16 juin 2026

Élodie Bouchez nous raconte le film Ulysse, une épopée intime sur la maternité

Discrète, subtile et toujours juste, Élodie Bouchez fait partie de ces actrices françaises qui marquent l’écran, même dans les seconds rôles. Alors qu’elle défend Ulysse, le nouveau film de Laetitia Masson présenté au Festival de Cannes 2026 et disponible au cinéma ce mercredi 17 juin, Numéro l’a rencontrée sur la Croisette.

  • propos recueillis par Violaine Schütz

    et Nathan Merchadier.

  • Publié le 22 septembre 2025. Modifié le 16 juin 2026.

    La bande-annonce du film Ulysse (2026).

    Discrète, subtile et toujours juste, Élodie Bouchez fait partie des actrices françaises qui nous touchent le plus lorsqu’elle apparaît à l’écran, même lorsqu’il s’agit d’un second rôle. Récemment, dans le poignant Dis-moi juste que tu m’aimes (2025), la comédienne doublement césarisée apparaissait en haut de l’affiche dans l’un de ses rôles les plus intenses à ce jour. Celui d’une femme peu sûre d’elle et jalouse qui se retrouve piégée dans une relation adultère avec un homme toxique et manipulateur.

    Puis, en septembre 2025, Élodie Bouchez était à l’affiche de Classe moyenne d’Antony Cordier, une comédie grinçante qui explorait les rapports de classe. Quelques mois plus tard, l’actrice revient au cinéma avec Ulysse, le nouveau film de Laetitia Masson, présenté au Festival de Cannes 2026 avant sa sortie en salles ce mercredi 17 juin. Elle y incarne une chercheuse en sociologie soucieuse de l’avenir de son fils, porteur d’un handicap, au cours des différentes étapes de sa vie. En résulte un film particulièrement touchant, auscultant avec une grande habileté les milles et unes nuances de la maternité.

    À cette occasion, nous avons rencontré la comédienne sur la Croisette, où elle s’est confiée sur ses choix de longs-métrages, son détour par Hollywood et son rapport à la mode…

    L’interview d’Élodie Bouchez, star du film Ulysse

    Numéro : L’an dernier, vous défendiez au Festival de Cannes le film Enzo de Robin Campillo. Vous revenez cette année sur la Croisette avec Ulysse, un autre long-métrage centré sur le destin d’un enfant, réalisé par Laetitia Masson. Qu’est-ce qui vous a attirée dans ces projets ?

    Élodie Bouchez : Je crois que j’ai un penchant pour ce genre de films, car ce sont des projets qui sont toujours en mouvement. Ulysse, par exemple, est une véritable épopée. C’est à la fois un road movie avec une mère et son fils, et le récit d’une destinée qui se déploie sur dix-huit ans. Quant à Enzo, il y avait aussi cette dimension très physique. Mais je pense que, dès qu’un film s’intéresse à l’amour d’un parent pour son enfant et à ce dont un parent est capable pour lui, on touche forcément à quelque chose qui vient des tripes. C’est sans doute ce que l’on ressent à l’écran.

    Qu’est-ce qui vous a touchée dans le regard de Laetitia Masson ?

    C’est notre cinquième collaboration. Ses précédents films étaient moins personnels. Celui-ci raconte son histoire. Je ne sais pas si c’est le film de sa vie, mais c’est assurément un projet très important pour elle. Ce qui rend Ulysse particulier, c’est que Laetitia Masson a accepté de se dévoiler complètement dedans, malgré sa grande pudeur, tout en conservant sa fantaisie. Il y a quelque chose de très pop et de très vivant. On n’est jamais dans un naturalisme absolu, car le film se situe ailleurs… Dans un espace plus libre et plus romanesque.

