27 jan 2026

Faut-il succomber au charme de Pierre Niney dans le film Gourou ?

Après Un homme idéal et Boîte noire, l’acteur Pierre Niney retrouve le réalisateur Yann Gozlan dans Gourou, qui sort au cinéma ce mercredi 26 janvier 2026. Ambitieux, le long-métrage entend dézinguer les coachs en développement personnel tout en délivrant une atmosphère digne du Magnolia de Paul Thomas Anderson. Mais qu’en est-il réellement ?

  • par Violaine Schütz.

  • Publié le 26 janvier 2026. Modifié le 28 janvier 2026.

    La bande-annonce du film Gourou (2026).

    Gourou, le nouveau film de Yann Gozlan

    En 2021, le réalisateur français Yann Gozlan séduisait la critique et le public avec le thriller haletant et malin Boîte noire. Il mettait en scène Pierre Niney dans une sombre histoire de crash dans le massif alpin. Depuis, le cinéaste est revenu avec les moins convaincants Visions (avec Diane Kruger) et Dalloway (avec Cécile de France). Mais on attendait beaucoup des retrouvailles de l’acteur du Comte de Monte-Cristo et du réalisateur d’Un homme idéal (2015).

    Dans Gourou, le comédien incarne Matthieu Vasseur alias Matt, un charismatique coach en développement personnel. Ce dernier propose à ses adeptes des spectacles dans lesquels il galvanise les foules à grand renfort de phrases choc. « Ce que tu veux, c’est ce que tu es ! » scande-t-il à ses fidèles. Sauf que ses séances de catharsis collectives (qui lui rapportent gros) – des séminaires à l’américaine – inquiètent les autorités. Cette manipulation mentale ne serait-elle pas une dérive sectaire ? Critiqué (notamment par son frère et par un ex fan), Matt va alors perdre les pédales et devenir de plus en plus odieux.

    Une performance électrisante de Pierre Niney

    Au cours d’une interview accordée à Variety, Yann Gozlan expliquait qu’il s’est inspiré, pour créer ce personnage, du Tom Cruise de Magnolia (1999) de Paul Thomas Anderson et du Jake Gyllenhaal du Night Call (2014) de Dan Gilroy… Pour incarner cet homme ambitieux et détestable, Pierre Niney s’est donc imprégné de Tom Cruise et de Jake Gyllenhaal mais aussi de Leonardo DiCaprio dans Le Loup de Wall Street et de Paul Dano dans There Will Be Blood

    Cela laissait donc présager une performance intense et troublante pour le versatile et charismatique Pierre Niney et une plongée sombre dans les mécanismes de la persuasion. Et il faut avouer que l’acteur est plutôt troublant (et inquiétant) dans la peau d’un homme manipulateur, toxique (et finalement ridicule) qui se retrouve happé par son ambition et ses démons. Dans les scènes montrant son talent d’orateur et ses injonctions au bonheur et à l’épanouissement, il s’avère aussi électrisant qu’irritant même s’il frôle parfois la caricature.

    Une critique acerbe du business juteux des coachs

    Encore une fois, Yann Gozlan, qui s’était déjà attaqué au pouvoir de l’IA dans Dalloway, veut faire un film sur l’époque. La présence de Nicolas Demorand et Cyril Hanouna au générique acte d’ailleurs cette ultra modernité. Gourou a le mérite de tourner en ridicule un phénomène en vogue : l’essor des coachs en développement personnel, ces guides spirituels très prisés sur les réseaux sociaux qui n’ont souvent aucun diplôme, mais beaucoup de confiance en eux.

    On pense aussi à tous ces auteurs de livres qui nous promettent de devenir heureux en deux jours ou d’être plus zen en une minute, juste parce qu’on l’aura décidé. Le film entend questionner notre quête effrénée de sens et de réussite et ausculter notre époque désœuvrée tout en s’attaquant aux grands orateurs qui nous font avaler beaucoup de couleuvres. Les mécanismes de l’emprise et du populisme sont aussi dans la ligne de mire du réalisateur.

    Un film imparfait

    Mais là où on s’attendait à un thriller paranoïaque sans temps mort, on a finalement droit à un film qui contient quelques longueurs et des lacunes. L’analyse sociétale est trop brouillonne et éparpillée pour nous embarquer vraiment. Et on a du mal à croire à certains pans de l’intrigue.

    On ne comprend pas, par exemple, comment un jeune Français comme Matt arrive à avoir tant de succès qu’il parvient à séduire l’étranger, surtout quand on le compare au modèle américain – son mentor – qui l’a inspiré et qui arrive à la fin du film : un gourou du développement personnel incarné par l’impressionnant et fiévreux Holt McCallany (Mindhunter, Iron Claw), qu’on aurait aimé voir plus dans le long-métrage.

    L’histoire d’amour entre Pierre Niney et Marion Barbeau manque également d’alchimie. Et les interactions entre Matt et son fan hystérique et déçu (joué par Anthony Bajon) auraient pû être plus intenses. Quant à l’incartade du héros à Las Vegas, elle aurait pu être plus flamboyante, folle et maximaliste. Mais ces défauts ne nous empêchent pas de succomber au talent ravageur de l’acteur principal qui prouve une nouvelle fois qu’il est l’un des comédiens les plus doués (et galvanisants) de sa génération.

    Gourou de Yann Gozlan, au cinéma le 28 janvier 2026.