11
11
Cannes 2026 : Vimala Pons nous raconte l’excellent film d’ouverture La Vénus électrique
C’est le long-métrage qui ouvrira en beauté le Festival de Cannes, qui se tiendra du 12 au 23 mai 2026. La Vénus électrique, le nouveau film de Pierre Salvadori, réunira à un casting français prestigieux, dont Pio Marmaï, Anaïs Demoustier et Gilles Lellouche. Pour Numéro, l’excellente Vimala Pons, qui incarne le personnage d’Irène, revient sur les coulisses de ce projet très attendu.
propos recueillis par Camille Bois-Martin.

La Vénus électrique, film d’ouverture du Festival de Cannes 2026
Quelques années après le film En liberté ! (2018) et la comédie La petite bande (2022), le cinéaste français Pierre Salvadori revient avec un nouveau long-métrage intitulé La Vénus éléctrique. Dans ce projet présenté en ouverture du Festival de Cannes 2026, le réalisateur nous plonge ici dans le Paris de l’entre-deux-guerre.
Antoine (Pio Marmaï) peine à se relever du décès de sa femme, Irène (Vimala Pons). Il croise alors le chemin de Suzanne (Anaïs Demoustier), artiste illusionniste dans une fête foraine aux abords de Paris, qui se fait passer pour une médium capable de dialoguer avec l’être disparu. Aux côtés d’Armand (Gilles Lellouche), galeriste et ami du peintre, elle imagine alors un stratagème pour l’aider à faire son deuil… sans anticiper les sentiments et les mensonges qui finiront par gangréner leur plan.
À la fois romanesque et burlesque, le film nous émeut autant qu’il nous fait sourire. Enrobés d’humour, les sujets sensibles abordés par Pierre Salvadori façonnent un objet truculent, portés par des acteurs aussi doués pour l’humour que pour le drame. Sans jamais verser dans le lyrique, ni dans le comique, La Vénus électrique effleure des émotions universelles au gré de situations réalistes et de personnages crédibles. Et leur force réside, selon la comédienne, artiste de cirque, metteuse en scène, compositrice et artiste visuelle Vimala Pons, 43 ans, dans le talent d’acteurs comme Pio Marmaï, Anaïs Demoustier et Gilles Lellouche. “Ils sont capables de jouer le drame et, tout d’un coup, de s’adapter à un rythme de comédie. Pierre Salvadori s’appuie sur ces personnalités pour ses films, sur ces personnes capables d’avoir les deux battements cardiaques.”
Un casting prestigieux, de Pio Marmaï à Anaïs Demoustier
Les récents rôles de Pio Marmaï ont témoigné de sa versatilité et de sa capacité à jouer des personnages plus sérieux qu’à l’accoutumée. On pense notamment à celui qu’il incarne dans L’Attachement, de Carine Tardieu, où il partageait déjà l’affiche avec Vimala Pons en 2025.
“On se connaît depuis 18 ans, confie Vimala Pons. Jouer ensemble, c’est comme si on gagnait un temps énorme car on sait comment l’un et l’autre travaille, et on a énormément de visions communes des choses. Ce que j’aime dans son jeu d’acteur, c’est qu’il est extrêmement précis et travailleur, tout en n’aimant pas du tout parler de façon psychologique. Du coup, tout notre travail va plutôt être de vivre les scènes ensembles et de ne pas forcément cérébraliser les choses. Je le trouve profondément touchant et capable d’une palette d’émotion énorme. Il fait quelque chose de plus en plus épais, voire impudique. Il rejoint des zones de lui-même qu’il ne montrait pas avant.”

Vimala Pons, l’héroïne irrésistible du projet signé Pierre Salvadori
C’est d’ailleurs cette tension entre tristesse et joie qui a convaincu Vimala Pons à collaborer avec le réalisateur français : “Ce qui m’émeut dans les films de Pierre, c’est qu’il raconte l’histoire de ratages. Pour moi, c’est justement là où la poésie naît. Sa façon d’écrire dans la dentelle, de faire cohabiter des éléments contradictoires, de mélanger les tons, c’est quelque chose qui lui est propre et qui n’est pas facile à imposer dans le cinéma français. Mais ses projets sont impressionnants, car on ne voit pas arriver le drame, et le burlesque n’est jamais gratuit.” L’actrice poursuit : “Je pense qu’on a un sujet en commun. C’est cette idée d’habiter l’instable.”
Habiter l’instable, une belle idée qui se traduit magnifiquement dans le nouveau film de Pierre Salvadori. Car, le scénario dessine autant de trajectoires différentes qu’il provoque d’émotions contraires. De la vie de nomade de Suzanne, tentant par tous les moyens de s’extraire de sa situation, à celle de transfuge de classe d’Antoine, incapable de retrouver sa passion artistique, en passant par la destinée tragique d’Irène, La Vénus électrique offre une multitude de points de vue et de personnalités.
Un personnage qui va au-delà du rôle de muse
Le personnage de Vimala Pons nous apparaît comme le plus singulier. Avec ses cheveux teints en roux, l’actrice impose une présence éthérée, voire intemporelle. Sa verve implacable et son aura féministe avant l’heure la détachent de l’époque du film. Elle nous évoque les muses qui peuplent les tableaux vaporeux de Gustav Klimt.
Pourtant, Irène est tout sauf une simple muse dans la définition passive et accessoire que l’histoire de l’art a tendance à préférer. “Il y a beaucoup de choses que j’ai vécues qui me rattachent à ce personnage” nous confie en effet l’actrice. “Plutôt qu’une muse, je dirais que c’est un Pygmalion. Elle dynamite les idées conçues. On croit qu’elle existe qu’à travers le regard des hommes quand, en réalité, elle s’en échappe.”
Avide de s’extirper de sa classe sociale et de son mode de vie, Irène influe en effet sur la trajectoire et sur le succès de tout son entourage. À commencer par celui d’Antoine, dont elle s’avère plus l’agent que l’amante. “Je me retrouve particulièrement dans sa définition de l’amour qui est d’aider l’autre à se réaliser, à se découvrir. Il y a ce concept de transfuge de classe chez elle, et d’ambition profonde, mais elle est toujours motivée par l’art et non uniquement par l’argent.”