    Le cinéma peut véritablement accompagner le spectateur vers des réalités qu’il ne connaît pas.” Élodie Bouchez

    Il y a quelque chose d’assez pédagogique dans Ulysse, qui nous rappelle un autre film brillant dans lequel vous avez joué : Je verrai toujours vos visages de Jeanne Herry, qui cette fois-ci, s’intéressait à la justice restaurative… 

    Oui, et c’est d’ailleurs ce qui est intéressant. Les films de Jeanne Herry sont très différents, dans leur forme, de ceux de Laetitia Masson. Mais cela prouve aussi que le cinéma, quelle que soit son esthétique, peut véritablement accompagner le spectateur vers des réalités qu’il ne connaît pas, à condition que le sujet soit fort et porté par une véritable personnalité de cinéaste. Ce que j’aime beaucoup avec Ulysse, c’est le côté presque conceptuel du film, notamment dans ces nombreux face-à-faces et ces entretiens avec l’administration. Elle est parvenue à résumer, en quelques scènes, les centaines de rendez-vous qu’elle a dû traverser pendant des années pour accompagner son fils dans ses démarches afin qu’il soit scolarisé dans des écoles pour enfants handicapés. Elle en a tiré quelque chose de profondément tragicomique.

    L’une des grandes réussites du film réside dans les différents visages qui incarnent Ulysse au fil du temps. Le choix de faire jouer Alphonse, le fils de Laetitia Masson, dans son propre rôle adolescent apporte d’ailleurs une émotion particulière…

    Jouer avec des enfants constitue toujours une expérience particulière. Et, pour ce film, elle a été différente avec chacun d’entre eux. Il y a d’abord eu ce tout petit bébé qui marchait à peine. Même s’il n’est pas porteur de handicap, il avait déjà cette manière d’être un peu ailleurs. Sa présence nous a beaucoup inspirés. Ensuite, nous avons travaillé avec un autre petit garçon de trois ans qui, comme tous les enfants de cet âge, était totalement libre. Enfin, il y a eu Alphonse, le fils de Laetitia, qui a accepté de jouer dans le film et, d’une certaine façon, de raconter sa propre histoire. Bien sûr, il y a parfois des difficultés, car ce sont des enfants. Ils ne comprennent pas toujours ce qu’on leur demande ou n’ont simplement pas envie de le faire. Mais ce qu’ils apportent est infiniment plus fort que ce qu’apportent d’autres acteurs…

    Je ne pense pas que le film Ulysse cherche à opposer les hommes et les femmes.” Élodie Bouchez

    Le film est porté par une galerie de personnages féminins très forts, notamment celui interprété par Romane Bohringer. En parallèle, on y découvre un père qui peine à faire face à la situation…

    L’intention de Laetitia n’était pas de montrer un homme défaillant ou de dresser le portrait d’un père qui abandonne. Cela dit, il y a effectivement un homme qui n’est pas capable de faire face à ce destin. Pour lui, c’est trop difficile, il n’a tout simplement pas les épaules pour assumer cette situation. En parallèle, il y a cette femme qui, elle, va prendre les choses en main et endosser ce rôle-là. Mais je ne pense pas que le film cherche à opposer les hommes et les femmes. Il raconte avant tout la manière dont chacun réagit face à une épreuve qui bouleverse une vie entière.

    Ressentez-vous encore une forme de vertige, de pression en arrivant au Festival de Cannes pour présenter un film ?

    On a tous envie, chaque année, que nos films soient sélectionnés à Cannes. Parce que c’est un endroit qui célèbre le cinéma comme nulle part ailleurs. C’est une immense joie, surtout parce qu’on sait qu’on va vivre un moment très particulier dans ces salles magnifiques, en partageant le film avec le public. Souvent, c’est la première fois qu’on le donne à voir aux spectateurs. Il se passe alors quelque chose d’unique, qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. C’est avant tout cela Cannes, une célébration collective du cinéma.

    Le couple, l’ascendance, l’abus de pouvoir, l’intimidation… Ce sont des sujets qui sont toujours intéressants à explorer afin d’en comprendre les mécanismes.” Élodie Bouchez

    L’an dernier, vous étiez à l’affiche du film Dis-moi juste que tu m’aimes dans un tout autre registre…

    Je gardais un très bon souvenir de la réalisatrice du film, Anne (Le Ny), que j’avais croisée sur un tournage il y a plus de vingt ans. Et puis, il y avait ce scénario dont les thèmes m’intéressaient. Le couple, l’ascendance, l’abus de pouvoir, l’intimidation… Ce sont des sujets qui sont toujours intéressants à explorer afin d’en comprendre les mécanismes. Parce que ce sont des situations dans lesquelles on s’est tous retrouvés au moins une fois dans sa vie, que ce soit dans le cadre de notre famille, en amour, en amitié ou dans le travail. Et que c’est très dur de les démêler.

