26 juin 2026

Qui est Alewya, la chanteuse et plasticienne derrière l’un des plus beaux albums de 2026 ?

De l’Éthiopie à l’Égypte, en passant par la Grande- Bretagne, la chanteuse, compositrice et productrice londonienne Alewya a été bercée par une diversité de cultures et d’influences. Elle dévoile cet été Zero, son premier album où textures électroniques, R’n’B, afrobeat et drum and bass se rencontrent dans un même élan.

  • par Nathan Merchadier.

  • Alewya, la chanteuse et plasticienne à suivre en 2026

    L’art d’Alewya échappe obstinément aux points d’entrée les plus évidents. On pourrait dire qu’elle est chanteuse, productrice, compositrice, plasticienne aussi, mais ce serait déjà la réduire. L’artiste enchanteresse – ex-mannequin – aux allures de gourou, révélée en 2020 par l’incandescent Sweating, préfère, elle, une définition plus trouble : “Une peintre qui fait de la musique.

    Née en Arabie saoudite, d’origine éthiopienne et égyptienne, élevée à Shepherd’s Bush, dans l’Ouest londonien, Alewya, 30 ans, est l’une de ces musiciennes virtuoses que l’on qualifie souvent d’inclassables, tant ses morceaux, aux allures d’incantations mystiques, parviennent à nous plonger dans un état de transe hypnotique.

    Véritable figure mouvante, entre les continents, les héritages et les médiums, rien chez elle n’est fixe, pas même le moment où elle décide de façonner un album. Si bien que lorsqu’on lui demande pourquoi son tout premier disque, intitulé Zero (l’un des meilleurs albums de l’année, jusqu’ici), ne sort que le 26 juin 2026, cinq ans après l’EP prometteur Panther in Mode (2021), elle hausse presque les épaules à travers sa réponse : “C’est une question de feeling. Rien de bien compliqué. On le sait, tout simplement. Et quand on est prêt, on y va.

    Alewya – Mektoub (2026).

    Un premier album impressionnant intitulé Zero

    Ce rapport très instinctif à la création s’impose comme le cœur battant de son travail. Zero, son premier opus peuplé de sonorités électroniques et de rythmiques héritées de l’afrobeat, produit avec Shy FX, pionnier londonien du drum and bass, n’est pas pensé comme un énième album-concept.

    Il lui aura fallu trois ans pour émerger, frôlant plusieurs fois sa propre disparition. Son titre, quant à lui, vient d’un livre qu’Alewya découvre à 19 ans, sur l’histoire du zéro dans le domaine des mathématiques. Une notion venue d’Inde, passée par le monde arabe avant d’entrer en collision avec l’Occident. “J’y ai lu cette phrase : ‘Zero is infinity’s twin.’ Et ça m’a frappée, car j’étais précisément à ce carrefour de ma vie où je devais faire face à mon propre zéro.

    Le zéro, chez Alewya, n’a donc rien d’un objet vide. Il s’apparente plutôt à un endroit paradoxal où le monde semble s’être effondré, mais où tout redevient envisageable. “Étrangement, j’avais l’impression que tout était possible. Plus encore que lorsque j’avais davantage de problèmes dans ma vie.”

    Beyoncé et The Strokes en influences

    Pour structurer ce chaos, elle parle decinq piliers créatifs” qu’elle invoque au quotidien : ses racines, l’instinct, l’espace, la déconstruction et l’affirmation féminine. Autant de leitmotivs qui s’apparentent à des forces imprévisibles. “Selon les jours, selon l’expérience, un aspect ou un autre va prendre le dessus.

    Cette circulation permanente entre les énergies et les influences, Alewya la tient d’une éducation sonore lointaine. Pour cette ancienne mannequin, la musique n’a jamais été un territoire totalement figé, mais plutôt une zone de collisions où les récitations coraniques, les chants éthiopiens, puis très vite la pop mainstream (Beyoncé, Destiny’s Child) et enfin les disques de son frère aîné, happé par The Strokes, Deerhunter ou encore le duo anglais Mount Kimbie, s’entrechoquent, formant un véritable maelström.

