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Que faut-il penser de The Bride!, la relecture féministe du mythe de Frankenstein ?
Après Guillermo del Toro et sa relecture du roman Frankenstein destinée à Netflix, l’actrice et réalisatrice Maggie Gyllenhaal en propose une autre très différente, centrée sur l’histoire de son épouse. Dans The Bride!, une romance horrifique qui vient de sortir au cinéma, Jessie Buckley redonne vie à cette figure oubliée face à Christian Bale en créature rapiécée. Mais fallait-il ressusciter une fois de plus le mythe créé par Mary Shelley ?
par Jordan Bako,
et Violaine Schütz.
Publié le 26 septembre 2025. Modifié le 6 mars 2026.

The Bride!, une relecture de Frankenstein centrée sur la fiancée de la créature
Dans le roman gothique de Mary Shelley (1804), la créature de Frankenstein n’émet qu’une seule supplique envers son créateur : celle de lui créer une épouse. Une amante qui soit capable, comme lui, de défier la mort pour l’aider à porter le fardeau de la vie éternelle. Si le scientifique accepte d’exaucer son vœu dans une première mesure, il finit par tuer la fameuse compagne avant même que sa conception n’ait abouti, effrayé à l’idée de défier une nouvelle fois les lois de la nature.
L’épouse de la créature n’a alors même pas le droit à son propre destin dans les pages de Mary Shelley. Un film de 1935, La Fiancée de Frankenstein, qui met en scène l’actrice Elsa Lanchester, tente de combler ce vide. Mais si le titre du long-métrage suggère que ce personnage est au cœur de l’intrigue, son apparition à l’écran est fugace.
Le troisième film de Maggie Gyllenhaal en tant que réalisatrice
À une heure où le mythe de Frankenstein obsède la pop culture – avec notamment une adaptation du roman récente de Mary Shelley par Guillermo del Toro), Maggie Gyllenhaal s’empare à son tour de cette œuvre. Avec The Bride!, elle déterre des limbes de l’Histoire la figure de l’épouse de Frankenstein. Lors du CinemaCon, le prestigieux salon du cinéma américain organisé en mars 2025, l’actrice de La Secrétaire (2002) devenue réalisatrice défendait son long-métrage.
Selon le média Variety, elle confiait lors d’une conférence de presse : “Dans le film La Fiancée de Frankenstein, la fiancée apparaît pendant environ trois minutes et ne dit pas un mot, ce qui est tout le contraire de notre fiancée.” Elle poursuit en précisant qu’avec ce film, elle souhaite interroger “ce qu’il se passerait si la mariée qui revient dépasse son imagination la plus folle et ne correspond pas à l’image que Frankenstein s’était faite d’elle, ni à celle que le monde s’était faite d’elle ?”

Jessie Buckley et Christian Bale au générique
Si l’intrigue de l’ouvrage de Mary Shelley se déroule au 17e siècle, Maggie Gyllenhaal lui préfère les années 1930. Autre forme de liberté prise par la réalisatrice ? The Bride! se situe aux États-Unis (plutôt qu’à Genève et au pôle Nord). On y suit la relation houleuse qui lie Frankenstein à son épouse réveillée d’entre les morts. Le pitch ? “Rongé par la solitude, Frank (Frankenstein) se rend à Chicago dans les années 1930 et demande au Dr. Euphronious, scientifique visionnaire, de lui créer une compagne. Ensemble, ils ressuscitent une jeune femme assassinée, et la fiancée prend vie ! Mais la suite des événements dépasse tout ce que qu’ils auraient pu imaginer : meurtres, possessions, et un couple hors-la-loi qui se retrouve au centre d’un mouvement social radical et débridé, et d’une histoire d’amour passionnelle et tumultueuse !”
Pour mettre en scène le couple à l’écran, Maggie Gyllenhaal mise sur Jessie Buckley, actrice qu’elle avait déjà dirigée dans son second long-métrage The Lost Daughter. Cette dernière pourrait remporter un Oscar pour sa performance habitée dans le drame Hamnet de Chloé Zhao. Et c’est l’acteur Christian Bale qui campe la fameuse créature de Frankenstein. Enfin, Jake Gyllenhaal (le frère de la réalisatrice), Peter Sarsgaard, Penélope Cruz et Annette Bening figurent aussi au générique.

Un film décousu
Ce casting de haut vol laissait présager un film ambitieux, gothique et passionnant. Mais le projet n’est pas à la hauteur de ces noms prestigieux. Décousu, The Bride! s’éparpille entre le film de possession, le récit de gangsters, le cinéma gore, l’histoire mafieuse, l’esthétique punk, le baroque, le thriller horrifique, l’imagerie gothique, la fresque militante et les références trop multiples (Bonnie et Clyde, Sailor et Lula, Frankenstein Junior, les comédies musicales d’un autre siècle, le cinéma muet).
Si on apprécie sa portée féministe (la réalisatrice imagine une héroïne qui se venge par la violence du traitement qu’elle a subi de la part d’hommes mafieux), on déplore que tout soit exagéré et outré. À l’image des costumes délirants et de la musique tonitruante, la mise en scène et les acteurs en font des tonnes. On pense souvent au duo du raté Joker : Folie à deux (2024) en observant le tandem de hors la loi monstrueux et amoureux semer la terreur partout où ils passent.
Tout n’est pas à jeter dans ce long-métrage chaotique. On apprécie notamment la performance d’Annette Bening en savante folle experte dans la revitalisation. Mais Maggie Gyllenhaal semble avoir monté son projet comme le Docteur Frankenstein a rapiécé sa créature. Tout a l’air rafistolé à la hâte dans ce road trip infernal.
The Bride! de Maggie Gyllenhaal, au cinéma le 4 mars 2026.