    Comment vous êtes-vous préparée pour ce rôle de femme qui paraît peu sûre d’elle pour ensuite dévoiler une vraie force dans l’adversité ?

    Je ne m’y suis pas préparée avec de la recherche concrète parce qu’Anne (Le Ny, la réalisatrice du film) ne me l’a pas proposé et que j’aime bien me laisser diriger, même au moment de la préparation, par la volonté du metteur en scène. Au fil des discussions, elle était très spécifique sur ce qu’elle voulait raconter. Et notamment sur le fait de mettre en lumière un personnage qui peut nous sembler vulnérable, faible même, mais quand même habité d’une grande force et d’une vraie combativité. L’une des scènes que je préfère dans le film, c’est le moment où elle explique à son mari (incarné par Omar Sy) ce qu’elle est en train de traverser (elle le trompe avec quelqu’un qui l’intimide et qui la menace, ndlr) et qu’elle lui demande de l’aide.

    Et leur couple se trouve alors renforcé…

    Oui, c’est vraiment un moment très important parce qu’elle a le courage de demander de l’aide et qu’elle n’a plus rien à perdre. C’est très compliqué dans ce genre de situations qui semblent inextricables que de trouver le courage d’appeler à l’aide. Et leur relation de couple va basculer car elle a quelqu’un de très aimant en face d’elle, malgré tout. 

    C’est un ensemble de critères qui me font choisir un film. Et l’empathie tient une grande place.” Élodie Bouchez

    Le comportement de l’amant du personnage principal (Marie, que vous incarnez), joué par José Garcia, rappelle le comportement d’hommes toxiques qui peuvent mener vers de vrais drames…

    Oui, c’est un thème (les violences faites aux femmes, ndlr) qui résonne très fort dans l’actualité. Mais ce n’est pas évident, même si on est dans une période où, heureusement, ce type de comportement est dans les radars, qu’on les détecte. A priori, on ne peut plus trop s’en sortir indemne quand on agit de la sorte. Mais malgré tout, ce n’est pas facile de s’en sortir.

    Avec ce film, on voit que le mal surgit souvent dans le banal et que les prédateurs se trouvent souvent dans l’entourage. Vouliez-vous dénoncer quelque chose avec ce film ?

    Je dirais que oui, mais de manière inconsciente. C’est un ensemble de critères qui me font choisir un film. Et dans ces critères-là, l’empathie tient une grande place. Je ne serais pas honnête si je disais que j’ai voulu parler et dénoncer ce genre de comportements consciemment. Mais être acteur, c’est pouvoir dénoncer d’une autre manière, par le biais de la fiction.

    Être dirigée par une femme sur un sujet aussi sensible (la manipulation d’une femme par un homme qui est à la fois son amant et son supérieur hiérarchique), était-ce important pour vous ?

    Honnêtement, non. Je crois en la vision d’un metteur en scène, que ce soit un homme ou une femme. Je crois à la sensibilité et à l’intelligence d’un réalisateur. Si je sens ça, d’abord, dans l’écriture d’un scénario, que ce soit un homme ou une femme qui traite de ce sujet, ça n’a pas beaucoup d’importance pour moi.

    On n’a pas eu de coordinateur d’intimité sur Dis-moi juste que tu m’aimes. Et on a réussi à faire passer notre stress.” Élodie Bouchez

    Vous avez commencé par la danse et c’est à ce moment-là, encore ado, que vous avez croisé Vanessa Paradis, qui était chanteuse, avant de vous retrouver sur ce film…

    Oui, c’est vrai qu’on s’est croisées très jeunes, à plusieurs reprises, dans des studios photo, sur des plateaux télé, dans des cours de danse. On se saluait, mais sans jamais vraiment se connaître. Nous aurions pu vraiment nous rencontrer autour de Serge Gainsbourg parce qu’elle a réalisé son second album (Variations sur le même t’aime) avec lui, quand je jouais dans le film Stan the Flasher, réalisé par Serge en 1990. Après, on s’est un peu perdues de vue. On n’a plus eu l’occasion, depuis, de se recroiser. Puis, on s’est retrouvées il y a quelques années, par hasard, aux États-Unis, un été. Et là, on s’est plus découvertes l’une et l’autre. C’est pour ça que quand il y a eu ce nouveau projet, on était contentes de partager un film ensemble même si on ne s’y donne pas vraiment la réplique.

