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3 livres pour en finir avec la tyrannie du bon goût
Alors que les Labubus, les Crocs et les tubes de Jul gagnent du terrain, il est temps d’en finir définitivement avec la tyrannie du bon goût. On peut, pour peaufiner ses arguments contre les préjugés, commencer par lire ces essais qui déconstruisent les stéréotypes sur une supposée culture supérieure et une esthétique populaire jugée vulgaire.
par Violaine Schütz.
Publié le 20 janvier 2026. Modifié le 1 avril 2026.

Hating pop music doesn’t make you deep disait le slogan inscrit sur un tee-shirt de la pop star (et ex-TikTokeuse) Addison Rae. Pourquoi aimer la pop ferait de nous des êtres moins intelligents ? Et si on arrêtait d’employer le terme guilty pleasures concernant nos goûts musicaux et cinématographiques ? Pourquoi aurait-on honte de dire que l’on aime d’anciens candidats de la Star Academy ? Faut-il écouter des morceaux seulement en vinyles sur une platine hors de prix et ne regarder des films que sur grand écran ?
Comment en finir avec la tyrannie du bon goût ?
Faut-il mentir sur ses groupes et ses films préférés sur une application de rencontres ? A-t-on le droit de lire Cioran et de regarder Love is Blind ? De se passionner en même temps pour Britney Spears et Mozart ? Si vous vous êtes déjà posé l’un de ces questions, ces trois ouvrages devraient vous intéresser. Et vous permettre – au passage – d’en finir avec la culpabilité… Tout en répondant pertinemment à vos détracteurs.
Un livre interrogeant notre snobisme musical
Nos goûts musicaux sont souvent brandis comme un outil de distinction sociale. Une réflexion déjà défendue par le sociologue Pierre Bourdieu dans La Distinction (1979), qui démontre que la domination des classes supérieures passait en partie par la mise au point d’une culture dite supérieure, en comparaison avec une culture populaire. Pour déconstruire la hiérarchie en matière de choix sonores, on peut aussi se pencher sur le récent essai On ne dit pas tu écoutes de la merde de Gilles Suchey (ex-animateur de radio associative et libraire). Pour l’auteur, c’est l’éclectisme culturel qui prime aujourd’hui chez les « élites”.
Paru en octobre 2025, l’ouvrage aborde, comme l’indique un communiqué de presse de la petite maison d’édition Battements Par Minute la “puissance de la distinction bourgeoise, l’arrogance à l’égard du goût des autres, la force de la prescription culturelle, l’emprise de la technologie, le fétichisme de la marchandise » ou encore “la persistance des défiances générationnelles.” Si l’auteur s’appuie sur de nombreuses idées déjà bien connues de philosophes et de sociologues, et qu’il s’avère plutôt pessimiste, il a le mérite de résumer plusieurs pistes éclairantes sur notre approche, souvent trop snob, de la musique.
On ne dit pas tu écoutes de la merde (2025) de Gilles Suchey, disponible aux éditions Battements Par Minute.
Un ouvrage qui remet en question le terme “beauf”
Si quelqu’un a déjà jugé votre amour pour Michel Delpech, la new romance, la K-pop, les émissions de télé-réalité, les comédies romantiques à l’eau de rose ou les films de Noël, ce livre fera l’effet d’un beau lot de consolation. En effet, dans l’essai Ascendant beauf (2025) (qui vulgarise la pensée de Bourdieu), Rose Lamy, créatrice du compte Instagram Préparez-vous pour la bagarre, fait le lien entre le mépris ressenti ou évoqué par certains face à nos goûts culturels et le mépris de classe. On le sait, le goût est en grande partie façonné par l’éducation et il dépend en grande partie (hélas) de notre classe sociale.
Aussi, qualifier quelqu’un de beauf est tout sauf anodin. Il s’agit de discriminer son passé, son entourage et sa classe sociale. Le livre – qui dénonce aussi les jugements hâtifs d’une bourgeoisie supposée de gauche – tire en grande partie sa force de sa dimension personnelle puisque Rose Lamy (à qui l’on doit le livre Défaire le discours sexiste dans les médias) se place du côté de celles et ceux dont les affinités en matière de films, d’émissions de télévision et de livres ont déjà été décriées.
Ascendant beauf (2025) de Rose Lamy, disponible aux éditions Seuil.
Un essai passionnant sur le moche
En 2021, la journaliste et auteure Alice Pfeiffer – qui lutte depuis longtemps dans ses articles contre l’élitisme culturel et esthétique – fait grand bruit en publiant un livre intitulé Le goût du moche. Elle y revendique son amour pour “les trucs moches”, pour le kitsch, le vulgaire et le ringard, loin des belles choses – très chic – arborées par de nombreux collègues issus de la presse mode. Ce manifeste du mauvais goût trouve alors rapidement un écho chez les amateurs de Crocs, de peluches monstrueuses, d’imprimés rigolos et de tubes de Jul.
Dans un article récent écrit pour Libération, elle revient sur cette esthétique alternative devenue la norme avec la folie des Labubus et des ugly shoes. Elle explique : “Aujourd’hui, le “moche” est à la mode – ce qui revient souvent à dire : le goût populaire d’un passé désormais légitimé par le temps. La tendance Y2K, revival des années 2000, remet en circulation la fast fashion de l’époque : jeans taille basse, crop tops, strings apparents. Des réseaux sociaux aux podiums, les Crocs deviennent des objets de luxe et à talons, et les baskets Lidl se muent en snobisme.”
Le goût du moche (2021) d’Alice Pfeiffer, disponible aux éditions Flammarion.