Un film qui nous plonge dans l’univers forain
Dans La Venus électrique, le personnage joué par Vimala Pons ne nous apparaît que par analepses. À mesure que Suzanne (Anaïs Demoustier) découvre son histoire, le récit d’Irène se déroule au gré de séquences savamment filmées (introduites par des transitions entre les décors, sans abuser de fondus enchaînés), nous projetant dans la vie de la défunte.
Comme un fantôme, elle hante Antoine et bouleverse Suzanne. “Elle renverse en quelque sorte les valeurs. Mais il y avait beaucoup de femmes comme ça à l’époque. C’était des années après la guerre où les gens avaient besoin de vivre très très fort, de faire la fête très très fort. Et des courants artistiques incroyables naissent à ce moment-là, comme le cubisme, le dadaïsme, le fauvisme… Aussi, le cinéma se développe dans les fêtes foraines.”
Lieu d’expérimentation et d’illusionnisme, les fêtes foraines façonnent également le décor du film de Pierre Salvadori. C’est là où Antoine et Suzanne se rencontrent. C’est là où Suzanne découvre l’histoire d’Irène. Et c’est également là où le long-métrage trouve sa conclusion. Vimala Pons ajoute : “Pour moi, c’est méta. Chez Pierre, il y a toujours plein de couches de lecture.”
L’univers forain lui permet ainsi d’éplucher différentes émotions et comiques de situation. “Il y aborde la douleur émotionnelle et la douleur physique avec ce baiser électrique. Il y évoque aussi le thème de l’addiction. Le deuil en fait d’ailleurs partie, comme une forme de toxicomanie sentimentale, d’obsession” considère-t-elle dans une allusion à peine cachée à ses drames personnels.
“J’ai perdu des gens centraux dans ma vie et je sais qu’il y a un avant et un après avec la mort. Mais c’est loin d’être morbide, ça donne plutôt envie de vivre deux fois plus fort.” Vimala Pons
“On n’a pas envie de lâcher sa tristesse, parce qu’une fois qu’on a fait son deuil, on a peur que la personne disparaisse avec notre souffrance, ajoute Vimala Pons. J’ai perdu des gens centraux dans ma vie et je sais qu’il y a un avant et un après avec la mort. Mais c’est loin d’être morbide, ça donne plutôt envie de vivre deux fois plus fort.”
À l’instar d’Antoine, qui s’appuie sur les “pouvoirs” de médium de Suzanne pour pallier la disparition de sa femme, l’actrice française croit à la vertu du spiritisme. “Je ne sais pas si on peut dire qu’on y croit, mais, en tout cas, on a envie d’y croire. J’ai été au Mexique, où j’ai rencontré notamment des sorcières… C’est une sorte d’ostéopathie ésotérique. Ça peut nous permettre d’atteindre une forme de lucidité.”
Une vision de l’art de la voyance que rejoint notamment le personnage d’Armand, incarné par Gilles Lellouche. Peiné par la situation de son ami et artiste prodige Antoine, il se lie au mensonge de Suzanne pour l’aider à se remettre de sa perte et l’inciter à reprendre la peinture. “Dans le personnage d’Armand, on retrouve aussi une forme de transformation de l’émotion et du deuil en valeur marchande, considère Vimala Pons. Mais est-ce que ce n’est pas ça, aussi, l’art et le cinéma ? De sublimer tout ce qui nous peine ?”
“Cannes, c’est un tourbillon.” Vimala Pons
Sublimer ce qui nous peine, ce sera aussi le thème de nombreux films présentés au Festival de Cannes 2026. Les acteurs de La Vénus électrique monteront les marches le 12 mai 2026 pour défendre leur projet. L’actrice césarisée Vimala Pons, qui était présente sur la Croisette pour La Fille du 14 juillet (d’Antonin Peretjatko) en 2013 ou pour Vincent doit mourir (de Stéphan Castang) en 2023, s’estime chanceuse de pouvoir à nouveau vivre cette expérience avec des personnes qu’elle “adore”.
“Cannes, c’est un tourbillon. C’est vertigineux” admet-elle. “Être acteur est un métier qui consiste beaucoup à être regardé, mais qui demande également beaucoup d’empathie. Le festival est un endroit où il faut garder un équilibre entre ces deux sentiments, tout en étant conscients qu’on est scrutés de partout. Mais c’est aussi un moment pour célébrer la joie folle que le film de Pierre ait trouvé sa place ici, pour l’ouverture ! C’est parfait car c’est un projet avec un spectre vaste et des couches de lectures différentes, qui plairont à un large public.” Compte-tenu de notre propre enthousiasme pour ce projet, c’est à n’en pas douter.
La Vénus électrique de Pierre Salvadori, au cinéma le 13 mai 2026. Le film sera présenté en ouverture du Festival de Cannes le 12 mai 2026.