    Vous n’aviez pas croisé Omar Sy avant de jouer sa femme dans Dis-moi juste que tu m’aimes

    Tout à fait, mais ce n’était pas pour des raisons volontaires. Plutôt des raisons d’agenda ? Ou des raisons d’agenda. Il n’a pu arriver que la veille de son premier jour de tournage. Moi, j’avais déjà commencé le tournage avec José (Garcia). Nous nous sommes rencontrés un dimanche après-midi, avant de commencer à tourner ensemble le lundi. Mais ce n’était pas grave. De toute façon, on a ce canevas qui est le scénario. Et personnellement, je n’ai pas besoin de nourrir les choses avant qu’elles existent sur le plateau et devant la caméra. Je ne crois que dans les situations qu’on me propose de jouer. Donc, si on me propose une scène à jouer qui va être mal écrite ou faible, ça posera un problème de ne pas bien connaître mon partenaire. Parce que là, on devra se rattacher à d’autres choses que le matériel de départ. 

    Dans le film, il y a des scènes d’amour avec José Garcia. Avez-vous fait appel à un coordinateur d’intimité ?
    Non, on n’a pas eu de coordinateur d’intimité. Et on a réussi à faire passer notre stress, on a rigolé et puis c’était bien chorégraphié et simple. Anne (Le Ny) dirigeait. Dès la toute première fois où j’ai rencontré José (que j’avais croisé sur les plateaux de Nulle part ailleurs), il m’a dit: “Oh là là, ça va être horrible cette scène. Je suis hyper nul pour ce genre de choses. Donc, je te le dis tout de suite, je ne vais pas être bien.” Mais moi, je savais que ça se passerait bien.

    Après avoir obtenu un César du meilleur espoir féminin pour Les Roseaux sauvages en 1995 et un César de la meilleure actrice pour La Vie rêvée des anges en 1998, vous étiez nommée au César cette année pour votre rôle dans L’Amour ouf

    J’avoue que je suis gâtée ces dernières années, depuis Pupille de Jeanne Herry, pour lequel j’ai été nommée aux César. Puis j’ai été nommée lors de la cérémonie pour Je verrai toujours vos visages. J’ai de la chance au niveau des films que je fais et des nominations. C’est super joyeux. 

    Parfois, tu continues à travailler en tournant des films tout aussi bien, mais beaucoup plus discrets, et tu sors un peu des radars.” Élodie Bouchez

    Beaucoup de gens vous ont redécouvert avec Pupille, qui a touché beaucoup de monde en abordant le sujet de l’adoption…

    C’est vrai que quand on tourne des films comme Amore Mio, que j’adore, ou En attendant la nuit, qui est un film de vampires, ils ne sont pas forcément autant vus que d’autres longs-métrages. Ils sont fatalement plus de niche car on n’investit pas assez dans la distribution de ses films et qu’ils sont montrés dans peu de salles. Donc ils ne peuvent enregistrer que très peu d’entrées. Pourtant, ils sont superbes. Parfois, tu continues à travailler en tournant des films tout aussi bien, mais beaucoup plus discrets, et tu sors un peu des radars des longs-métrages dont on parle. Et puis, peu après, Je verrai toujours vos visages. Donc, c’est vrai que tout à coup, il y a eu à nouveau une espèce de validation du métier, des décideurs, des chaînes, à mon sujet. Tout ça, c’est un engrenage vertueux qui tire vers le haut.

    J’ai l’impression que les réalisateurs font appel à vous pour des personnages plein d’humanité… Comment l’expliquez-vous ?

    Je n’arrive pas bien à me l’explique. Et je ne sais pas si j’ai envie de comprendre ou de savoir pourquoi. Mais le regard que les autres posent sur moi est évidemment différent de celui que je pose sur moi. 

    J’imagine qu’on ne vous appelle pas beaucoup pour vous proposer des rôles de tueuse en série ?

