31 déc 2025

L’actrice Joséphine Japy se réinvente derrière la caméra

Talentueuse actrice, Joséphine Japy tourne depuis l’âge de 11 ans. Mais c’est en tant que réalisatrice qu’elle foulait le tapis rouge au dernier Festival de Cannes. Passant pour la première fois derrière la caméra, elle présentait Qui brille au combat, en salles ce mercredi 31 décembre 2025, une autofiction émouvante où elle évoque un sujet qu’elle a vécu de près, celui d’une famille touchée par la maladie grave de l’une de ses enfants et suspendue à l’annonce d’un diagnostic médical long à poser.

  • Par Olivier Joyard

    Portraits P.A Hüe de Fontenay

    Réalisation Clément Lomellini.

  • Joséphine Japy dévoile son premier film en tant que réalisatrice

    Depuis son enfance, la trentenaire a arpenté les plateaux avec virtuosité, que ce soit pour Yves Angelo lorsqu’elle avait 11 ans, Dominik Moll (Le Moine en 2011) à la sortie de l’adolescence, ou récemment dans la série Tapie (2023). Mais au cliché qui associe le fait de jouer à celui de se révéler, la Parisienne ajoute un pas de côté : pour elle, c’est en devenant réalisatrice qu’un dévoilement s’opère vraiment.

    La preuve avec son premier film, Qui brille au combat, où elle raconte l’histoire de sa sœur, atteinte d’un handicap lourd entraînant un comportement autistique. “Il y a quelques années, quand j’avais 27 ans, j’ai reçu un coup de fil de ma mère. Un appel important qui m’informait que la maladie de ma sœur venait d’être identifiée après une longue période d’errance de diagnostic. Dans la foulée, j’ai commencé à réfléchir à ce film. Non pas comme un exutoire, mais justement parce que quelque chose avait commencé à se réparer.

    “Même quand je regarde un film que je trouve mauvais, j’ai besoin de rester jusqu’à la fin.” – Joséphine Japy.

    Pour une actrice installée, le passage à la réalisation n’a rien d’évident. Joséphine Japy y pense pourtant depuis longtemps. “J’ai obtenu mon premier rôle principal grâce à Mélanie Laurent, dans son film Respire (2014). La voir chaque matin diriger une équipe a ouvert une porte dans ma tête.” Mélanie Laurent tient d’ailleurs l’un des rôles principaux de Qui brille au combat, comme un retour à l’envoyeuse. Ensemble, elles ont présenté le film au Festival de Cannes. L’aboutissement pour Joséphine Japy d’un rapport intense au cinéma, né durant son enfance particulière.

    Dans ma famille, partir de la maison représentait une organisation compliquée, voire impossible. Étendre l’horizon devenait nécessaire. Et le cinéma incarnait cet horizon. Je suis devenue boulimique. D’ailleurs, je ne comprends jamais cette question : ‘Il fait beau dehors, pourquoi restes-tu enfermée à regarder un film ?’ Pour moi, c’est extrêmement actif de voir du cinéma !” Joséphine Japy a aussi trouvé une consolation dans les films. “Quand on ne sait pas quelle est la finalité des choses – ce qui est le cas de la famille de Qui brille au combat, comme de celle où j’ai grandi -, savoir qu’un film a une fin rassure énormément. Cela prendra peut-être une heure, deux heures ou quatre heures, mais je vais avoir une image finale. Même quand je regarde un film que je trouve mauvais, j’ai besoin de rester jusqu’à la fin.

    Un second long-métrage déjà en préparation

    En ce moment, Joséphine Japy travaille à la conception d’un deuxième long-métrage, signe que le virus est entré en elle. Elle n’abandonne pas pour autant son métier de comédienne. “L’interprétation, c’est être le porte-parole d’un personnage ; la réalisation, c’est se faire le porte-parole d’une histoire dans sa globalité. Une autre partie du cerveau travaille.” L’équilibre trouvé par Joséphine Japy provient d’une longue introspection. “Quand je suis comédienne, je reçois des informations dans mon cerveau et je dois les faire descendre dans mon ventre. La réalisation, c’est l’exact opposé, prendre des trucs dans le ventre pour les mettre dans la tête. Et les communiquer aux autres.

    En attendant son deuxième film (“très différent du premier”, glisse‑t-elle au passage), on verra Joséphine Japy en 2026 dans le nouveau long-métrage de Rachel Lang après Mon légionnaire (2021). Intitulé Mata (2026), ce dernier se déroule dans le milieu de l’espionnage. “Ce tournage est arrivé au moment où je bouclais le montage de mon film, et cela m’a fait beaucoup de bien de retourner sur un plateau à ce moment-là. Et c’est avec mon point de vue de nouvelle réalisatrice que j’ai remercié Rachel pour le rôle, en lui lançant : ‘Je suis si heureuse d’être le passager clandestin de ta galère !’”

    Qui brille au combat” par Joséphine Japy, actuellement au cinéma.


    Coiffure : Mathieu Laudrel avec les produits Sisley chez Tag Agency. Maquillage : Aya Fujita avec les produits Takeda Brush chez Calliste Agency. Manucure : Nafissa Djabi chez B. Agency. Assistant photographe : Paolo Caponetto. Assistant réalisation : Ciprian Mastica. Production : Open Space Paris.