9 mars 2026

Le réalisateur Wong Kar-wai en 3 obsessions

Wong Kar-wai présente sa série Blossoms Shanghai sur MUBI et plusieurs de ses films ressortent au cinéma en mars 2026. L’occasion de se plonger dans l’univers et les obsessions du plus mélancolique et esthète des cinéastes hongkongais.

  • par La rédaction.

  • Wong Kar-wai ne cesse de fasciner. Et elle pourrait séduire de nouveaux spectateurs. En effet, la société de production The Jokers orchestre une vaste rétrospective du cinéaste. Le film 2046 (2004) ressortira en copie restaurée le 11 mars 2026. The Grandmaster (2013), dernier long-métrage du cinéaste, est de retour au cinéma depuis le 25 février dans son montage chinois originel.

    On pourra aussi retrouver en salles As Tears Go By (1988), Chungking Express (1994), Les Anges déchus (1995) et Happy Together (1997). Enfin, sa série Blossoms Shanghai est disponible sur MUBI depuis février. Autant de raisons de se replonger dans ses obsessions.

    Le temps, l’une des obsessions du réalisateur Wong Kar-wai

    Nous le décrivions par le passé comme un “monstre de patience happé par ses fantasmes”. La formule dit beaucoup du cinéaste hongkongais qui a reçu le Prix Lumière en 2017. Wong Kar-wai peut tourner quatre ans le même film. Il remonte ses œuvres des décennies après leur sortie. Et le temps occupe une place centrale dans ses longs-métrages. On voit d’ailleurs beaucoup d’horloges dans ses films. Et l’un de ses longs-métrages se nomme Les Cendres du temps.

    Dans Chungking Express (1994), le policier 223 compte les jours depuis sa rupture, accumulant des boîtes d’ananas dont la date de péremption coïncide avec la fin de son chagrin. Plus tard, dans In the Mood for Love (2000), les plans ralentis de Maggie Cheung qui racontent une liaison s’avèrent fascinants par leur mélancolie, leur délicatesse, leur sensualité et leur maniérisme… Les instants furtifs devinent essentiels.

    Dans son dernier projet, la série Blossoms Shanghai, disponible sur MUBI depuis le mois de février 2026, le Shanghai qu’il filme est empreint nostalgie. Adaptée du roman de Jin Yucheng, elle suit l’ascension d’Ah Bao (Hu Ge), homme ordinaire devenu magnat dans le Shanghai des années 1990. Wong Kar-wai a réalisé chacun des trente épisodes. La série, diffusée en trois salves de dix épisodes, avait connu un succès phénoménal en Chine, fin 2023.

    La bande-annonce de la série Blossoms Shanghai (2026).

    Une lumière travaillée

    Aucun cinéaste contemporain n’a filmé le manque amoureux avec autant de sensualité. Interrogé par Numéro à la sortie d’In the Mood for Love, Wong Kar-wai confiait avoir pensé en permanence à Hitchcock. Comment rendre captivante une histoire aussi simple qu’une relation amoureuse ? Le film était un pari risqué. Des couples mariés d’âge moyen, un récit volontairement lâche et presque rien de charnel à l’écran. Le triomphe fut pourtant planétaire.

    Ce magnétisme tient en grande partie au talent de Christopher Doyle. Le directeur de la photographie australo-hongkongais a éclairé de nombreux films de Wong Kar-wai, de Nos années sauvages (1990) à Happy Together (1997). Interrogé par Numéro, il définit la “bonne lumière” comme “la lumière qui s’immisce et se réfléchit sur une peau comme celle de Maggie Cheung. C’est le rayon que l’on n’attendait pas et qui passe par le trou d’un plafond. Ou encore, le reflet qui tombe de la façade de verre d’un immeuble géant. Toute la lumière qui n’est pas un “éclairage de film” au sens banal.”

    Cette obsession de la bonne lumière a d’ailleurs un prix. Christopher Doyle explique à Numéro : “Quand Wong Kar-wai me dit au milieu d’une scène, après douze heures de travail non stop : “Chris, c’est tout ce que tu peux faire, tout ce que tu peux me donner ?” Je me transforme, j’enrage et je deviens un meilleur accompagnateur de sa ‘musique’.

    La bande-annonce du film In The Mood For Love (2000).

    La ville filmée comme personnage à part entière

    Hong Kong, Buenos Aires, Shanghai… Chez l’esthète Wong Kar-wai, une ville ne sert jamais de toile de fond. Elle s’avère aussi fascinante et troublante que les visages des acteurs. On pense évidemment aux néons du Chungking Mansions de Chungking Express, à l’Argentine nocturne de Happy Together ou aux couloirs étroits dans lesquels Maggie Cheung frôle Tony Leung (In the Mood for Love). L’atmosphère y est chaude, saturée et électrique. Pour Blossoms Shanghai, Wong Kar-wai est allé jusqu’à faire reconstruire en studio des rues entières du Shanghai des années 1990.

    Dans une interview pour MUBI, le cinéaste perfectionniste explique : “J’ai filmé Hong Kong pour y trouver des traces de Shanghai. Ici, en filmant Shanghai, j’ai inévitablement trouvé le reflet du Hong Kong des années 1990. L’essor de l’une a alimenté les ambitions de l’autre. Blossoms est leur histoire commune.

    La série Blossoms Shanghai (depuis 2023), créée par Wong Kar-wai, est disponible sur MUBI. Une sélection de films du réalisateur est diffusée en version restaurée au cinéma.