L’artiste britannique contrôle désormais chaque maillon de la chaîne via son propre label : Good Boy Records.
En disséquant les mécanismes de l’industrie, le musicien découvre effaré l’envers du décor. “Des pans entiers du modèle sont contraires à l’éthique, responsables d’un transfert massif de richesse au détriment de l’artiste, dénonce-t-il dans les colonnes de Variety. “Ce n’est pas qu’il n’y a pas d’argent. Il est simplement détourné vers les mauvais endroits. Et le système est conçu pour vous cacher cette information.”
Un réquisitoire cinglant que son homologue Labrinth avait déjà esquissé dans les pages de Numéro, en 2024. “James Blake s’est plaint de Spotify. Comme beaucoup d’autres plateformes, elle ne soutient pas suffisamment les artistes. Et c’est vrai ! Même avec des millions de streams, la plupart d’entre eux ne parviennent pas à mener leur carrière convenablement.” Et de poursuivre : “Ils envisagent alors de partir en tournée avec une pédale loop, supposée remplacer tout un groupe de musique. Parce qu’ils n’ont pas les moyens de faire autrement.”
Trying Times, un album puissant créé dans l’indépendance
Désormais affranchi des contraintes de l’industrie, James Blake poursuit sa route avec Trying Times, son septième album disponible dès le vendredi 13 mars 2026 sur son propre label, Good Boy Records. En grande partie enregistré aux studios Real World, fondés par Peter Gabriel, ce disque marque un tournant dans la carrière du producteur britannique.
Après deux ans et demi de réflexion et un retour aux sources à Londres (il habitait jusqu’alors à Los Angeles), le musicien dévoile treize titres intimes, traversés par les incertitudes de notre époque. À propos de ce retour aux sources, il déclare : “Il y a des choses que j’ai adorées là-bas, et je serai toujours reconnaissant du temps que j’y ai passé. J’y ai trouvé un lieu de guérison. J’étais en convalescence, donc, pour moi, c’était comme aller en cure de désintoxication. De l’autre côté, Londres est un endroit que je trouve très apaisant. C’est plus enrichissant spirituellement pour moi, car j’y ai grandi. Ça me ramène à mes racines, à ma famille.”
Après avoir quitté Republic Records, l’artiste assume pleinement son indépendance, quitte à en payer le prix. “Je préfère encaisser un revers financier plutôt que de me réveiller chaque matin en en voulant à ceux qui décident de ce que je fais”, explique-t-il lors d’une écoute privée organisée à la fondation Lafayette Anticipations, à Paris, le 9 mars dernier.
Cette liberté retrouvée se ressent à plusieurs moments dans l’album : “Sur ce disque, j’ai fait plus attention à la construction des chansons, à la poésie des paroles. Parce que chaque mot compte. C’est l’un des enseignements marquants que j’ai acquis auprès de très bons rappeurs avec lesquels j’ai collaboré”, poursuit-il, après avoir performé une version live déchirante de son titre Trying Times devant un public très ému.

Un septième disque entre soul spectrale et pulsions électroniques
Musicalement, ce septième disque prolonge les expérimentations sonores qui ont fait le succès de James Blake, tout en les rendant plus limpides. L’introspectif Death of Love, enregistré avec le London Welsh Male Voice Choir, ouvre le disque sur une dimension quasi liturgique. Cette veine spirituelle se retrouve plus tard dans la déclaration gospel I Had a Dream She Took My Hand, tandis que le titre Make Something Up s’impose comme une forme de méditation sur la créativité, dans une époque qui semble (parfois) à court d’idées.
Plus tard, James Blake renoue avec ses racines électroniques. Le très entraînant Days Go By propose une atmosphère trip-hop où se mêlent funk et pulsations house, et Doesn’t Just Happen offre une démonstration hip-hop très convaincante, en featuring avec le rappeur britannique Dave. Parmi les (rares) invités de ce disque figure également la chanteuse Monica Martin, ancienne membre du groupe Phox, déjà présente sur Show Me en 2021 et ici invitée sur le lancinant Didn’t Come To Argue…
Entre soul spectrale et textures électroniques, Trying Times apparaît ainsi comme un album charnière. Il pourrait même être le plus personnel de James Blake et, à en croire ses dires, le plus authentique. “Avec chaque nouvel album, on a l’impression de devenir meilleur… mais celui-là, c’est vraiment le plus honnête que j’aie fait” conclut-il, un sourire en coin.
Trying Times de James Blake, disponible le 13 mars 2026.