    Sans oublier la matrice londonienne dans laquelle elle grandit, entre grime, soul, R’n’B et garage. Plus tard encore, vient la découverte du drum and bass par le biais d’un certain Shy FX, qui l’accompagne toujours aujourd’hui.

    Alewya feat Moses Boyd – The Code (Live Session) (2026).

    Un lien particulier avec la France

    Sur scène, cet entremêlement prend souvent une dimension quasi rituelle. C’est du moins ce que racontent les quelques chanceux qui l’ont déjà vue s’y produire. Alewya nuance : “Parfois, je ne parviens pas à atteindre cet état. Je suis très inconstante.” Finalement, elle cherche moins à contrôler la foule qu’à s’y perdre, suffisamment pour que quelque chose finisse par naître en dehors de toute maîtrise.

    C’est cette même tension qui traversait justement Panther in Mode, son premier projet qui l’a révélée en 2021. La réception de cet EP, notamment en France, l’a surprise elle-même. “J’étais très étonnée, mais le public hexagonal est resté depuis l’un de mes plus fervents soutiens.

    Elle ressent une affinité particulière avec cette audience qui valorise “l’audace et l’excès” dans le champ artistique. Depuis, elle s’est embarquée dans une tournée internationale, a collaboré avec le batteur Moses Boyd sur le titre envoûtant The Code (2021), a joué sur les planches du mythique festival de Glastonbury et à la Boiler Room de Berlin, et a fait la première partie de son homologue britannique Little Simz.

    Alewya – Night Drive ft. Dagmawit Ameha (2025).

    Une artiste adoubée par Little Simz

    Mais rien de tout cela ne l’a figée dans une trajectoire claire. Au contraire. Là où son EP Panther in Mode était frontal et brûlant, son album Zero travaille les notions de dépouillement et de vide. Alewya y explore un territoire plus intérieur, traversé par des thèmes comme la reconstruction ou l’acceptation de la vulnérabilité.

    Un geste quasi philosophique, à une époque où les algorithmes conditionnent souvent le succès des artistes, que l’on retrouve sur le single Night Drive, perçu tel un hommage discret à la house de Detroit. “Ce titre est minimaliste et intuitif. On n’a pas cherché à le complexifier inutilement.” Cette notion de lâcher-prise traverse d’ailleurs tout le disque, et, plus largement, toute la démarche de l’artiste, jusqu’à ses peintures, qui précèdent parfois sa musique. “Cela me permet de faire naître des images que je transforme par la suite en mélodies.”

    Un concert hypnotique à We Love Green

    Lorsqu’on lui demande ce qui l’inspire aujourd’hui, Alewya ne cite aucun nom et préfère parler de courage. “Cela peut être un homme ordinaire qui décide de se lancer dans la musique à 70 ans. En réalité, le domaine importe peu, car, en tant qu’êtres humains, nous avons toujours quelque chose à franchir. On est déjà traversé par tellement de peurs, de doutes et d’obstacles”, confie-t-elle. Et si l’on tente de réduire son art à ses origines, elle refuse une fois encore le raccourci. L’Éthiopie et l’Égypte sont là, Londres aussi. “C’est tout simplement mon sang, mon ADN. Ces influences se rencontrent de façon très naturelle.”

    Le 6 juin, sur la scène du festival We Love Green, l’artiste qui dynamite le paysage musical londonien a éprouvé une nouvelle fois le lien si spécial qui la relie à son public français. Le reste, elle le laisse volontairement en suspens. Loin d’elle, l’objectif d’une carrière toute tracée.

    La talentueuse musicienne ne se fie qu’à un seul guide, elle-même, s’aventurant là où son instinct l’entraîne, mue par le désir d’expérimenter, de s’engouffrer dans des zones flottantes, parfois opaques. Cette audace, qui perce dans toutes ses compositions, a toujours guidé son parcours, faisant d’elle cette présence libre, mystique, impossible à contenir. Une artiste fascinante et unique qui n’a pas fini de nous surprendre.

    Zero (2026) d’Alewya, disponible.