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Comment les chanteuses remettent le sexe au cœur de la pop
Depuis les années 80, la sexualité dans la musique pop s’impose, pour les artistes féminines, comme un territoire émancipateur, oscillant entre provocation et revendication féministe. De Madonna à Cardi B, les stars de la pop, du R’n’B et du hip-hop redessinent les contours du désir dans la culture mainstream. Tour d’horizon des chanteuses qui placent le sexe au cœur de leur art.
par Violaine Schütz,
et La rédaction.

Depuis plusieurs décennies, la sexualité occupe une place importante dans la musique pop. Mais la tendance ne fait que s’accentuer ces dernières années… Pour de nombreuses artistes féminines, elle est même devenue un moyen d’expression artistique, de provocation, de liberté et parfois de revendication féministe. La pionnière en la matière reste, bien sûr, l’iconique Madonna.
Dans les années 80 et 90, la chanteuse bouleverse les codes de la pop en y intégrant des thématiques osées et des visuels très sexuels. Sur scène, comme dans ses clips et dans ses paroles, elle dévoile ses fantasmes et son corps tout en s’érigeant en femme puissante.
Madonna, une pionnière en matière de pop très sexuelle
À une époque où les femmes, dans l’industrie musicale, étaient souvent enfermées dans des rôles plus conventionnels et passifs, Madonna revendique le contrôle de ses désirs. Son livre Sex – qui met en scène toute une collection de fantasmes – publié en 1992 provoque le scandale en repoussant les limites de ce qui est alors acceptable dans la culture mainstream. Dans l’histoire de la musique, il y a un avant et un après Louise Ciccone.
Britney Spears, Beyoncé… Des chorégraphies sexy loin du male gaze ?
L’influence de Madonna se retrouve chez de nombreuses artistes qui lui succèdent. Britney Spears et Christina Aguilera – talentueuses disciples de la star derrière Like a Virgin – enchaînent les chorégraphies et les tenues sexy dans les années 2000. Tout comme Lady Gaga, Rihanna, Dua Lipa, Shakira, Beyoncé et Miley Cyrus, qui utilisent à la fois la sexualité comme un élément marketing et un outil d’émancipation.
Car le sexe dans la pop ne se limite pas à l’argument de vente qui a fait ses preuves depuis des décennies. Pour certaines artistes, il constitue un moyen de parler du désir féminin, longtemps absent de la musique populaire, de leur point de vue.
C’est notamment le cas des rappeuses Cardi B et de Megan Thee Stallion, qui dans le clip de WAP (2020) renversent le cliché des filles sensuelles qui dansaient, tels des objets décoratifs, dans les clips de rap des années 90. Il n’est plus question, ici, de faire de la figuration, mais de s’imposer telles des reines de la pop culture, dans la lignée d’une Nicki Minaj dans la vidéo sexplicite du titre Anaconda (2014).
Entre scandale et émancipation, comment les pop stars s’emparent du sexe
La place du sexe dans la pop suscite néanmoins des débats tout en créant la polémique. Certains internautes et critiques estiment que l’hypersexualisation des artistes répond aux exigences commerciales de l’industrie musicale. Une industrie dans laquelle les hommes dominent. D’autres (dont nous faisons partie) considèrent qu’elle permet aux femmes de reprendre le contrôle de leur image dans un univers longtemps dominé par le regard masculin. Le fameux male gaze, qui est aussi très présent au cinéma… Même si ce sont des hommes qui les managent le plus souvent. Et qu’ils dirigent les maisons de disques et prennent la plupart des décisions.
Ce qui est sûr, en s’emparant de la sexualité selon leurs critères, ces chanteuses et rappeuses ont contribué à transformer durablement la représentation des femmes dans la musique populaire et ont ouvert la voie à une nouvelle génération d’artistes qui continue aujourd’hui d’explorer ces thèmes à leur manière, en envoyant valser les tabous et les limitations de genre. Pourquoi les chanteurs auraient le droit de s’entourer de femmes dénudées, par exemple, dans leurs clips, et pas les femmes ? Et pourquoi un sex-symbol qui enchaîne les conquêtes est toujours mieux vu qu’une séductrice dans l’imaginaire ?
Hypersexualisation problématique ou outil d’empowerment ?
Parmi les artistes récentes à placer le sexe au cœur de leur art, on trouve des chanteuses aussi différentes que Sabrina Carpenter, Kim Petras, Cobrah, Addison Rae, Sam Quealy, Nathy Peluso, Jennifer Lopez, Kylie Minogue, Latto, Zara Larsson, Kali Uchis, Charli xcx, Anitta, Tyla, Doja Cat et FKA twigs. Chacune à sa manière se réapproprient son corps et le thème du désir féminin, loin des diktats masculins. Que ce soit à travers l’ironie et l’humour (comme chez Sabrina Carpenter) ou via une esthétique léchée et sensuelle, elles évoquent une sexualité libre et une utilisation, consciente, des codes de l’hyperféminité, flirtant volontairement parfois, avec la caricature pour mieux la détourner.