    Non, c’est vrai qu’on ne le propose pas. Il y a eu des rôles marquants et forts de très bons films comme La Vie rêvée des anges où là, déjà, je jouais un personnage extrêmement solaire qui portait une grande humanité, un goût pour la vie et un espoir. Donc c’est vrai que j’ai incarné ça très jeune aussi.

    J’adore le cinéma américain, mais je crois que je ne suis pas tout à fait formatée pour le grand engagement que cela demande que de faire partie de cette machine.” Élodie Bouchez

    En 2024, vous étiez au théâtre dans Le Songe d’une nuit d’été, au Théâtre de la Ville, à Paris…

    Oui, j’ai intégré la troupe du Théâtre de la Ville, à Paris, il y a 15 ans maintenant, auprès d’Emmanuel Demarcy-Mota, qui est notre metteur en scène et directeur du théâtre. Ce qui m’intéresse, c’est la recherche collective avec la troupe, année après année, pièce après pièce. J’aime aussi voir comment les choses se répondent de rôle en rôle. Tout ce travail collectif me passionne.

    Vous avez-vous tourné des films (Sorry, Haters, America Brown, Shooting Vegetarians) et des séries aux États-Unis, Alias et The L Word, mais vous n’avez pas souhaité faire réellement carrière à Hollywood…

    Oui, j’ai un peu travaillé à Los Angeles et j’y ai vécu. J’adore le cinéma américain, mais je crois que je ne suis pas tout à fait formatée pour le grand engagement que cela demande que de faire partie de cette machine. Il faut avoir une grande volonté d’y participer pour pouvoir supporter l’intensité de la machine hollywoodienne.

    Comment choisissez-vous vos rôles qui semblent de plus en plus engagés ?

    Dans un premier temps, c’est l’écriture parce qu’en France, les réalisateurs sont à 90% auteurs de leurs scénarios. Donc déjà dans l’écriture, tu perçois une intention. C’est très rare que je lise un scénario super et qu’en rencontrant le metteur en scène, je me dise : “Non, je n’ai pas envie d’y aller.” Après, à chaque fois, ce sont des aventures. Je ne nourris pas une obsession pour les films sociaux ou engagés. Ce sont plus vraiment des rencontres avec des rôles et des récits.

    “Je ne me sens pas du tout passive dans mon métier. J’aime bien l’idée qu’on m’envisage dans un personnage.” Élodie Bouchez

    De quel rôle rêvez-vous ?

    Ce n’est pas dans ma nature de me projeter. Je ne fais pas de listes. J’ai des rêves, mais je ne formule pas de souhait parce que j’aime bien me laisser surprendre. Je ne me sens pas du tout passive dans mon métier. J’aime bien l’idée qu’on m’envisage dans un personnage et qu’à un moment, on me dise : “Tiens, ça, c’est pour toi. Je sais que tu vas pouvoir le faire. Tu vas y arriver. On va y arriver ensemble.” Je n’accepte pas systématiquement parce qu’il y a des choses qui m’intéressent moins. Mais à partir du moment où on me propose un projet excitant et qu’on me donne sa confiance, ça me tente.

    On vous a vue assister à de nombreux défilés récemment, notamment Chanel et Saint Laurent. Quel est votre rapport à la mode ?

    J’avoue que je n’avais pas vraiment accès à la mode en étant plus jeune. Donc je me suis fait une culture vestimentaire surtout à travers le vintage. Et quand je suis devenue actrice et qu’il a fallu m’habiller pour les tapis rouges, notamment à Cannes, là s’est posé la question de mon rapport à la mode. Le rapport des acteurs à la mode a d’ailleurs beaucoup évolué depuis 30 ans, prenant de plus en plus d’importance. Concernant mes débuts, j’ai pris conscience de ce que c’était que la mode, le prêt-à-porter et la haute couture au moment de ces fameux événements. Et après, j’ai créé au fil du temps des affinités avec certaines maisons comme Saint Laurent et Chanel. Ce sont des relations qui durent depuis plusieurs années, depuis monsieur Saint Laurent et Karl Lagerfeld. Ce sont deux maisons que j’aime beaucoup.

    Ulysse de Laetitia Masson, au cinéma le 17 juin 2026.