C’est le cas de Zara Larsson qui revendique une image très sexy et fun qui fait penser à Barbie et à Paris Hilton tout en défendant des points de vue féministes et engagés. Elle refuse, par exemple, d’écouter les artistes masculins qui ont agressé des femmes. Ensemble, ces femmes participent à une mutation profonde de la pop féminine, où la sexualité apparaît comme un langage destiné d’abord aux femmes.
Des chanteuses qui surfent sur les codes du porno
Mais certaines artistes vont plus loin en flirtant avec les codes du porno. Il en va ainsi de l’artiste argentine Six Sex. Si de nombreuses chanteuses semblent suivre une formule toute faite, en reprenant les codes déjà établis par des artistes se situant en haut des charts, ce n’est pas le cas de cette chanteuse. Cette dernière propose un mix assez inédit de musique électronique et de reggaeton (qu’elle qualifie de raveton) porté par une voix suave, des mélodies club addictives et des clips très proches du X. La jeune femme excelle en effet dans l’art du perreo, une danse sud-américaine provocante qui consiste à draguer sur la piste de danse avec des mouvements explicites. Un univers osé qui a déjà une fan célèbre : la Brat girl Charli xcx la suit sur Instagram.
Dans un registre proche, il faut également mentionner Isabella Lovestory, la nouvelle reine underground du reggaeton. Originaire d’Honduras et installée à Montréal, elle incarne le chaînon manquant entre Kali Uchis et Rosalía. La chanteuse songwriteuse et DJ avant-gardiste, à l’univers très érotique, ludique et Y2K, proposait dans son premier album, Amor Hardcore, sorti en 2022, de la pop provocante matinée de reggaeton et de dancehall, taillée – avec le producteur Mura Masa – pour des nuits infinies passées entre les murs d’un club à l’atmosphère sulfureuse. Depuis, elle a sorti de nombreux singles qui ont confirmé son talent. En attendant l’explosion ?
Adéla, Six Sex… Des artistes aux clips classés X
La chanteuse Adéla fait aussi partie des nouvelles chanteuses à proposer des clips à la limite de la pornographie. Cette dernière a appris l’anglais devant des documentaires consacrés à Lady Gaga et à Beyoncé – ainsi que devant des programmes diffusés sur Disney Channel. Originaire de Slovaquie, elle rêvait d’abord des planches des plus grands opéras, avant de s’imaginer pop star. Elle commence le ballet à ses trois ans, passe d’abord par l’école Vienna State Ballet, avant de s’envoler pour la English National Ballet School londonienne. Mais son talent pour le chant, on le découvre sur Netflix dans le télé-crochet L’Académie de la pop – série à laquelle on doit la genèse du groupe Katseye. Dans ce programme de compétition visant à dénicher les stars de K-pop de demain, Adéla figure parmi les premières éliminées.
Mais Adélà est loin de s’en arrêter là. Entre ses années de ballerine et son passage par l’écurie K-pop, on aurait pu penser que la jeune femme s’épanouirait dans une image de chanteuse lisse, discrète et minimaliste. Manqué. Elle troque ses mèches blondes et ses chaussons de danse contre une chevelure magenta et des bottes à talons fuschia. Et surtout, pour des déhanchés très provocants imitant un acteur charnel. Avec son premier EP facétieusement intitulé The Provocateur (2025), l’interprète brille avec une pop irrévérencieuse. Avec un morceau entre autres produits par Grimes, ce disque subversif érige Adéla parmi les étoiles à suivre de très près… Et parmi celles à faire du sexe un élément important de leur pop.
Slayyyter, la pop star dans les pas de Madonna
La pop débridée a donc encore de beaux jours devant elle. C’est que nous prouve aussi la pop star américaine Slayyyter – ex travailleuse du sexe – qui a dévoilé en 2023 un album intitulé Starfucker. Cet opus rutilant, inspiré par Hollywood et l’obsession malsaine de la célébrité, se situe entre l’Erotica (1992) de Madonna, Lady Gaga et Electra Heart (2012) de Marina and the Diamonds. Elle y met en lumière un personnage fictif nommé Belladonna. “J’ai l’impression que l’album a été inspiré par le point de vue de ce personnage. Ce personnage lance les gossips, elle est un peu garce. Elle utilise les hommes à son avantage. Elle est l’ultime starfuckeuse” commente Slayyyter dans une interview accordée à Music Feeds.
En 2025, Slayyyter frappe de nouveau très fort avec un nouveau single tonitruant, accompagné d’un clip gore, Cannibalism!, et plus récemment dans la continuité, on la retrouve cette semaine le clip de son single Crank la mettant en scène en cendrillon et bunny girl irrévérencieuse prête pour Halloween. Mais chez la chanteuse, il y a toujours quelque chose de grunge, de rageur et de trash, qui s’inscrit dans la tendance messy girl, qui résonne comme un cri. Durant (trop) d’années, on a demandé aux femmes d’être jolies, sages et polies. Mais Slayyyter et ses collègues pop stars ont décidé qu’il en serait autrement. Et pour cela, qu’on aime ou pas leur musique, il faut leur dire merci.